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Édito |
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Le Niger, victime emblématique de la faim
Paul-Florent Montfort,
chargé d’études de Momagri
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Cinq ans après la grave famine de 2004-2005, et deux ans à peine après la crise alimentaire mondiale, le cycle infernal reprend au Niger. Une fois de plus, la faim revient. A la suite d’une sécheresse, plus de 7 millions de Nigériens – soit plus de la moitié de la population – sont selon l'ONU en état d'insécurité alimentaire. En visite sur place, début juin, la commissaire européenne à l'Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, a affirmé que « la faim se lit sur les visages des populations». Pour faire face à ce qui s’annonce comme une nouvelle catastrophe humanitaire, les organisations internationales et des ONG ont demandé le déblocage d’un plan d’urgence international d’un montant de 190 millions de dollars. Mais ce plan sera-t-il suffisant pour résoudre le problème ?
Victime régulière de crises alimentaires dramatiques, le Niger est un des pays les plus emblématiques de l’insécurité alimentaire chronique qui affecte un sixième de la planète. Deuxième pays le plus pauvre au monde selon les classements IDH du PNUD, le Niger se caractérise en effet par une agriculture locale de petits exploitants familiaux insuffisamment développée1, par conséquent très sensible aux aléas, notamment climatiques. Parmi d’autres faiblesses, la production agricole est ainsi basée sur un système de culture pluviale, c’est-à-dire que les céréales ne sont pas irriguées et se développent uniquement grâce aux pluies (moins de 2 % des surfaces cultivées étaient irriguées en 2005)2. Sans compter que les récoltes sont également soumises aux menaces épizootiques, comme les insectes ravageurs.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que, à l’instar de bon nombre de pays en développement, les moyens de subsistance de 90% environ de la population dépend de l’agriculture, sans que le niveau de production de cette dernière suffise à assurer leur sécurité alimentaire. D’après la FAO, le Niger importe en effet plus de 80% de sa consommation de céréales3.
Si bien que la prévalence des crises alimentaires ne sont que le reflet de l’insécurité alimentaire chronique qui affecte la population nigérienne. En témoignent des taux de mortalité infantile importants, crise alimentaire ou pas : d’après un rapport du Sénat rédigé à la suite de la crise alimentaire de 2005, le taux de mortalité des enfants avant cinq ans s'établit à 280‰. Ceci signifie qu'un enfant sur trois n'atteint pas l'âge de cinq ans. Déjà en 2005, le rapport pouvait noter : « C'est cette réalité qu'ont rencontrée les journalistes dépêchés sur place pour « couvrir » la crise alimentaire. Leurs reportages se sont voulus alarmants, masquant cependant la réalité de la crise nigérienne : la catastrophe humanitaire qu'ils ont découverte en 2005 se reproduit chaque année, depuis des décennies. L'urgence de la crise passée, et les ONG qui l'accompagnent, parties, la même mortalité infantile risque fort de perdurer. »
D’où l’urgence de la situation. Les missions dépêchées dernièrement par les grandes institutions internationales pour constater l’ampleur de la nouvelle crise alimentaire ont raison de tirer la sonnette d’alarme ; la crise de 2010 qui débute risque d’être dramatique. Mais il importe surtout d’améliorer sur le long terme la capacité de production de l’agriculture du Niger, qui seule sera à même de garantir la sécurité alimentaire de la population nigérienne. Sans quoi la communauté internationale doit se résoudre à multiplier les plans conjoncturels d’urgence, aussi coûteux soient-ils…
C’est d’autant plus impératif que des éléments de solution existent pour développer l’agriculture des pays du sud, en palliant les obstacles les plus fréquents. Comme si les ravageurs, les adventices et les aléas climatiques ne suffisaient pas, les agriculteurs africains sont en effet également pénalisés car, faute d’infrastructures de stockage, ils sont souvent obligés de vendre leur production juste après la récolte, au moment où les prix sont au plus bas. De ce fait, leurs revenus sont limités, ce qui freine leur capacité d’investissement, aussi bien en termes de capital fixe (machines, terres, etc.) que de capital circulant (semences, engrais, etc.). Ce qui, à son tour, ne permet pas une amélioration des rendements, ni par conséquent des bénéfices générés.
