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|  | | | | Édito | | | | Lettre ouverte à Mariann Fischer Boel, Commissaire européenne à l’agriculture et au développement rural par Pierre Pagesse, Président du MOMA | | Madame la Commissaire, Je me permets de vous adresser cette lettre ouverte car vos déclarations au Financial Times le 30 décembre dernier ont déclenché de nombreuses réactions d’indignation et d’incompréhension de la part du monde agricole français. Vous partez en effet du postulat qu’il « y aura moins d’argent disponible (…) et qu’il faut avoir une discussion avec tous les pays membres et les agriculteurs sur la façon de s’adapter », ce qui donne comme seule orientation de travail pour la Commission et le Parlement européens que le budget de la Politique agricole commune doit être réduit. J’imagine que vos propos ont alors pour objectif de préparer la classe paysanne européenne à endosser l’habit des « intermittents de l’agriculture », de manière à leur libérer du temps pour exercer un travail d’appoint et compléter ainsi leur revenu, à hauteur de la baisse programmée des subventions. C’est ne pas comprendre le monde paysan : nos exploitations sont des entreprises à part entière au sein desquelles il est nécessaire d’être totalement impliqués. Vouloir changer cet état d’esprit, c’est d’avance décourager les jeunes de s’investir dans un métier aussi lourd en heures de travail qu’en risques financiers, et par la même accélérer le dépeuplement des campagnes. Le courage politique voudrait que l’on pose d’abord la question du prix, car votre déclaration, en reconnaissant officiellement le fait qu’être agriculteur ne permet plus de « nourrir » sa propre famille, institutionnalise également les niveaux très bas des prix agricoles sur les marchés internationaux qui sont bien inférieurs aux coûts de production. Cette situation est d’ailleurs le lot de la quasi-totalité des agriculteurs de la planète. Etant un européen convaincu, j’ai un grand respect pour les Institutions européennes et les femmes ou les hommes qui les dirigent. C’est la raison pour laquelle j’accorde à vos paroles toute la valeur et le sens qu’elles méritent. Et c’est pour cela qu’en tant que président du MOMA, je me permets de vous interroger sur les conséquences de vos propos. Que faites-vous de la Déclaration universelle des droits de l’homme selon lesquels « quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine » lorsque vous officialisez la non rémunération d’un secteur aussi spécifique que l’agriculture pour la sécurité de l’approvisionnement alimentaire de l’Europe ? Que faites-vous des principes du développement durable, selon lesquels il est essentiel de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs, si l’Europe s’engage dans la voie sans issue d’une réforme exclusivement budgétaire, sans considération pour les enjeux stratégiques liés à l’agriculture ? Tenez-vous compte du principe de précaution dans un monde, qui depuis l’extinction de la guerre froide, est à nouveau marqué par l’émergence de nouveaux risques, comme la prolifération potentielle des armes nucléaires et l’émergence de puissances régionales qui pourraient être tentées d’utiliser l’arme alimentaire ? Pourquoi l’Europe choisit-elle donc ce moment précis pour démanteler sa politique de souveraineté alimentaire et ajouter à la dépendance énergétique une dépendance alimentaire inscrite dans les principes que vous posez pour la prochaine réforme de la PAC ? Pourquoi n’entendez-vous pas les voix des organisations agricoles de 51 pays répartis sur les différents continents, qui, en mars 2006, ont signé une déclaration commune appelant les responsables des négociations à l’OMC à respecter notamment le principe de la souveraineté alimentaire pour tous les pays ? Le COPA – COGECA (le Comité des organisations professionnelles agricoles et la Confédération générale des coopératives agricoles) auquel j’appartiens, est l’un des signataires de cette déclaration qui propose une vision de l’agriculture mondiale commune à un ensemble d’organisations agricoles de pays développés, comme de pays non développés ! Pourquoi l’Europe après les concessions qu’elle a déjà consenties lors du Sommet de Hong Kong en décembre 2005, se prêterait-elle à de nouvelles concessions, alors même que ce ne sont pas les pays les plus pauvres qui en bénéficieraient ? Ne pouvant me résoudre à de telles issues, je vous demande donc de me dire quelle voie vous comptez suivre : > Soit vous confirmez que seule une logique budgétaire restrictive guide la réforme de la PAC, à charge aux différents gouvernements européens de renationaliser les aides sous une forme compatible avec les règles du commerce international de l’OMC. Vous confondez là les moyens avec les objectifs car un calcul budgétaire est très éloigné d’une vision politique stratégique. Dans ce cas, vous avez l’obligation morale de prévenir vos concitoyens européens de l’enterrement définitif de la seule politique intégrée de l’Europe, au moment même où nous nous apprêtons à célébrer le 50ème anniversaire du traité de Rome. > Soit vous nous indiquez que la logique budgétaire est une des données de la réforme de la politique agricole commune dans une perspective beaucoup plus globale qui intègre l’évolution de l’agriculture mondiale, l’aide au développement et le développement durable. Dans ce cas, je serai très honoré de vous rencontrer afin de vous présenter les travaux et propositions du Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture que je préside, et qui a des ambitions pour l’ensemble des agricultures de la planète qui vont bien au-delà d’un job à mi-temps. En cette période de vœux, je formule l’espoir que notre Europe demeure une puissance mondiale et une entité économique reposant sur une communauté de savoir-faire et de culture et qu’elle ne devienne pas une zone de libre échange sans volonté politique commune et sans stratégie de développement à l’échelle mondiale. Dans l’attente de vous voir et, je l’espère de retrouver quelques raisons de croire à l’Europe, je vous prie d’agréer, Madame la Commissaire, l’expression de ma considération distinguée. Pierre Pagesse Président du MOMA | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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