Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Document sans titre

Les modles agricoles internationaux au banc d’essai (1)

Les fondements d’un nouveau modle international

(1) Cette partie est extraite d’une note ralise par le Chef conomiste de momagri, Bertrand Munier, Directeur du GRID, Nicolas Drouhin, chercheur au GRID et Michel Trommetter, charg de recherche l’Inra et chercheur associ au CECO.

Sommaire :

A. Les sept critères
› Critère 1 : Le niveau de dépendance vis-à-vis de l’extérieur
› Critère 2 : La prise en compte des risques climatiques et de marché
› Critère 3 : Les effets sur la pauvreté
› Critère 4 : La croissance et les effets intergénérationnels
› Critère 5 : La prise en compte de l’innovation
› Critère 6 : Le lien entre l’environnement et l’équilibre des marchés
› Critère 7 : Le développement
B. Conclusion
 
Document sans titre

Les dclarations successives appelant la suppression totale ou partielle des aides l’activit agricole en Europe et dans les pays industrialiss de faon plus gnrale ne se comptent plus. Elles sont souvent le fait de personnalits minentes qui ajoutent de ce fait leur poids mdiatique aux fondements qu’elles croient trouver dans les simulations effectues partir de modles conomiques trs techniques, simulations invoques l’appui de ces affirmations.

La plus rpandue affirme que la suppression des aides fera baisser  les prix agricoles et que le niveau de vie augmentera, le  bien-tre  des consommateurs aussi.

Les ractions ces prises de position sont souvent de type idologique (elles condamnent alors  l’ultra-libralisme  de ces dclarations, ou encore  la mondialisation , par exemple), avec le risque qu’elles n’ont alors pas de poids, ou du moins pas davantage que toute autre prise de position politique. Elles peuvent aussi tre des ractions anti-rationnelles, condamnant comme  faux  les modles sur lesquels les simulations voques plus haut s’appuient.

Le rsultat en est dans chaque cas une dsesprance de ceux qui ne sont pas entendus, avec toutes les manifestations que l’on voit sur les routes ou dans la rue, et toutes celles dont on ne voit que les rsultats, comme sans doute l’attitude d’une partie du monde agricole lors du rfrendum du 29 mai 2005.

Ce dossier montre que l’on peut la fois rester dans la logique de l’conomie de march, accepter le fait de la mondialisation, reconnatre la ncessit de la modlisation conomique des changes internationaux agricoles, sans accepter aveuglment les rsultats de simulations faites partir des modles en question.

Car ces rsultats sont obtenus grce des hypothses simplistes et une approche totalement tronque de la ralit !

Qu’on en juge :

 

> Ils considrent que la demande est totalement lastique par rapport aux prix,… c’est--dire qu’on mangera au moins deux fois plus si le prix du produit agricole est divis par deux.

> Les accords prfrentiels essentiels pour les PED, ne sont pas pris en compte.

> Le secteur agricole est considr comme compltement indpendant de son environnement, une sorte de  lvitation bienheureuse  o ni l’nergie, ni les cots de transports, ni les rglementations phytosanitaires, ni les contraintes environnementales ne sont intgres.

>Ils supposent que l’conomie se trouve en situation de plein-emploi.

> Enfin, selon la plus pure thorie conomique du dbut du XIXe sicle, ces modles considrent que l’offre s’ajuste automatiquement la demande, ce qui nglige totalement l’impact des facteurs climatiques, des phnomnes de spculation et de stockage.

Cela signifie donc que les modles utiliss sont logiquement incomplets, et que les auteurs des dclarations auxquelles on a fait allusion plus haut,

 

> soit font dire ces modles et aux simulations qu’on en tire,
> soit encore laissent croire que ces modles disent,
> soit enfin croient trop navement elles-mmes que ces modles disent,

ce que des scientifiques avertis se garderaient de dduire.


En un mot, ces modles, qui pourtant constituent le socle de toutes les dcisions techniques et politiques prises dans le cadre de l’OMC, et par ricochet dans le cadre de la PAC, sont des jouets grossiers qui mettent en pril le monde car ils faussent totalement les perspectives pour l’avenir.