A cela s’ajoute le fait que la plupart du temps, les petits exploitants agricoles des pays en développement ne peuvent se financer auprès du système de financement classique, parce qu’ils présentent un niveau de risque bien trop élevé pour les investisseurs. Sans revenus suffisamment importants, et sans possibilité de se financer auprès du système bancaire, l’équation semble difficile à résoudre…
Pourtant, le système de warrantage mis en place avec le soutien de la FAO, permet précisément de résoudre un certain nombre de problèmes liés au financement.
Mis au point pour les agriculteurs européens à la fin du XIXème siècle, c’est un système de crédit sur inventaire, dans le cadre duquel, plutôt que de vendre leur récolte immédiatement, les agriculteurs peuvent l’utiliser en gage du remboursement d’un prêt bancaire. Ainsi, dans le projet du Niger, qui a démarré en 1999, en échange d’un prêt bancaire, les agriculteurs déposent leur récolte dans un entrepôt dont les clés sont détenues par la banque et par leur organisation.
Le crédit donne ainsi les moyens aux petits exploitants d’acheter les intrants essentiels pour la prochaine campagne de semis, tout en leur permettant de conserver leur récolte jusqu’à la période de soudure – lorsque les stocks vivriers commencent à se raréfier et les prix à grimper. A ce moment, ils débloquent leurs stocks, vendent leur récolte, remboursent leur prêt et empochent la différence. En utilisant une partie du prêt pour financer des activités génératrices de revenus complémentaires, de nombreux agriculteurs peuvent ainsi rembourser les prêts avant même d’avoir vendu leur récolte.
Les résultats sont relativement probants : selon une étude du projet du Niger menée en décembre 2009, et citée par la FAO, les agriculteurs participants ont grâce à ce système pu accroître leurs revenus de 19 à 113 pour cent en six mois. Sans compter que, grâce aux achats de semences et engrais de meilleure qualité, les rendements ont également grimpé, entre 44 et 120 pour cent.
Dans un pays où l’insécurité alimentaire est un fléau structurel, ces résultats sont de bon augure. Si le système de warrantage n’est pas la solution à l’ensemble des problèmes agricoles rencontrés par le Niger, et a fortiori par l’ensemble des pays en développement affectés par l’insécurité alimentaire, il n’en reste pas moins la preuve que des initiatives existent pour aider le secteur agricole à se développer. D’ailleurs, devant le succès du système au Niger, la FAO songe à l’étendre progressivement à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Néanmoins, ce type de système ne pourra durablement perdurer que s’il s’insère dans le cadre d’une gouvernance mondiale des marchés agricoles. En effet, pour pouvoir rembourser leurs prêts, encore faut-il que les agriculteurs puissent vendre leur récolte à un bon prix. Or, la vente de la récolte en différé, si elle permet aux exploitants de vendre au moment de la période de soudure, ne peut les affranchir de l’hyper-volatilité des prix qui caractérise les marchés agricoles internationaux. Et seule une politique de régulation peut lisser cette instabilité structurelle.
1 Le système d’exploitation agricole le plus répandu au Niger comme dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest est la petite exploitation familiale, d’une taille généralement comprise entre 1 et 5 hectares. Le nombre de ces petites exploitations serait compris entre 1,2 et 1,5 million, tandis que le pays compterait moins d’une centaine de grandes exploitations, de superficie comprise entre 20 et 70 ha.
ICAR/PDSFR – Mission de capitalisation sur le warrantage, octobre 2005.
2 Cité par « 2005 : Famine au Niger ? », Afrique verte,
3 FAO, « La flambée des prix des denrées alimentaires : faits, perspectives, effets et actions requises », juin 2008. |
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