Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Point d’étape sur le modèle NRA …
… à quelques semaines des premiers résultats


Depuis le début de l’année 2006, le MOMA a engagé la construction d’un nouveau modèle économique international spécifique à l’Agriculture, le modèle NRA, autour de son équipe d’économistes. Nous avons présenté dans des notes antérieures1 son architecture d’ensemble et les grands principes qui l’animent. Le modèle NRA fera l’objet de trois versions successives, dont la première, aujourd’hui quasiment achevée, est détaillée ci-après.

La construction du modèle NRA progresse en effet à un rythme satisfaisant et, comme nous l’envisagions en 2006, nous serons en mesure de fournir les premières simulations au début de l’année 2008.

Aussi, les précautions que nous avons volontairement prises par rigueur scientifique, en communiquant peu sur l’avancée du modèle, peuvent désormais être peu à peu levées. Nous ne souhaitions en effet pas tomber dans les mêmes travers que ceux des modèles standards que nous avons étudiés et qui donnent des résultats qui ne sont absolument pas fondés.

C’est dans cet esprit que nous sommes partis aux Etats-Unis pour aller à la recherche des think tanks et des scientifiques en juin dernier, et que nous vous présentons par cette note, un point d’étape sur le modèle NRA, à quelques semaines des premiers résultats.




I. Rappel des facteurs qui ont présidé à la construction du modèle NRA et de ses objectifs

A. Pourquoi construire un modèle économique international dédié à l’agriculture : le modèle NRA ?

Les négociations internationales s’appuient sur les simulations de modèles économiques standards. Ces modèles, dont l’un des plus utilisés est le modèle Linkage de la Banque Mondiale, constituent des « maquettes » de la réalité. Véritables supports de communication, ils façonnent et orientent l’opinion, et ils dépassent donc leur rôle initial d’instrument d’aide à la décision.
Le problème est qu’ils constituent des références orientées, inappropriées et inexactes :

- Orientées …

La majorité des modèles économiques agricoles utilisés dans les négociations internationales (Banque Mondiale, FAPRI, OCDE, …) sont construits suivant les mêmes principes de la concurrence pure et parfaite. Dès lors, la situation optimale est obtenue lorsque toutes les entraves à la libre circulation des produits agricoles (accès au marché, soutiens internes et subventions à l’exportation) sont supprimées. C’est ainsi que l’OMC s’appuie beaucoup sur les résultats chiffrés obtenus par ces modèles pour justifier sa stratégie.

- Inappropriées …

L’un des principaux arguments avancés par l’OMC pour favoriser la libéralisation des marchés agricoles internationaux est qu’elle permettrait d’améliorer la situation des pays pauvres. Pourtant, ces modèles sont incapables de le démontrer, car ils recourent à l’hypothèse du « consommateur représentatif » (c’est-à-dire que tous les consommateurs sont identiques dans leur revenu, et leur préférence). Ils ne peuvent donc pas, par construction, étudier l’impact de la libéralisation sur la pauvreté !
Les institutions internationales, et notamment l’OMC, font ainsi dire aux modèles des choses qu’ils ne sont pas capables de dire. Le dernier audit (Décembre 2006) effectué à la demande du chef économiste de la Banque Mondiale, François Bourguignon, conforte cette analyse.
« La Banque Mondiale utilise trop souvent le résultat de ses études pour faire du prosélytisme en faveur de ses propres politiques sans les approfondir suffisamment ni exprimer le scepticisme approprié. » (Angus Deaton, pilote de l’équipe d’auditeurs, professeur d’économie à l’Université de Princeton, Janvier 2007).

- Inexactes …

Les difficultés du cycle de Doha sont présentées comme affectant principalement les pays pauvres car ils sont censés être les grands bénéficiaires de la libéralisation des échanges agricoles selon les résultats du modèle Linkage de la Banque Mondiale.

Or, ces résultats sont :

> Aléatoires … 850 milliards en 2004, 350 en 2005, pour finalement être révisés à 25 milliards en 2006 (soit seulement 1$ par habitant et par an pendant 10 ans!), telles ont été les estimations et réévaluations successives fournis par le modèle de la Banque Mondiale.