Les exemples d’autres secteurs nous confortent malheureusement dans cette affirmation. En effet, la libralisation totale du secteur textile tait cense tre porteuse d’effets bnfiques pour l’Europe. Or, c’tait sans compter sur un acteur essentiel, la Chine, totalement nglige par les modles qui avait conduit en 1994 l’Accord multifibres.

De mme, la libralisation du secteur nergtique aux Etats-Unis sans mcanisme de rgulation a t une vritable catastrophe pour la scurit nergtique, notamment en Californie.

On peut faire beaucoup mieux et l’urgence de construire un modle conomique des changes internationaux agricoles est grande. Ce modle, en plus de rechercher l’efficience conomique (on ne peut pas justifier de produire moins de bien-tre avec des ressources donnes ou de mobiliser inutilement des ressources pour obtenir un niveau de bien-tre donn) intgrera des variables aussi essentielles que:

 

> lutte contre la pauvret,
> protection de l’environnement et de la biodiversit
> l’innovation …

C’est pour cela que le momagri, face cette vision fausse, imparfaite et dangereuse des ralits agricoles, a demand son quipe d’conomistes de passer les principaux modles agricoles internationaux au  banc d’essai  de sept critres que tout modle conomique agricole international devrait respecter.

Ces sept critres prsideront l’laboration d’un nouveau  modle agricole international quitable , le modle NRA, actuellement en construction, qui reposera sur une architecture totalement indite suivant les principes de la thorie des jeux.

 
 
Haut de page
 
Document sans titre

A. Les sept critres

Ces critres sont :

Critre 1 : Le niveau de dpendance vis--vis de l’xtrieur.
Le modle permet-il d’valuer les effets ventuellement ngatifs – y compris du point de vue de l’efficience - des dpendances excessives vis--vis de l’xtrieur ?

Critre 2 : La prise en compte des risques climatiques et de march.
Le modle tient-il compte du fait que la production et les changes agricoles interviennent dans un monde risqu et de l’impact que cela peut avoir sur la recherche d’efficience ?

Critre 3 : Les effets sur la pauvret.
Le modle peut-il tenir compte de l’objectif proclam par tous de dpassement de la pauvret dans le monde et mesurer les effets cet gard de telle ou telle organisation des changes internationaux agricoles ?

Critre 4 : La croissance et les effets intergnrationnels.
Le modle permet-il de tenir compte de l’impact sur les gnrations futures de l’organisation des changes agricoles internationaux ?

Critre 5 : La prise en compte de l’innovation.
Le modle value-t-il l’impact de l’organisation des changes internationaux agricoles sur la capacit d’innovation agroalimentaire dans le monde et de son partage quitable ?

Critre 6 : Le lien entre l’environnement et l’quilibre des marchs.
Le modle permet-il de relier environnement et quilibre des marchs l’occasion de la modlisation des changes internationaux ?

Critre 7 : Le dveloppement durable et l’avenir de la plante.
Le modle permet-il de relier les changes agricoles aux changements globaux, c’est--dire aux questions du maintien de l’environnement et de la biodiversit, l’un et l’autre conus comme des biens conomiques collectifs ?

Passs au banc d’essai de ces sept critres, les principaux modles sur lesquels s’appuient les dcisions internationales apparaissent comme incomplets dans leur apprciation des effets des rgles d’organisation que l’on peut proposer, et ne permettent donc pas de conclure sur les dcisions prendre.
Comme le notent Bureau et Gohin (respectivement chercheurs au Trinity College de Dublin et l’Inra) dans un article rcent,  les dirigeants de la Banque [Mondiale] n’ont pas toujours la rserve scientifique et la prudence ncessaire lorsqu’ils interprtent leurs rsultats dans la sphre politique .

Quels modles ont t passs au banc d’essai ?

Trois modles, FAPRI (Fapri), OCDE (AGLINK), Banque Mondiale (LINKAGE), se prsentent comme ceux auxquels il est le plus souvent fait rfrence. Deux autres modles se prsentent comme des challengers plus rcents et commencent tre connus, le modle du Cirad (ID3) et du CEPII (MIRAGE).
Toutefois, les modles FAPRI et OCDE ne sont pas vritablement utilisables dans les ngociations internationales.
Le modle de l’OCDE est en effet centr sur les pays de l’OCDE et intgre de manire assez fruste les pays en voie de dveloppement, ce qui est normal puisque son objectif est de favoriser un scnario de projection commun aux pays de l’OCDE sur la base de scnarios de politiques agricoles.

