Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

Pour une vision stratégique de la PAC à long terme


Copa1 -Cogeca2

L’échéance de 20133 approche et pourtant, les décisions menées par les décideurs européens piétinent, comme l’illustre le récent Sommet d’Annecy4, où aucune proposition concrète n’a été formulée. Pourtant, la période actuelle est propice : la volatilité des prix des matières premières agricoles est importante, les stocks sont bas, la crise alimentaire sévit encore dans de nombreuses régions du monde, et la crise financière est là pour nous rappeler les dangers de confier l’avenir du monde à des marchés dérégulés. Il est donc essentiel de repenser la PAC, seule politique européenne intégrée, dans sa dimension économique et budgétaire, mais également stratégique, et c’est en cela que les propositions du COPA COGECA, présentées lors du Congrès des agriculteurs européens 2008, méritent d’être soulignées.
Elles réaffirment l’importance de l’acte de production agricole, à l’heure où les esprits sont focalisés sur les problématiques commerciales de l’OMC et du développement rural. Or, il ne faut pas oublier que pour « échanger » ou s’occuper de l’aménagement du territoire, les agriculteurs doivent avant tout produire durablement et pouvoir vivre de leur production. Et, elles soulignent la nécessité de réguler les marchés agricoles car, comme le précise Jean-Michel Lemétayer, président du COPA, « le monde ne peut pas risquer une crise agricole et alimentaire de l’ampleur de la crise financière actuelle ».




« Le Copa et la Cogeca sont d’avis que la future PAC devrait avant tout permettre aux agriculteurs de répondre aux attentes et préoccupations des citoyens concernant les défis du 21e siècle. L’un des défis les plus importants sera de leur permettre d’optimiser leur potentiel de production et leur compétitivité, tout en les aidant à respecter les normes les plus élevées en matière de sécurité et de durabilité et à contribuer au maintien des zones rurales comme lieu de vie attrayant en générant des emplois et la prospérité. En d’autres termes, le rôle multifonctionnel de l’agriculture sera, à l’avenir, plus important que jamais. Avant de discuter du futur financement de la PAC après 2013, il est essentiel de s’accorder sur les objectifs de la PAC pour les décennies à venir et sur la manière de les réaliser au mieux. Le Copa et la Cogeca estiment que si la future PAC doit répondre aux attentes et préoccupations des citoyens, elle devrait reconnaître les principes suivants :

> La nature vitale du rôle économique des agriculteurs – fourniture de produits alimentaires essentiels – et leur rôle plus vaste consistant à réaliser les objectifs sociétaux sur le plan territorial, environnemental et social distinguent l’agriculture des autres secteurs économiques ;

> La future PAC devrait reconnaître que les agriculteurs sont des entrepreneurs et qu’ils souhaitent tirer la plus grande part possible de leur revenu du marché. Toutefois, il faudrait aussi clairement reconnaître que les agriculteurs fournissent des services dont certains ne sont actuellement pas suffisamment rémunérés par le marché ou ne le seront jamais ;

> L’agriculture devrait jouer pleinement son rôle dans le renforcement de l’Union européenne – la PAC doit rester une politique commune avec des règles communes pour garantir qu’il n’y ait pas de distorsion de concurrence à l’intérieur du marché unique européen, tout en tenant compte de la diversité de l’agriculture européenne ;

> La solidarité financière est nécessaire pour renforcer la cohésion et l’intégration économique et sociale à travers l’UE à 27 Etats membres et assurer un meilleur équilibre entre zones rurales et urbaines. »

A cette fin, la Copa-Cogeca a décliné les idées évoquées dans les principes évoqués ci-dessus en huit propositions, qui pourraient servir de cadre stratégique à la future politique agricole commune.

« L’objectif primordial de la PAC devrait consister à garantir un secteur agricole durable en Europe – du point de vue économique, environnemental et social – qui satisfasse les besoins de la société européenne et contribue à relever les défis mondiaux. En particulier :

> Offrir un cadre stable favorisant le développement de la production agricole, par une augmentation de la productivité et de la compétitivité, et un bon fonctionnement du marché pour garantir l’indépendance stratégique d’approvisionnement de l’UE dans tous ses secteurs de production clés, pour garantir aux consommateurs un approvisionnement sûr, stable et fiable en produits alimentaires et pour permettre à l’UE de contribuer à répondre à la demande mondiale croissante de produits alimentaires ;

> Préserver la grande diversité de la production de produits alimentaires de haute qualité dans les différentes zones rurales de l’UE et veiller à ce que les consommateurs soient pleinement informés sur les denrées alimentaires qu’ils achètent ;

> Garantir que l’ensemble de la production soit effectuée dans un souci de protection de l’environnement (air, sol, eau), de protection du bienêtre des animaux et de la biodiversité ainsi que de création de zones rurales attrayantes ;

> Optimiser la contribution de l’agriculture de l’UE aux opportunités économiques et d’emploi dans les zones rurales à travers l’UE ;

> Encourager les pratiques d’aménagement du territoire qui favorisent la biodiversité et protègent les ressources et les habitats, en tenant compte des conditions régionales spécifiques ;

> Soutenir les agriculteurs dans leurs efforts visant à atténuer les effets négatifs du changement climatique et à s’y adapter ;

> Assurer la contribution de l’agriculture de l’UE à la réduction des émissions de CO2 et à la diminution de la dépendance de l’UE vis-à-vis des énergies importées grâce à la production de ressources renouvelables utilisées à des fins non alimentaires ;

> Assurer un niveau de vie équitable aux producteurs agricoles, ainsi que des perspectives à long terme qui attireront les générations futures de jeunes agriculteurs et agricultrices vers les professions agricoles. »

COPA-COGECA




Les propositions de la COPA COGECA ont le mérite de resituer la réforme de la PAC dans un cadre stratégique qui prend en compte les enjeux de l’Europe du XXIème siècle. Par là, elles confortent le constat et les objectifs que nous considérons comme fondamentaux pour la future PAC, et elles soulignent plus particulièrement deux propositions concrètes que nous avions émises en Avril dernier, et qui, compte tenu de l’actualité, prennent toute leur dimension.
Tout d’abord, gérer l’Agriculture et l’Alimentation comme des Biens Publics Mondiaux, au carrefour de la croissance économique, du développement durable, de la sécurité alimentaire et de la lutte contre la pauvreté. Une approche globale et intégrée et non pas compartimentée comme cela est le cas aujourd’hui, est en effet le seul moyen d’embrasser l’ensemble des problématiques agricoles, qui, pour beaucoup, dépassent les frontières du marché.
Ensuite, encadrer la volatilité des prix des matières premières agricoles selon la logique « serpent dans le tunnel » mise en place dans les années 1980 pour empêcher les dérives constatées sur les marchés monétaires et bancaires. C’est-à-dire, une fluctuation libre des prix à l’intérieur de marges définies internationalement par consensus, et le déclenchement de mécanismes de régulation au-delà. Une telle approche aurait tout d’abord le mérite de limiter l’hypervolatilité des prix agricoles, et d’être en totale adéquation avec les préconisations qui sont aujourd’hui faites dans le domaine financier international.


La rédaction de momagri

1 Comité des organisations professionnelles agricoles européennes
2 Confédération générale de la coopération agricole européenne
3 La réforme de la PAC est prévue pour 2013
4 Cf. la tribune « Quelques réflexions pour sortir du dilemme de l’Union Européenne face à l’avenir de la PAC », 20/10/08
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Paris, le jeudi 31 juillet 2014