Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Principes de construction et architecture d'ensemble du futur modèle momagri

Introduction

Le modèle économique des Nouvelles Régulations Agricoles, ou modèle NRA, vise deux objectifs :

mieux prendre en compte les réalités agricoles en étant plus à même que les modèles internationaux actuellement utilisés, de traduire l'ensemble des spécificités agricoles ainsi que l'importance stratégique de l'agriculture.

intégrer certains domaines qui interagissent avec le secteur agricole, comme l'innovation, l'énergie, les transports, les taux de change ou les normes environnementales, et replacer l'agriculture au carrefour des enjeux planétaires comme la lutte contre la pauvreté, l'environnement et la sécurité alimentaire.

Il donnera par ailleurs aux décideurs politiques une plateforme d'évaluation et de simulation pour les négociations internationales. Le modèle NRA permettra en effet de lancer des simulations en amont des négociations internationales, voire entre les sessions des négociations, sur des bases beaucoup plus crédibles que ne le font les modèles actuels.

Les décideurs pourront ainsi apercevoir les conséquences de leurs propositions.
Pour y parvenir, le modèle NRA innovera pour remédier aux hypothèses de construction qui rendent les modèles totalement inadaptés.
Le modèle NRA sera donc conçu comme un modèle central d'équilibre général calculable, entouré d'une série de modules satellites. Il sera moins lourd et rigide que les grands modèles internationaux et incorporera les éléments essentiels qui ne sont pas pris en compte aujourd'hui, et que le MOMA à synthétiser autour des sept critères suivants1.

Critère 1 : Le niveau de dépendance vis-à-vis de l'extérieur
Évaluer les effets éventuellement négatifs des dépendances excessives vis-à-vis de l'extérieur.

Critère 2 : La prise en compte des risques climatiques et de marché
Tenir compte du fait que la production et les échanges agricoles interviennent dans un monde risqué et de l'impact que cela peut avoir sur la recherche d'efficience.

Critère 3 : Les effets sur la pauvreté
Tenir compte de l'objectif de lutte contre la pauvreté dans le monde et mesurer les effets à cet égard de la libéralisation des échanges agricoles internationaux.

Critère 4 : La croissance et les effets intergénérationnels
Tenir compte de l'importance de l'éducation et des effets induits par la pauvreté dans les pays en voie de développement.

Critère 5 : La prise en compte de l'innovation
Evaluer l'impact de la libéralisation des échanges agricoles internationaux sur la capacité d'innovation agroalimentaire et de son partage équitable entre les différents pays / régions.

Critère 6 : Le lien entre l'environnement et l'équilibre des marchés
Intégrer l'environnement dans la modélisation des échanges internationaux.

Critère 7 : Le développement durable et l'avenir de la planète

Relier les échanges agricoles aux changements globaux, c'est-à-dire aux questions de changement climatique, de biodiversité et de désertification.

Nous préciserons dans un premier temps l'approche nouvelle et les hypothèses sur lesquelles le modèle central s'appuiera, en soulignant les limites des modèles agricoles internationaux actuels. Dans un deuxième temps, nous présenterons l'architecture d'ensemble du modèle NRA.

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I / L'approche nouvelle du modèle NRA par rapport aux hypothèses qui sont la base des modèles actuels.

Les modèles actuels (Banque Mondiale, FAPRI, OCDE…) sont fondés sur des hypothèses de technologies de marché parfaites2 et de comportements de concurrence pure. Ces hypothèses sont totalement théoriques, non observables dans la réalité, et contribuent ainsi à l'imperfection des modèles internationaux actuels, que nous avons dénoncée.
Le modèle NRA partira donc d'hypothèses beaucoup plus crédibles, et fidèles aux réalités agricoles, en considérant l'existence de technologies de marché imparfaites (ayant trait à l'information principalement) et de comportements de concurrence impure (l'inélasticité de la demande et l'existence de structures de marché monopolistique et oligopolistique).

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A - Les hypothèses liées aux « technologies de marché »

Les modèles actuels considèrent que les technologies de marché sont parfaites, c'est-à-dire que toutes les transactions sont anonymes et que l'information est parfaite.

1. L'anonymat des transactions

Selon cette hypothèse, chaque acheteur est indifférent entre les divers vendeurs avec lesquels il pourrait traiter (et chaque vendeur entre les divers acheteurs), ou n'est pas en état de connaître l'identité de celui avec lequel il traite.

2. La perfection des informations

La perfection des informations implique que chaque acheteur ou chaque vendeur est informé à tout moment de tous les prix de l'ensemble des marchandises et des services en tout point du globe et pour toutes les échéances et les contingences envisageables.
Si la société d'information d'aujourd'hui a permis des progrès considérables dans ces domaines, il faut se garder de trop généraliser cette affirmation, qui doit au contraire être appréciée de façon différenciée selon les produits, les régions, et les acteurs des marchés correspondants.