FAPRI est un modle d’quilibre partiel trs dtaill. Le revers de la mdaille est que le modle intgre de manire marginale les pays en voie de dveloppement et que beaucoup d’hypothses sont exognes au modle et sont totalement construites. Avec de telles limites, son utilisation pour analyser l’impact de la libralisation sur les diffrentes rgions du monde est si discutable que le rsultat d’un passage au banc d’essai est connu d’avance.

Haut de page
 
Document sans titre

CRITRE 1

LE NIVEAU DE DPENDANCE VIS-A-VIS DE L’ EXTRIEUR

Les consquences de l’volution du commerce sur les consommateurs restent floues, ainsi que les interactions entre productions sectorielles, par exemple sur la manire dont une production aval peut dpendre de l’accs que l’on a aux biens amonts. Dans ce modle, la concurrence imparfaite n’est pas intgre. Or, il n’est jamais exclu qu’il existe des risques de blocage des voies d’approvisionnement pour des raisons de blocus ou de Cartel.

Le modle de la Banque Mondiale suppose une mobilit parfaite intersectorielle des facteurs l’intrieur de chaque pays, ce qui minimise les impacts d’une dpendance excessive travers un cartel pour la consommation alimentaire. L’exemple du ptrole des annes soixante-dix est suggestif sur ce dernier point, comme le cartel des  majors  dans le domaine de l’nergie aux Etats-Unis.

De mme, des chocs graves sur l’environnement qui pourraient modifier les conditions d’approvisionnement d’un ou plusieurs pays, par exemple avec les risques lis la grippe aviaire ne peuvent pas tre pris en compte alors qu’une telle catastrophe empcherait la consommation au niveau mondial.

Ainsi si l’on regarde la manire dont sont associs conomie et socit, le modle de la Banque Mondiale, intgre, de faon assez floue, un niveau minimum de subsistance, mais dont on n’explique pas comment il est ralis ni  financ.

Cela signifie que le modle de la Banque Mondiale permet de penser que l’on trouvera toujours de quoi alimenter les consommateurs nationaux, grce des importations, trs importantes s’il le faut. Mais les moyens d’y parvenir restent la discrtion du modlisateur.

Le modle de la Banque Mondiale, sur ces aspects de dpendance et donc de souverainet alimentaire, ne peut donc permettre aucune recommandation en termes de politique d’organisation des changes.

Haut de page
 
Document sans titre

CRITÈRE 2

LA PRISE EN COMPTE DES RISQUES CLIMATIQUES ET DE MARCHÉ

Si l’on se tourne vers les différents risques qui affectent la production et les échanges agricoles, il existe une imperfection de l’information sur les prix et sur la nature des biens qui n’est pas prise en compte dans le modèle de la Banque Mondiale.

Par ailleurs, en agriculture, l’élasticité de la demande est faible, ce qui est ici très important, car toute erreur d’anticipation d’un nombre important de producteurs a une répercussion massive sur les risques de marché. Il faut, en effet, intégrer des retards entre choix de production et vente sur le marché, ces risques de marché pouvant être limités par un recours à l’assurance (recours pris en compte dans le modèle FAPRI  et dans le modèle du Cirad), à l’exclusion de tous les autres.

Dans ce contexte de risque, un autre outil devrait être modélisé : le marché à terme, qui est susceptible de limiter les bulles d’anticipations, au moins dans certaines conditions. Rien de tel dans les grands modèles des institutions internationales comme celui de la Banque Mondiale.

Un autre type de risque sur lequel nous reviendrons sont les risques météorologiques (présentés comme négligeables dans les modèles en dehors de grandes catastrophes mondiales).

