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Édito |
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Sécurité alimentaire et fonctionnement des marchés agricoles
Par Jacques Carles, Délégué Général de momagri
& Bastien Gibert, Conseiller de momagri
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Introduction
The system we evolved which relied on faith that world markets in physical food stuffs plus world financial markets for diversifying risks would provide a reasonable protection against volatility did not work […]. Fundamentally we are moving towards a world where Malthusian type pressures are increasing and it's a problem.
Paul Krugman, Brussels, March 2010
La sécurité alimentaire et sa liaison avec le fonctionnement des marchés agricoles est une problématique complexe, du fait de la conjonction d'au moins cinq difficultés :
- La sécurité alimentaire est une notion polysémique, transversale et évolutive ;
La notion d'insécurité alimentaire a substantiellement changé depuis la seconde guerre mondiale, s'enrichissant tout à tour des dimensions macroéconomique, microéconomique, qualitative puis nutritionnelle. Elle est aujourd'hui une notion polysémique et dynamique, qui entretient des relations complexes avec le commerce international, les régimes politiques et sociaux mis en place, mais également de nombreux facteurs subjectifs qu'il est essentiel d'apprécier et d'évaluer.
- Les choix politiques opérés en la matière résultent de processus décisionnels multiples et souvent emprunts d'une idéologie marquée (interventionnisme vs libéralisme) ;
Depuis plusieurs siècles, les décideurs et experts n'ont pas pu trouver de consensus équilibré au débat sur l'ouverture nécessaire des frontières au commerce et aux investissements pour optimiser la sécurité alimentaire de leur population. L'histoire économique est jalonnée de divers partis pris quant au mercantilisme sous ses diverses formes, puis par les idées libre-échangistes des physiocrates, d'Adam Smith, et plus récemment par les promoteurs du Consensus du Washington , alors même que le message de Malthus y a toujours été étroitement associé et connaît aujourd'hui un regain d'intérêt.
- La profonde mutation de nos économies et de leurs fondements suite aux récentes crises économique, financière et alimentaire ;
Vingt ans après la chute du Mur de Berlin et la « victoire » du système capitaliste libéral sur le communisme, cette année d'anniversaire à un arrière goût amer. Pour la première fois depuis, le capitalisme en tant que fondement idéologique, économique et politique de nos sociétés a failli. Deux faits majeurs l'expriment : Tout d'abord, le marché n'est pas une finalité en soi, mais juste un moyen d'organiser les échanges. Ensuite, ce moyen, loin d'être parfait, peut être défaillant, et doit ainsi être régulé. Ce nouveau paradigme post-crises s'accompagne d'une profonde réflexion de la communauté internationale sur la nouvelle gouvernance à promouvoir, de manière à en optimiser à la fois la durabilité et la stabilité.
- L'attitude collective face aux risques et menaces induits est exacerbée dans un contexte de démantèlement progressif des mécanismes de régulation et d'intervention ;
L'environnement géoéconomique et géopolitique du monde a été profondément modifié dans le dernier demi-siècle du fait d'une incertitude croissante. Il est impossible de prévoir les échéances successives des chocs qui pourraient survenir sur l'état du système économique, social et politique, qu'il s'agisse aussi bien des chocs issus de la nature, des chocs de marché ou des chocs stratégiques et géopolitiques. Et, plus encore, il serait difficile d'y apporter une réponse concrète et efficace du fait de la dynamique de démantèlement des mécanismes de régulation observée depuis le milieu des années 1990, notamment dans le domaine agricole en Europe.
- L'interrogation récente et croissante depuis 2007 de la communauté internationale et de la plupart des Etats du monde sur les quatre points précédents ;
Jusqu'à la récente crise financière et alimentaire, il existait une relative dichotomie dans la manière dont les décideurs internationaux, notamment dans les pays développés, envisageaient les politiques de lutte contre l'insécurité alimentaire et celle relative à la recherche de l'efficience économique. Par ailleurs, il était de croyance commune que la poursuite de l'un (l'efficience), permettait d'atteindre la seconde (la sécurité alimentaire). La crise de 2008 a fait voler en éclat cette croyance et démontré que tous les pays du monde étaient non seulement concernés - développés comme en développement –et mal « outillés » pour y apporter une réponse concrète et coordonnée.