> Trop faibles et largement inférieurs à leur marge d’erreur (comprise entre 5 et 10% du PIB mondial) pour que l’on puisse affirmer que la libéralisation les aiderait à sortir de la pauvreté. Les gains potentiels avancés représenteraient en effet moins de 1% du PIB mondial.

Il était donc indispensable de construire un modèle agricole fiable afin de placer l’agriculture au cœur de la coopération internationale qui réponde aux enjeux du XXIème siècle.

C’est l’objet du modèle NRA

B. Les objectifs du modèle NRA

Le modèle NRA, en construction depuis le début de l’année 2006, vise à atteindre six objectifs :

> Rendre compte de l’importance stratégique de l’agriculture tout en étant garant d’un développement plus harmonieux de l’ensemble des agricultures du monde.

> Tenir compte de la forte interaction entre l’agriculture et les enjeux qui lui sont liés comme la sécurité alimentaire, l’environnement, la pauvreté et l’innovation ;

> Modéliser de manière plus fidèle les réalités agricoles dans le monde (volatilité des prix, comportement des agriculteurs face au risque, coexistence de différents types d’agriculture, …) ;

> Être un outil d’aide à la décision politique ;

> Optimiser le degré d’indépendance vis-à-vis de l’extérieur pour toutes les régions du monde en fonction du potentiel agricole, de l’innovation et des équilibres économiques ;

> Donner aux différents pays du monde, et notamment à la France et à l’Union Européenne, un instrument de travail et de négociation afin de promouvoir une gouvernance mondiale de l’agriculture.

2. Un planning de construction ambitieux en vue d’obtenir les premiers résultats début 2008

A. L’architecture du modèle NRA

Le choix que nous avons fait pour répondre à ces objectifs est celui d’un modèle d’équilibre général calculable suivant une approche modulaire, interactive et open source contrôlée.

Modulaire : Contrairement aux modèles standards qui sont construits d’un seul bloc, le modèle NRA est composé de différents modules. On évite ainsi le double effet « boîte noire » et « usine à gaz » qui caractérise la majorité des modèles actuels. Par ailleurs, les utilisateurs bénéficieront de plus de souplesse dans l’interprétation des résultats car les liens entre chaque module sont clairement explicités.

Interactive : L’un des postulats de base du modèle NRA est que l’agriculture est en interaction directe avec l’environnement, le développement, l’innovation et la souveraineté alimentaire … Il est donc primordial que les différents modules qui composent le modèle NRA soient liés entre eux (philosophie d’utilisation « Théorie des Jeux »).

Open source contrôlée : A l’image de Linux dans le domaine informatique, la logique du modèle sera connue. Et, tous les experts du monde, aussi bien des pays développés que des pays en développement, pourront participer à son amélioration, sous le contrôle d’un comité scientifique international.

Le modèle NRA est composé d’un module central d’équilibre général calculable, autour duquel gravitent les 6 modules qui représentent l’impact et les effets des trois dimensions stratégiques :

> Environnement,

> Développement,

> Croissance économique.

Un septième module, le module « Risque », est directement connecté sur les secteurs agricoles concernés.
Aucun des modèles aujourd’hui utilisés ne prend en compte l’ensemble de ces critères, suivant une telle architecture.



B. Les premiers résultats sont attendus au début de l’année 2008

Le modèle NRA dans sa globalité (le module « Central » et les sept modules périphériques) sera achevé avant la fin du premier semestre 2008. Il fera l’objet de trois versions successives (V1 à V3), afin que nous puissions disposer de premières simulations dès le début de l’année 2008.

La première version du modèle NRA (V1) sera achevée d’ici Janvier 2008. NRA V1 sera composé des modules Central, Risque, Indépendance (qui intervient comme un élément de jugement sur les résultats de chaque simulation) et des variables politiques, économiques et financières.



Le modèle NRA V2 sera achevé d’ici le mois de mars 2008. Il sera composé du modèle NRA V1, ainsi que des modules « Pauvreté », « Innovation » et « Environnement ». Ces modules, quasiment achevés pour la plupart, feront l’objet d’une présentation approfondie dans une note ultérieure.

