Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Regards sur l'actualité

Agroalimentaire français : une rentrée éprouvante

15 Septembre 2014


2014, sera-t-elle l’annus horribilis de l’agrolimentaire français ? La rentrée semble indiquer que le secteur en prend dangereusement le chemin, sur fonds de tendances structurelles peu réjouissantes.

Du jamais vu : la production agroalimentaire a connu une baisse historique de 2,2% en 2013. Par ailleurs, la suppression de 4 840 postes en 2013 et le recensement de 316 entreprises agroalimentaires défaillantes, alors que la baisse des revenus agricoles est constante depuis ces deux dernières décennies, achèvent d’entamer le moral du monde agricole français. Autre inquiétude, « La spirale négative des prix » menée par la grande distribution ainsi que le déplore Philippe Mangin, Président de Coop de France, sur fond de poursuite de la déflation (recul de 1,8% des prix en juin pour le quatrième mois consécutif).

Cette situation déjà très fragile et aggravée par l’embargo russe décrété au mois d’août1, par une nouvelle Politique Agricole Commune budgétairement insuffisante et inadaptée aux réalités économiques et agricoles, et par la perspective d’un partenariat Transatlantique de plus en plus décrié par la profession agricole. Sur ce dernier point, bien que « la préservation du modèle alimentaire européen et de nos intérêts stratégiques agricoles seront des lignes rouges » pris en compte par le gouvernement Valls dans le cadre de ces négociations, l’inquiétude est réelle et repose notamment sur des études – de plus en plus nombreuses – relativisant la portée et les gains d’un tel accord.

L’agriculture française paraît ainsi naviguer à vue et les prévisions sont pour le moins inquiétantes. Car si le secteur agroalimentaire réalise 60 Mds d’€ de chiffre d’affaires à l’export et représente le deuxième excédent commercial de la France derrière l’aéronautique, la France est passée en 10 ans de la 2ème à la 5ème place des pays exportateurs, derrière les États-Unis, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil. Depuis le début des années 2000, la compétitivité française semble en effet connaître un nouveau ralentissement (après une première érosion entamée dans les années 1970), notamment en raison de la montée en puissance de son voisin allemand et des pays émergents.

Pourtant l’agriculture et l’agroalimentaire constituent pour la France une arme anti-crise et un instrument de puissance de premier plan. Protéger les agriculteurs et les consommateurs des risques qui pèsent sur ce secteur stratégique, devrait devenir un enjeu primordial, car les tentatives de colmatage conjoncturel ne camoufleront qu’un temps la nécessité d’un changement profond du secteur.

Une nouvelle tectonique des plaques géopolitique se dessine. L’Union européenne, et donc la France, pourra être la grande perdante de ce nouveau grand jeu si elle persiste à croire en la vertu absolue du libre-échange et sacrifie, l’avenir de son agriculture et de son industrie agroalimentaire. Monsieur Phil Hogan2, serez-vous celui qui redonnera un nouvel élan à l’agriculture et à l’agroalimentaire européens ?


1 Relisez l’article de momagri sur les dessous de cet embargo en suivant ce lien
http://momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Embargo-russe-paradigme-d-un-monde-en-mutation_1460.html

2 Nouveau commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural.

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Paris, le jeudi 23 novembre 2017