Le modèle NRA sera donc fondé sur une hypothèse beaucoup plus réaliste que celle, idéale, de perfection de l'information, car le monde agricole est avant tout caractérisé par des risques (climatiques et de marché) qui affectent les comportements et les choix des acteurs, et donc les prix.
C'est ainsi que la formation des choix individuels (et collectifs) ainsi que les attitudes par rapport aux risques doivent figurer de façon dominante dans la détermination des comportements des acteurs, en particulier des comportements de production.


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B - Les hypothèses liées aux comportements de concurrence

De même que les modèles internationaux considèrent que les technologies de marché sont parfaites, ils reposent sur les principes de la concurrence pure.
Ils observent donc deux règles fondamentales, dont les conséquences sont à la fois plus immédiates et plus importantes encore sur les résultats de la simulation :

1. le respect des prix perçus, qui consiste à traiter les prix comme des paramètres imposés… ce qui signifie qu'aucun acteur n'a la capacité d'influencer le niveau des prix.

Or, si on peut admettre cette affirmation comme une approximation acceptable dans le cas des transactions initiées par les ménages, l'observation des transactions internationales force à conclure qu'il ne saurait en être de même pour les transactions initiées par les firmes.
En particulier, l'appui sur une demande non parfaitement élastique (ce qui est le cas en agriculture) pour extraire le meilleur prix possible de ses ventes ne peut être ignoré sans fausser gravement les résultats d'une simulation.

2. le respect de la libre entrée sur les marchés de nouveaux candidats à la production, qu'il s'agisse de salariés, d'investisseurs ou d'entrepreneurs.

Cette seconde règle est un objectif que bien des règlementations à travers le monde se fixent. Mais, entre l'objectif visé et les réalités observées, il existe un profond fossé : l'observation la plus rudimentaire conduit donc ici à conclure que la réussite est bien loin d'être toujours comparable.

L'évolution des négociations internationales à l'OMC qui prône un démantèlement des barrières commerciales et une libéralisation des marchés en est un exemple parfait.
Celles-ci visent à rendre les clauses d'accès au marché national de moins en moins contraignantes (et favorisent donc la libre entrée), tout en édictant des clauses plus contraignantes pour accéder à la propriété intellectuelle de l'innovation, caractérisée par de fortes barrières à l'entrée et une structure oligopolistique.
De même, il existe des sociétés commerciales d'état et des monopoles d'exportation qui empêchent tout compétiteur de pénétrer sur le marché.

On le voit bien, l'hypothèse de libre entrée correspond à une situation idyllique bien éloignée de la réalité des marchés agricoles.



Le modèle NRA n'ignorera donc pas la recherche de positions locales ou régionales de monopoles sur tel ou tel produit, en particulier s'il s'agit d'un produit innovant.
En conséquence, plus que l'équilibre de marché au sens habituel de la concurrence pure reposant sur les hypothèses que l'on vient de présenter, les auteurs élaboreront une architecture inédite que la théorie des jeux appliquée aux marchés permet de considérer. Le modèle aura donc des caractéristiques d'un jeu à entrées inégalement régulées, selon les branches et les types de producteurs, dans un cadre d'équilibre général à la Cournot.


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II / L'architecture d'ensemble du modèle NRA.

La description donnée ci-dessus constitue une première version du modèle à produire. Comme on peut le deviner, l'entreprise n'est pas aisée. Elle demande beaucoup d'ingéniosité, et une quantité de travail considérable.
L'intégration de données politiques telles que l'existence d'accords multilatéraux validés préalablement, d'accords préférentiels, de blocages ou d'embargos éventuels sera évidemment de première importance.

Au-delà de la première version, qui intègrera autour du module économique central d'équilibre général calculable, les modules « Effets sur la pauvreté » (Critère 3) et « Innovation » (Critère 5), d'autres modules satellites sont prévus, et en particulier :

Un module « Environnement et Société » traduisant les préoccupations développées par les critères 6 et 7.

Un module « Intergénération et croissance » (Critère 4) afin de prendre en compte les "trappes à sous-développement" induites par la libéralisation des échanges agricoles internationaux dans les PED (le faible niveau d'éducation, la forte croissance démographique et les importants coûts sociaux par exemple) qui les empêchent de développer leurs économies et de sortir de la pauvreté.

Enfin, un module taux de change et barrières à l'échange. Que les taux de change soient des variables décisives est une banalité. Les barrières à l'échange ne doivent pas s'arrêter à la considération des droits de douane, mais aux droits généralisés que représentent les politiques commerciales et les règlementations internes portant sur les quantités, les prix et les revenus, au premier rang des quelles la fiscalité spécifique du secteur agricole et agroalimentaire (barrières non tarifaires).


L'architecture d'ensemble du modèle NRA s'établit donc de la manière suivante :


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1
Cf. www.momagri.org, sous la rubrique « Propositions et Travaux »
2 On entend par « technologies de marchés » l'ensemble des caractéristiques d'un marché permettant d'assurer l'égalité des chances entre les différents acteurs : aucune discrimination ne vient entraver l'échange.
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Le modèle momagri
Paris, le jeudi 20 juin 2019