Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Édito

Réguler les marchés financiarisés des matières premières.
Oui, mais comment ?



Bastien Gibert,


conseiller de Momagri



La régulation des marchés financiarisés des matières premières va être au cœur du prochain G20. Si tous les décideurs partagent ce constat, il y a pourtant fort à parier que les discussions resteront dans l’impasse. La raison à cela est qu’il manque des outils de nouvelle génération adaptés à la réalité des marchés internationaux pour modéliser de façon objective la financiarisation de ces marchés, mais aussi pour tester les différentes solutions possibles.

La demande de Paris adressée à la Commission Européenne de s’attaquer à l’amélioration de la régulation des marchés financiarisés des matières premières pour lutter contre la volatilité des prix, est d’une impérieuse nécessité. Elle suit d’ailleurs de nombreuses demandes et propositions formulées par d’autres pays dans le monde, à l’instar des Etats-Unis ou de la Chine, qui cherchent également à limiter les effets néfastes d’une financiarisation excessive et non contrôlée.
Toutefois, un équilibre entre « régulation et performances des marchés » doit être trouvé de manière à optimiser l’efficacité de ces derniers. Pour cela, il faut mettre à disposition des décideurs des outils suffisamment puissants et à-même de décrire la réalité qui est désormais la nôtre aujourd’hui:
    - l’irréversibilité d’une année sur l’autre, des décisions et pas uniquement d’investissement, empêche de ce fait, tout ajustement de l’offre à une modification des conditions de marché au cours du processus de production (hors politique de stockage),
    - les marchés des matières premières sont cruciaux d’un point de vue géopolitique et géostratégique,
    - l’incertitude et les risques sont au cœur du fonctionnement des marchés des matières premières, qui sont en conséquence fortement volatils,
    - les spécificités intrinsèques des marchés des matières premières et notamment leur étroitesse, les rendent naturellement attractifs pour les investisseurs à court terme,
    - l’intégration progressive des économies et l’interconnexion grandissante des marchés des matières premières accroissent les risques de nature systémique,
    - les matières premières sont à la fois échangées sur les marchés physiques et sur les marchés à terme, autorisant une couverture en théorie, mais se traduisant le plus souvent par une financiarisation accrue.
Or aujourd’hui, aucun des modèles économiques utilisé dans les enceintes nationales et internationales n’est à-même d’éclairer les décideurs sur l’impact réel des différentes options envisageables pour mieux réguler les marchés financiarisés des matières premières. Car les notions mêmes de financiarisation, de risque et d’incertitude en sont exclues. Pire, la plupart des modèles utilisés partent de l’hypothèse de concurrence pure et parfaite, reniant de facto l’idée même d’une régulation car le laisser-faire des marchés conduirait naturellement à un optimum économique, c’est-à-dire à une situation où le bien-être de tous les acteurs économiques est maximisé.
Aussi, les prochains G20 approchent mais faute d’outils adéquats, trop peu de propositions concrètes sont aujourd’hui avancées.
En effet, comment peut-on améliorer la régulation des marchés financiarisés si les modèles de simulations qui servent à mieux comprendre les interactions complexes et multiples sur ces marchés ne modélisent pas la financiarisation des marchés ni les acteurs financiers tels que les investisseurs à court terme ?
C’est en partie pour y répondre que le think tank momagri a initié dès 2006 la construction d’un modèle économique mondial, focalisé sur les matières premières agricoles, permettant de modéliser le fonctionnement de marchés agricoles financiarisés, mais également les autres risques de marché auxquels sont exposés les différents acteurs économiques qui y interviennent. Reposant notamment sur les six constats présentés ci-dessus, le modèle momagri fait appel aux développements les plus récents en matière de recherche économique et de formalisation des risques. Il modélise :
    - l’aversion au risque des producteurs qui évolue dans le temps en fonction des fondamentaux du marché,
    - les aléas naturels et les épizooties qui varient selon les régions et dont l’impact s’accroît à mesure que les marchés et les flux commerciaux sont concentrés,
    - les investisseurs à court terme qui interviennent sur les marchés à terme, en grande majorité sur des bourses de gré à gré, par définition non contrôlées,
    - ainsi que les nombreuses spécificités qui caractérisent les marchés agricoles à l’instar de la faible élasticité de l’offre et de la demande au prix, qui constitue une source de rigidité supplémentaire et donc de volatilité des prix accrue.
Ses résultats sont riches d’enseignements et il peut être utilisé pour tester et discuter différents scénarii de régulation en termes :
    - de stockage minimal sur les marchés physiques mais également sur les marchés à terme,
    - d’appels de marge ou droits d’entrée variables pour limiter l’afflux des spéculateurs,
    - voire même de suspensions de cotations en cas de trop forte volatilité journalière.
Récemment présenté à la communauté scientifique internationale, le modèle momagri constitue à ce jour l’unique outil d’aide à la décision permettant d’étudier et de comprendre les problématiques de financiarisation des marchés des matières premières agricoles, et donc d’apporter une caution scientifique de premier plan aux propositions qui seront faites dans les prochaines semaines.
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012