Or, certains chocs météorologiques locaux peuvent avoir des effets sur les agriculteurs en l’absence d’un système d’assurance ou d’indemnisation par l’Etat (invasion de » criquets, sècheresse,…) et de plus les risques environnementaux sont mal pris en compte dans leurs effets à plus long terme (désertification, réduction de la ressource en eau,…)

En conclusion, aucun des grands modèles internationaux – et en toute hypothèse surtout pas celui de la Banque Mondiale - ne prend en compte de façon explicite et complète les risques et leurs traitements par les agents économiques, avec les conséquences que ce traitement peut avoir sur les résultats de marché et sur le niveau de bien-être qui en découle.
Haut de page
 
Document sans titre

CRITÈRE 3

LES EFFETS SUR LA PAUVRETÉ

Le modèle de la Banque Mondiale considère l’existence d’un ‘consommateur représentatif’ agrégé (c'est-à-dire que tous les habitants d'un pays sont identiques dans leurs préférences et leurs dotations initiales), avec des revenus agrégés, ce qui interdit la mesure d’effets sur la pauvreté de toute politique ou mesure d’organisation agricole. Le modèle de la Banque Mondiale ne permet pas ainsi d’intégrer les effets de la libéralisation du commerce sur la pauvreté. Si les auteurs du modèle précisent que l’on peut revenir sur ces hypothèses simplificatrices (et évidemment il faut le faire), personne ne l’a jamais fait jusqu’ici (ce serait en cours, acceptons-en l’augure).
Dans le modèle de la Banque Mondiale par conséquent, la modélisation ne permet pas de prendre en compte la répartition des gains globaux de l’échange international, qui peut finalement se faire au détriment des plus pauvres. Cette répartition dépend des élasticités de réponse de l’offre agricole dans les pays en voie de développement, qui à leur tour dépendent d’élasticités de substitution de facteurs (capital, terre, main d’œuvre) entre les deux secteurs d’agriculture (moderne et traditionnelle), et entre ces secteurs et les secteurs industriels dans les pays en voie de développement. Or, ces élasticités, dans le modèle de la Banque Mondiale, sont définies de façon totalement discrétionnaire par le modélisateur.

Le modèle de la Banque Mondiale n’est en conséquence pas à même de permettre d’affirmer qu’il n’y aura pas simultanément hausse du prix mondial et diminution de la rémunération du travail non qualifié, donc appauvrissement des plus pauvres dans les pays sous-développés. Si certaines simulations aboutissent à un résultat opposé, ce ne peut être que du fait de valeurs numériques discrétionnairement choisies des élasticités. Ce point est absolument décisif. En effet, s’il y a appauvrissement des plus pauvres, des répercussions s’ensuivront sur l’exode rural, les bidonvilles, la criminalité, l’exode international migratoire vers les pays développés (pour ne pas parler de la tentation de la désespérance qui peut aller parfois jusqu’au terrorisme), etc.

De même, pour rester à des conséquences plus directement économiques, les boucles de la pauvreté que les analyses de la croissance endogène ont mises en relief voient leur violence accrue. Au final, on aboutira une fois encore à une mise en cause de l’efficience, objectif ultime des modèles.

Un autre modèle, comme celui du Cirad, montre ainsi que la lutte contre la pauvreté peut justifier (plaider) pour une certaine protection de l’agriculture. « La stabilité des denrées de base, peut être considérée comme un bien public,  étant donné son importance pour la paix sociale ».

Enfin, le recours aux accords préférentiels permet aux pays les plus pauvres de vendre leurs produits à un prix supérieur au prix du marché mondial. Le fait qu’ils ne soient pas pris en compte dans le modèle de la Banque Mondiale interdit toute conclusion sérieuse sur l’effet soit disant bénéfique d’une libéralisation des échanges. Cela semble tout a fait logique quand on voit que sur 148 pays membres de l’OMC, seuls 9 commercent avec l’UE sans accord préférentiel. Ces accords préférentiels de plus en plus nombreux sont pris en compte dans le modèle Cepii. Ces pourquoi des modèles comme celui du Cirad et du Cepii tranchent par rapport au modèle de la Banque Mondiale sur les effets d’une libéralisation du commerce sur la pauvreté. Et, il est intéressant de noter que ces modèles proposent des hypothèses complémentaires permettant de donner une image plus proche de la réalité des échanges.
Haut de page
 
Document sans titre

CRITRE 4

LA CROISSANCE ET LES EFFETS INTERGENERATIONNELS

Tous les modles qui font, directement ou indirectement, comme le modle de la Banque Mondiale, l'hypothse de taux d'pargne constant, ne sont en fait que des dclinaisons plusieurs biens des premiers modles de croissance des annes 1950.