Cette note a pour objet d'approfondir la notion de sécurité alimentaire au regard du fonctionnement spécifique des marchés agricoles et plus généralement du nouveau paradigme post-crises qui émerge depuis quelques mois.
Dans une première partie, elle revient sur la notion polysémique et évolutive de la sécurité alimentaire, à la fois conséquence et cause de la pauvreté, résultant de la conjonction de multiples scénarios et souffrant de l'absence d'indicateurs de suivis globaux ex ante.
La seconde partie est focalisée sur la dimension stratégique de la sécurité alimentaire : de la situation paradoxale actuelle où les agriculteurs sont les premiers touchés par la faim, à l'absence de stratégie coordonnée au niveau international en passant par les menaces croissantes qui affectent la sécurité alimentaire mondiale.
La troisième partie revient sur les liens complexes qui unissent la sécurité alimentaire à la libéralisation des échanges agricoles et à la financiarisation des marchés agricoles, à travers la volatilité des cours des matières premières.
La quatrième et dernière partie évalue les conditions préalables qu'il est indispensable de réunir pour piloter efficacement la sécurité alimentaire mondiale : un modèle économique pour mieux comprendre le fonctionnement des marchés agricoles, des bases de données et des indicateurs pour mieux évaluer les risques sur ces marchés, et des principes de gouvernance et de régulation adaptés aux nouveaux enjeux post-crises.
Conclusion
L'efficacité des politiques structurelles mises en œuvre pour lutter contre l'insécurité alimentaire est indissociable de la situation des marchés agricoles internationaux et des agriculteurs dans les différentes zones du monde. Sans être les seuls facteurs explicatifs, la libéralisation croissante des échanges agricoles dans un contexte de démantèlement des mécanismes de régulation, et la volatilité croissante des prix des produits agricoles observés depuis le début des années 2000, ont joué un rôle dans la montée de l'insécurité alimentaire mondiale. Ironie du sort, c'est au lendemain de la déclaration des Objectifs du Millénaire pour le Développement (1995) que l'insécurité alimentaire s'est mise à croître, pour ne plus s'arrêter depuis.
Le problème est global et systémique, et non limité aux pays en développement. Aussi, à l'instar du regain de coopération internationale observé durant la crise financière, une coopération internationale plus étroite sur des bases renouvelées est indispensable pour endiguer la montée de l'insécurité alimentaire.
Contenir dans des proportions raisonnables la volatilité des prix et des taux – si importantes pour la sécurité alimentaire comme pour l'efficience économique – ne se fera ni en un jour ni par l'action d'un seul pays, si important soit-il.
Ces impératifs du XXIème siècle demandent une vision du système complexe de vie économique dans lequel nous sommes entrés. Celle de 1945, aussi généreuse qu'elle ait été pour l'époque et réussie qu'elle se soit montrée pendant un demi-siècle, mérite d'être renouvelée. Les institutions internationales créées alors ont sans doute épuisé ce qu'elles ont pu apporter au monde d'hier. Celui de demain exige sans doute une recomposition en harmonie avec les besoins de sécurité alimentaire et de réelle efficience économique qui sont aujourd'hui urgents.
C'est dans cette optique que le think tank momagri propose la création d'une Organisation Mondiale de l'Agriculture. Cette dernière n'a pas vocation a être une Institution internationale supplémentaire, mais une plateforme de coopération et de décision sur le domaine agricole regroupant toutes les compétences indispensables pour statuer sur l'avenir : la FAO pour la sécurité alimentaire, l'OMC pour le commerce, la Banque mondiale pour le développement, le FMI pour les questions financières et monétaires, etc.
C'est dans ce sens que le think tank momagri travaille depuis sa création en 2005, qu'il a développé un modèle économique de simulation aujourd'hui inédit en matière de modélisation des risques et de la financiarisation de l'agriculture, ainsi qu'une agence de notation pour évaluer l'état des marchés agricoles et de l'insécurité alimentaire.
Ces différents projets sont à des degrés différents de maturité. Des approfondissements spécifiques en vue du G20 sont prévus, et ils ont été présentés en avant première lors de la seconde édition du Forum Dakar Agricole, qui s'est tenu au Sénégal les 18 et 19 avril dernier. |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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