Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

momagri pose à Washington les bases d’une organisation mondiale de l’agriculture



Doha est toujours dans l’impasse. C’était prévisible : l’agriculture est trop stratégique pour être un préalable aux négociations de l’OMC car seulement 10% de la production agricole mondiale fait l’objet d’échanges internationaux. Il est, en revanche, beaucoup plus urgent de créer une organisation mondiale de l’agriculture qui prenne en compte les problèmes concrets de la croissance démographique, de la faim dans le monde, de la protection de l’environnement et du progrès de l’humanité. C’est pourquoi nous sommes allés présenter le MOMA auprès de la communauté internationale, à Washington, le lundi 25 juin, au Carnegie Endowment for International Peace (CEIP)…trois jours après l’annonce de l’échec du G4.

Il est maintenant établi que La Banque mondiale et les organisations internationales sont incapables de répondre aux problématiques de l’agriculture et des agriculteurs. Les décisions actuelles sont, en effet, basées sur des modèles économiques inadaptés qui ne prennent pas en compte la spécificité de l’agriculture. Elles ignorent son caractère stratégique et ses enjeux en termes de satisfaction des besoins alimentaires et non alimentaires, de lutte contre la pauvreté, d’indépendance et de souveraineté des Etats.

C’est devant un auditoire nombreux, représentant largement la communauté internationale, mais aussi des économistes et des « think tanks » que la délégation du MOMA a présenté son programme et ses réalisations. Le MOMA a ainsi décrit les principales caractéristiques de son modèle économique (le modèle NRA - Nouvelles Régulations Agricoles, opérationnel début 2008) et les missions de la future agence internationale d’évaluation et de notation (l’Agence NRA, créée courant 2008). Ces deux instruments formeront, ensemble, la base d’une véritable gouvernance et d’une nouvelle coopération internationale de l’agriculture.

La nouveauté du modèle NRA, qui prend en compte les spécificités agricoles, a été accueillie avec beaucoup d’intérêt, notamment par tous ceux qui œuvrent en faveur du développement des plus pauvres. Un premier workshop avec des économistes américains s’est tenu à l’issue de la conférence afin d’associer des économistes américains au modèle NRA.

Il est en effet temps de sortir des oppositions stériles entre les conceptions américaines et françaises de l’économie libérale d’une part, et de l’intervention de l’Etat d’autre part. Comme nous le soulignons dans notre modèle, nous sommes tous en faveur du commerce, mais la question est de savoir comment organiser ces échanges pour qu’ils puissent profiter au plus grands nombres, sans laisser de côté les plus pauvres.

Le dispositif associant l’agence de notation et le modèle a enfin été salué par l’assemblée comme une nouvelle assise pour les relations internationales dans les domaines agricole, environnemental et de développement. Il a été, à cette occasion, relevé le rôle clé que l’agriculture allait prendre au côté de l’énergie dans les années à venir.

La délégation du MOMA, présidé par Pierre Pagesse (Président de Limagrain), comprenait plusieurs fondateurs : Alain Catala, Vice Président, Jacques Carles, Délégué Général (Directeur de Carles Consultants) ; Christian Pèes (Président du Groupe Euralis) ; Jean Bizet, Sénateur de la Manche ; et son chef économiste Bertrand Munier (Directeur du GRID). Elle était accueillie par Sandra Polaski (Directeur au Carnegie Endowment for International Peace).

Extraits des discours prononcés au Carnegie :1

« Les combats incessants qui occupent les négociateurs au sein de l’OMC ne font que masquer une réalité toute simple : l’OMC n’est pas adaptée pour traiter efficacement des productions agricoles.

L’inadaptation de l’OMC à traiter efficacement les questions agricoles tient au fait qu’elle n’intervient que sur l’aspect commercial et considère sans distinction tous les secteurs d’activité. C’est ignorer une donnée fondamentale : l’agriculture est spécifique.
En effet, les marchés des productions agricoles ne suivent pas les mêmes lois que ceux des produits manufacturés.

A mes yeux, deux grandes spécificités sont à souligner. Tout d’abord la demande. Elle est en croissance régulière, mais elle est peu sensible à l’évolution des prix, c’est pourquoi les spécialistes parlent de « la rigidité de la demande ». Ensuite les aléas climatiques, auxquels la production agricole est soumise. Leurs impacts, bien qu’atténués par la globalisation du marché, restent significatifs. De plus, ils sont liés à la longueur du cycle de production, ce qui ne permet ni une anticipation de la situation, ni un ajustement rapide. C’est ce que les économistes nomment « les risques endogènes.

La combinaison de ces facteurs entraîne une très forte volatilité des prix des marchés agricoles pour des faibles écarts offre et demande : 1 à 2 % de variation de production peut conduire à des amplitudes de prix de 1 à 3 voire de 1 à 5 ».
Pierre Pagesse, Président du MOMA.


« Le MOMA est une nouvelle forme d’organisation internationale : un think tank, une plateforme d’influences et un lieu de mobilisation des responsables de l’agriculture, de l’environnement, de l’aide au développement, bref de tous ceux qui œuvrent en faveur d’un avenir meilleur pour l’humanité.

En créant ces nouveaux instruments de pilotage, le MOMA créé les conditions pour que les négociations internationales et les choix stratégiques soient fondés sur des bases beaucoup plus solides. Par analogie, avec les nouvelles règles édictées dans le domaine comptable et financier par la loi Sarbanes Oaxley aux Etats-Unis, nous visons à créer une nouvelle transparence de l’information pour les 43% de la population mondiale qui travaille dans l’agriculture. C’est la moindre des choses que de traiter sur un pied d’égalité le paysan et l’actionnaire. »
Jacques Carles, Délégué général du MOMA

« Ce modèle permettra aux décideurs de mener des simulations pour évaluer l’impact de telle ou telle hypothèse concernant les échanges internationaux, les risques climatiques et de marché, l’amélioration du niveau de vie, la prise en compte de l’innovation… éléments stratégiques qu’aucun des modèles actuels ne prennent en compte. En plus, ce modèle sera beaucoup plus souple et adaptable que les modèles existants car sa conception modulaire reflète mieux la réalité. »
Bertrand Munier, Chef économiste du MOMA

« Je voudrais préciser que nous sommes très conscients des « difficultés de l’exercice »… mais nous sommes aux Etats-Unis et en Europe condamnés à réussir !... Car de notre réussite dépendra la paix, la sécurité indispensable dans un certain nombre de pays du monde. Et chacun sait bien que la Paix et la sécurité sont indispensables pour assurer la prospérité économique et intellectuelle des hommes et des femmes qui ont délibérément choisi d’entrer dans une économie de marché. »
Jean Bizet, Sénateur de la Manche

« Le temps est compté. Nous serons bientôt 9 milliards et nous avons besoin de toutes les terres disponibles. Or, l’extension des villes est la désertification des campagnes font que nous avons déjà dépassé le niveau d’alerte. En plus, les prix des engrais et des fertilisants explosent. Sans prise de conscience internationale et sans des outils de régulation adaptés, nous ne parviendrons pas à faire face aux chocs qui s’annoncent ! C’est pour cela que je suis un des fondateurs du MOMA».
Christian Pèes, Président du Groupe Euralis

1 Retrouver l’intégralité des discours prononcés dans la rubrique Tribune

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012