Or il est bien connu que ces modles, quelles que soit les valeurs des paramtres qu'ils utilisent, et donc indpendamment des donnes empiriques qui servent les estimer, conduisent, par construction, la conclusion de la convergence de toutes les conomies vers un taux de croissance unique. La dynamique mondiale en ressort peinte en rose, mais la couleur ne correspond peut-tre pas au contexte rel qu’elle est cense reprsenter.

Il faut ici souligner avec force que ce n'est pas parce qu'un modle s'appuie sur d'importantes et trs srieuses bases de donnes (comme c’est notamment le cas pour celui de la Banque Mondiale), que les conclusions qu’on en tire ne rsultent pas en fait de choix de modlisation faits en amont du travail empirique.

En revanche, la prise en compte de la construction d’un capital humain et des incitations sa ralisation en terme d’ducation par exemple font dfaut, ainsi par consquent que le reprage des des diverses trappes sous-dveloppement :

 

 > l’effet  ponction de ressources  du fait que la pauvret induit des cots de contrle social (criminalit, etc.)
> la boucle : pauvret mauvais tat sanitaire faible investissement
> la boucle : pauvret fcondit insuffisance d’investissement sous dveloppement

Une rflexion partir des modles de croissance endogne, c’est--dire fonds sur des facteurs que les agents du systme font merger ou en tout cas influencent par leurs comportements, nous parat ds lors indispensable.
Il est donc indispensable que le modle utilis pour prdire les effets de la libralisation du commerce international agricole soit conu de manire pouvoir identifier ces effets lorsqu'ils existent. Ce n'est en gnral pas le cas. En particulier, tous les modles qui utilisent, comme c’est le cas pour celui de la Banque Mondiale, l'artifice d'un consommateur reprsentatif, sont incapables, par construction, de mesurer correctement ce type d’impact.

Une rflexion partir des modles de croissance endogne, c’est--dire fonds sur des facteurs que les agents du systme font merger ou en tout cas influencent par leurs comportements, nous parat ds lors indispensable.
Il est donc indispensable que le modle utilis pour prdire les effets de la libralisation du commerce international agricole soit conu de manire pouvoir identifier ces effets lorsqu'ils existent. Ce n'est en gnral pas le cas. En particulier, tous les modles qui utilisent, comme c’est le cas pour celui de la Banque Mondiale, l'artifice d'un consommateur reprsentatif, sont incapables, par construction, de mesurer correctement ce type d’impact.

A cet gard, si la macroconomie a fait un progrs spectaculaire avec les premiers modles gnrations imbriques, la macroconomie des changes internationaux tarde emprunter cette mme voie et en reste au stade de la macroconomie gnrale des annes quarante.
Les thories dites "de la croissance endogne" ont considrablement enrichi les problmatiques et les outils de l'analyse conomique de la croissance depuis une vingtaine d'annes.

On ne peut que regretter que ces nouvelles mthodes tardent tant tre intgres dans les tudes d'conomie applique, en l'occurrence celles sur les tudes des effets de la libralisation du commerce international agricole.

Haut de page
 
Document sans titre

CRITÈRE 5

LA PRISE EN COMPTE DE L’INNOVATION

Le changement technique et sa diffusion ont pour objectif, soit de réduire les coûts de production, soit de créer de nouveaux produits, soit d’adapter les pratiques à de nouvelles contraintes ou normes (environnementales, cf. les deux sections suivantes-, sanitaires, …).
Or qui dit innovation et changement technique dit activité de Recherche et de Développement et qui dit activité de R&D dit protection de l’innovation et la protection de l’innovation vise à donner à son « propriétaire » un monopole temporaire d’exploitation et de diffusion de son innovation.

Les modèles étudiés ne prennent pas en compte la manière dont sont partagés les gains issus de ces innovations.


Ainsi, le modèle de la Banque Mondiale introduit du changement technique dans sa version dynamique, par le biais des facteurs de productions, il est néanmoins intéressant de noter ce passage : « Equations G2 to G4 are indexed by ik, these are the sectors with endogenous productivity increases. Normally it excludes agriculture and possibly the natural resources sectorsOn ne saurait mieux dire!