Le modèle NRA V3, qui constitue la version finale, sera achevé d’ici la fin du premier semestre. Il sera composé du modèle NRA V2, complété des modules « Intergénération et Croissance », et « Changements globaux ».

Nous serons donc en mesure de fournir les premières simulations à partir du modèle NRA global avant la fin du premier semestre 2008.

3. En attendant les premiers résultats, quelques éléments du modèle NRA V1…

A. …relatifs au module « Central »

Le module « Central » constitue le cœur du modèle NRA. C’est un modèle d’équilibre général calculable prenant en compte la croissance démographique.

La totalité des équations qui composent le module Central ont été écrites et leur nombre s’élève au final entre 3.500 et 23.000, en fonction du nombre de zones géographiques et de secteurs économiques considérés.

Dans un premier temps, le modèle NRA comportera trois régions, mais nous serons rapidement en mesure d’étendre notre analyse à une dizaine de zones géographiques. Le découpage que nous envisageons pour la première version du modèle NRA diffèrera du découpage géographique « habituellement » considéré par les modèles internationaux à partir de la base de données GTAP2 . Il reprendra le découpage qui reflète les groupes en présence à l’OMC sur le dossier agricole et qui distingue les grands pays développés (Amérique du Nord, UE, Japon), les pays du émergents du G20 (Brésil, Chine, Inde …) et les pays les moins avancés.
D’autres innovations relatives à la formalisation et à la répartition de l’investissement (distinction entre la formation brute de capital fixe et la variation de stocks), et à la fonction de consommation des ménages ont également été introduites.

B. … relatifs au module Risque


Dans le modèle NRA, le module Risque permet de modéliser la forte volatilité des prix des produits agricoles en tenant compte des spécificités qui sont celles de l’Agriculture :

> Les prix sont beaucoup plus volatils que les prix industriels ou de services, rendant leur anticipation extrêmement difficile.

> Les décisions de production courante (et pas seulement les décisions d’investissement) prises l’année « t-1 » sont quasi-intégralement irréversibles jusqu’à l’année « t ».

> La coexistence de production de biens physiques, de marchés à terme ferme et de marchés à terme conditionnels (produits dérivés) autorise théoriquement couverture complète ou partielle des risques, mais surtout spéculation.

Grâce à la formalisation, jusqu’alors inédite, de ces trois facteurs, le modèle NRA V1 sera en mesure de démontrer qu’une grande partie des risques est endogène, c’est-à-dire que la volatilité des prix des matières premières agricoles est due aux particularités du marché (anticipations, structures de distribution, spéculation…), et qu’elle génère sa propre volatilité.




La quasi-totalité des équations qui composent le module Risque ont été écrites, et les économistes du MOMA procèdent en ce moment à la programmation informatique et aux tests de robustesse du modèle NRA V1. Les premiers résultats que nous obtenons sont très encourageants et feront d’ailleurs l’objet de working papers et de plusieurs publications scientifiques.

Nous vous donnons donc rendez-vous au début de l’année 2008 pour vous présenter ces premiers résultats et les implications politiques et stratégiques que nous en tirerons en matière de politique agricole au niveau national, européen et international.

La rédaction du MOMA

1Cf. articles publiés sur le site sous la rubrique Propositions et Travaux : Principes de construction et architecture d’ensemble du futur modèle NRA (15 Mars 2006) ; Le modèle NRA (2 Octobre 2006) ; Le risque de l’avenir dans le modèle NRA : un pas décisif dans la modélisation agricole (4 Décembre 2006).
2GTAP (Global Trade Assistance and Production) est la base de données de référence en matière de modélisation des échanges. Construite en 1993 à l’initiative de Thomas Hertel (Université de Purdue – Indiana), elle est améliorée de manière régulière (6 versions depuis 1993) via un réseau de plus de 3.700 experts répartis dans plus de 100 pays.
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Le modèle momagri
Paris, le jeudi 20 juin 2019