Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Terre-net
  Édito  
 

Pas de solutions fracassantes mais un processus
est en marche



Frédéric Hénin, rédacteur en chef de Terre-net


Article paru dans Terre-net Média



La participation de l’agriculture au redressement économique de la France nécessite l’engagement des ministères de l’Emploi, de l’Ecologie, de l’Agroalimentaire et de l’Agriculture avec des engagements forts. C'est le sens donné à ces états généraux organisés par la Fnsea avec les participations de JA, de l'Apca, de la Cnmcca et de Coop de France.

En quelques semaines, la Fnsea a été en mesure de mobiliser quatre ministres pour participer aux Etats généraux de l’agriculture qui se sont tenus ce 21 février 2014. Ils étaient organisés conjointement avec Jeunes agriculteurs, Coop de France, l’Apca et la Cnmcca.

A la veille de l’inauguration du Salon international de l’agriculture par le président de la République, François Hollande, Xavier Beulin, président de la Fnsea, a souhaité faire prendre conscience que la participation de l’agriculture au redressement économique de la France est transdisciplinaire. Il implique les ministères de l’Emploi, de l’Ecologie, de l’Agroalimentaire et de l’Agriculture avec des engagements forts et une politique cohérente. Telle est la première conclusion qui ressort des demandes formulées par les réseaux de la Fnsea et de JA.

Les défis à relever outrepassent bien les seuls enjeux de la loi d’avenir de l’agriculture, comme l’avait souligné Xavier Beulin lorsqu’il a annoncé ces états généraux (deuxième conclusion). Enfin, les échanges tenus pendant la journée ont montré les efforts à fournir par la France « pour produire plus et mieux » et pour redevenir le second exportateur mondial de produits agricoles.

Les quelques annonces faites par chacun des ministres lors de leur passage à la tribune satisfont la Fnsea mais le plus important, ce sont surtout les engagements pris qu'il faudra respecter dans les prochains mois. Du pacte de responsabilité dans lequel la profession agricole s’est engagée depuis plus d’un an selon la Fnsea, bien avant que le président de la République l’ait exposé, il est temps de passer aux actes. Mais si Xavier Beulin est conscient que la reconquête de la compétitivité devra s’inscrire dans le temps, il a lui-même rappelé que certains problèmes à résoudre relèvent de décisions prises parfois depuis plus de 20 ans (pour tout ce qui relève des questions environnementales en particulier).


LEVER LES FREINS À LA PRODUCTION

Durant les trois tables rondes, les participants ont eu l’occasion d’exposer les demandes remontées des consultations des réseaux d’adhérents auprès de chacun des ministres invités. Puis chacun d'eux a exposé quelle pourrait être leur contribution pour lever les freins à la production dont les agriculteurs sont victimes. « Alors que la production agricole mondiale croît de 2 % par an, celle de la France baisse de 1 % alors que son potentiel agricole est le plus important de l’Union européenne», a déclaré Xavier Beulin.

Au final aucune annonce fracassante. En matière d’emploi, les solutions pour alléger le coût du travail sont à la fois européennes (création d’un salaire minimum dans chaque pays, limitation du recours au détachement) et national (simplification des procédures administratives des employeurs, allègements des charges sociales des bas salaires). Puisque les coopératives ne pourront pas bénéficier du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice), Stéphane Le Foll a convenu que le Pacte de responsabilité se traduira par une baisse du coût du travail en priorité. Mais il n’a pas repris à son compte la demande de Xavier Beulin d’expérimenter l’exonération des charges patronales familiales payées par les agriculteurs employeurs et les coopératives avant de l’étendre d’ici 2017 aux autres branches d’activité.

Certains sujets d’actualité montrent que la voie à suivre pour libérer les forces de production est encore juchée d’embuches.

La Fnsea se réjouit que la loi sur la formation professionnelle que prévoit la représentativité des employeurs dans toutes les instances professionnelles en fonction de leur audience syndicale au niveau national. Mais la loi sur l’apprentissage et les stages dissuadera de nombreux employeurs à avoir recours à cette main d’œuvres compte tenu des nouvelles règes à respecter.

« Pour remettre la ferme France en Marche », pour reprendre l’expression de Xavier Beulin, Guillaume Garot, ministre de l’agroalimentaire, propose la contractualisation à trois. Elle qui associe « producteur transformateur et distributeurs » étendue à tous les produits. « C’est la clé pour réussir, s’en sortir collectivement et gagner en compétitivité», a-t-il déclaré.


SAISIR LES OPPORTUNITÉS QUI ÉCHAPPENT ENCORE TROP SOUVENT À LA FRANCE

Pour ce qui est de l’investissement, le ministre de l’Agroalimentaire se réjouit que 520 projets aient été recensés et il a assuré que les meilleurs d’entre eux trouveront tous un financement auprès de la Bpi entre autres. Enfin, la croissance des exportations reposera sur une culture de filière pour saisir les opportunités qui échappent encore trop souvent à la France.

C’est « la volonté de simplification hors normes » du gouvernement qui s’est imposée durant les états généraux. Selon Philippe Vasseur, président de l’Apca, les lourdeurs administratives représentent jusqu’à 1 % du Pib par an. L’ensemble de la profession attend des mesures rapides. A ce jour, seules trente des soixante-dix-neuf propositions soumises par l’Apca au premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont été à ce jour reprises.

La solution proposée par les participants de la troisième table ronde : « des ordonnances de simplification pour ralentir le temps administratif ». C’est aussi une fiscalité écologique neutre, autrement dit qui n’impacte pas la compétitivité des exploitations agricoles. Ce sera le cas de la contribution climat énergie, a assuré le ministre de l’Agriculture, pour l’agriculture au cours des trois prochaines années. C’est aussi le vœu prononcé par Philippe Mangin, président de Coop de France pour l’ecotaxe. Stéphane Le Foll penche dans ce sens.

Durant son intervention, le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, a déclaré pour sa part que l’écologie « ne doit pas s’opposer au progrès pas plus qu’à l’agriculture » et ces annonces ont été bien accueillies. Finies les « surtranspositions » réglementaires de la Commission européenne et à Bruxelles, le ministre de l’Agriculture a pour sa part assuré « avoir la ferme intention de faire bouger les lignes » pour rendre la directive nitrate applicable ; Il n’est pas question qu’elle conduise au retrait de centaines de milliers d’hectares de la production. Les agriculteurs ont été aussi rassurés sur la volonté de donner davantage de libertés aux agriculteurs pour entretenir fossés et cours d’eau.

Pendant les états généraux, le développement de la recherche n’a pas été oublié ni par ses participants, ni par le ministre de l’Agriculture. Pour Xavier Beulin, c’est la voie privilégiée pour regagner rapidement des gains de compétitivité.


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Paris, le jeudi 23 novembre 2017