Par ailleurs, comme dans le modèle, on ne sait pas d’où vient le changement technique, on ne sait pas à qui il profite (versement de royalties par exemple) : la répartition du surplus créé par la croissance issue du changement technique est donc difficile à appréhender. Le Brésil étant considéré comme un PED, on ne peut que douter de l’équité de la répartition du surplus induit par la libéralisation des échanges agricoles.

D
e plus, en ne tenant pas compte de la façon dont le Droit de la propriété intellectuelle est mis en œuvre, les modèles d’échanges internationaux agricoles s’interdisent donc d’apprécier la façon, plus ou moins équitable, dont les perspectives de croissance sont distribuées entre les pays parties à l’échange. Ce faisant, ils viennent contredire la recherche affirmée de l’efficience économique. Ainsi, si un protectionnisme n’est pas justifiable dans un cas général, en devenant trop durable, il en va de même pour le Droit de la propriété intellectuelle : si celui-ci devient un blocage à l’entrée de nouveaux compétiteurs dans la branche, que fait-il, sinon créer une situation anti-concurrentielle ?

Ainsi, la prise en compte de l’innovation et de la propriété intellectuelle est un élément clé pour le futur de l’agriculture mondiale.

Il faut noter qu’aucun des modèles ne modélise cet aspect du partage des perspectives de croissance. Aucun ne peut donc affirmer que la libre concurrence limitée aux éléments qu’ils retiennent dans leur modélisation ne parviendra à un horizon donné, à élever au-dessus du niveau de pauvreté de façon durable un nombre de personnes donné.
Les variables qui peuvent être utiles pour mieux analyser l’équité du commerce international sous l’angle de la propriété intellectuelle sont les investissements directs à l’étranger, d’une part ; et les accords préférentiels d’autre part. Malheureusement ceux-ci, ne sont absolument pas prises en compte dans les modèles actuels.

Comme on le voit, les effets de la dynamique économique de moyen et de long terme sont systématiquement sous-estimés par l’ensemble des modèles connus, en raison de leur ignorance des conditions juridiques de l’innovation agricole et agro-alimentaire.
Haut de page
 
Document sans titre

CRITÈRE 6

LE LIEN ENTRE L’ENVIRONNEMENT ET L’ÉQUILIBRE DES MARCHÉS

Par rapport aux enjeux entre économie et société, la prise en compte de la notion de développement durable nécessite l’intégration d’un troisième axe, l’axe environnemental.

La notion de développement durable nécessite donc de préciser la fonction de coût (afin d’internaliser l’externalité que représente l’environnement) , comme c’est le cas dans les modèles d’équilibre général calculables sur l’effet de serre, où l’un des objectifs est d’identifier la fonction de coût marginal de réduction des émissions de CO2.
Au stade actuel, il est intéressant de noter que l’on ne peut pas prendre de mesures de rétorsion vis-à-vis d’un pays non respectueux de son environnement à partir du moment où les externalités ne dépassent pas ses propres frontières. Cela signifie qu’en terme de politique environnementale, ses choix (outils disponibles) sont limités puisque faire payer le pollueur pour qu’il pollue moins introduirait des distorsions pénalisant son industrie par rapport aux autres.

Mais le développement durable peut également être lié à des activités réalisées par les agriculteurs qui ne sont pas nécessairement liées à leur fonction de production agricole, ce sont les activités de maintien du paysage local, qui conduisent à des « rémunérations » qui ne doivent pas être comptabilisées dans les subventions à la production.

Les accords préférentiels développés dans le modèle Cepii, trouvent également ici tout leur intérêt, que ce soit en terme de prix ou en termes de transferts de technologies. Dans le modèle Cirad, en revanche, l’objectif est bien la durabilité de la croissance, mais sans le volet environnemental,…

Aucun des modèles ne prend en compte l’importance de la dimension environnementale sur les échanges internationaux, alors que celle-ci occupe de plus en plus de place dans les négociations internationales, comme le montre la réforme de la PAC de 2003, où le développement rural et la multifonctionnalité sont des éléments déterminants.

Haut de page
 
Document sans titre

CRITÈRE 7

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET L’AVENIR DE LA PLANÈTE

Dans le développement durable, il y a les impacts directement identifiés d’une pollution ou de la déforestation (érosion des sols et de la productivité), donc des impacts locaux, mais il y a également des impacts globaux, qui ont été caractérisés par le changement climatique, la biodiversité et la désertification (les uns n’étant pas sans impact sur les autres).

L’introduction de ces changements globaux nécessitera d’avoir au niveau de chaque pays des capacités d’adaptation telles que l’on n’en a jamais imaginé face aux risques locaux.

Cela signifie, une fois de plus, que pour limiter les irréversibilités, il faut adopter des décisions flexibles basées sur une évaluation des risques avérés ou plausibles. En effet, avec les changements globaux, on entre dans l’ère du bien public collectif et de son financement. Doit on admettre que les pays prenant le moins en compte ces risques au détriment des autres soient favorisés ?

L’introduction des changements globaux dans le commerce international ne fait donc que renforcer les jugements proposés dans la section précédente.

Aucun des modèles précédemment cités ne modélise correctement – comme on l’a expliqué – ni l’impact des investissements directs à l’étranger, ni les accords préférentiels de transfert de technologie.


Des modèles de capacity building devront être élaborés pour tenter de repérer la répartition des gains de perspectives de croissance  entre les différents partenaires. En effet, comme le note la Banque Mondiale : « L’utilisation de sanctions commerciales pour faire respecter les standards (travail et environnement) menace la participation des pays les plus pauvres au marché mondial. »
Haut de page
 
Document sans titre

B. Conclusion

Le modèle de la Banque Mondiale est le modèle le plus utilisé.  Ses simulations sont invoquées à l’appui de la thèse selon laquelle la suppression immédiate et complète de tout soutien à l’activité agricole entraînera des effets positifs de bien-être à l’échelle internationale, en particulier au bénéfice des populations les plus pauvres.
Comme on vient de le voir, les simulations qui s’appuient sur ce modèle ne sont en aucune façon suffisamment fondées et chiffrées pour que leurs conclusions soient acceptables sans des réserves considérables. Les affirmations lues récemment dans la presse résultent à cet égard d’une utilisation naïve ou infondée du modèle tel qu’il existe aujourd’hui.

 Les sept critères que nous défendons ici pour aider à construire une agriculture durable ne permettent en effet pas pour l’heure d’accepter sans nuances non plus les modèles concurrents. Les modèles d’équilibre partiel tels que ceux du FAPRI ou de l’OCDE sont beaucoup moins fiables encore que  celui de la Banque Mondiale quant à l’appréciation d’une politique agricole, quelle qu’elle soit, et en particulier une politique immédiate et complète de suppression des aides à l’agriculture, même si ces deux modèles présentent d’autres intérêts par ailleurs.

Les modèles du Cepii et du Cirad, quant à eux, constituent des progrès de modélisation sur nombre de points, des choix de modélisation parfois plus discutables sur d’autres points.

Mais aucun de ces modèles, en tout cas, ne passe complètement le test des sept critères que nous avons définis à partir du constat de l’existence d’un assez large consensus à leur égard. Quant à la propriété intellectuelle et aux innovations, leurs enjeux sont complètement passés sous silence par tous les modèles. De même, les questions liées à un développement durable figurent parmi celles qui sont les plus délaissées par les modélisateurs.

L’introduction de l’imperfection de l’information dans le modèle Cirad souligne en revanche l’intérêt de politiques agricoles susceptibles de réduire les incertitudes auxquelles les agriculteurs sont confrontés. Cette question de l’incertitude et de l’imperfection de l’information nous parait tout à fait primordiale. Tout nouveau modèle des échanges internationaux ne pourra pas l’ignorer et devra, en conséquence, être fondé sur un concept plus général d’équilibre économique.

Ceci ne signifie pas que l’on ne puisse pas espérer une amélioration de la modélisation. Mais au contraire, il est urgent de construire un nouveau modèle qui permette d’accepter les résultats des simulations qui en seront tirées comme autant de prévisions fiables à un niveau de confiance suffisamment élevé.

C’est l’objet du momagri qui a engagé le processus de construction du modèle NRA (Nouvelles Régulations Agricoles).

Haut de page
Le modèle momagri
Paris, le jeudi 20 juin 2019