Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Pierre Pagesse
Édito

Le MOMAGRI, Une démarche novatrice au service de toutes les agricultures du monde



Par Pierre Pagesse,


Président de Momagri



Discours prononcé par Pierre Pagesse à l'occasion de l'ouverture de la Seconde édition du Forum du « Dakar agricole », qui s'est tenu dans la capitale sénégalaise les 18 et 19 avril 2011.

« Je suis très honoré d'être ici aujourd'hui et je tiens tout particulièrement à remercier son Excellence le Président Maitre Abdoulaye Wade, qui a lancé cette deuxième édition du Dakar Agricole sur le thème ô combien stratégique de la Régulation des marchés agricoles et de la gouvernance mondiale de l'agriculture.

Je remercie aussi :
    • les chefs d'Etat,
    • les chefs de gouvernement
    • les ministres
    • les chefs de délégation,
    • les ambassadeurs,
    • les responsables agricoles,
    • les scientifiques et experts du monde scientifique, qui sont ici aujourd'hui.
Je m'appelle Pierre Pagesse. Je suis agriculteur en Auvergne, au coeur d'une région de France qui offre à la fois de grands espaces de montagne et une belle plaine fertile, la Limagne, réputée pour la qualité de ses productions et la vitalité de sa recherche en amélioration des plantes.

C'est le pays d'un ancien Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, l'un des grands artisans de la construction de l'Europe.

Comme vous le voyez, je suis fier de mes origines et de ma région. Je suis attaché à ses valeurs : respect du travail et constance dans l'effort, ambition dans les performances, culture du progrès, esprit d'innovation et ouverture sur le monde.

Parti d'une dizaine d'hectares il y a 35 ans, j'exploite aujourd'hui une ferme d'une centaine d'hectares, en cultures végétales spécialisées. Producteur de semences de maïs et de légumes, je suis le Président de Limagrain, groupe coopératif agricole, le 4ème semencier mondial. Notre chiffre d'affaires est proche de 1,5 Mds€. Limagrain investit 14% de son chiffre d'affaires dans la recherche, avec près de 7 000 salariés, dans 35 pays, sur les cinq continents.

C'est en voyageant partout dans le monde, à la rencontre de nos clients et de nos salariés que j'ai mesuré la diversité des cultures et la richesse des civilisations. J'ai compris l'immensité des besoins à satisfaire, en termes d'alimentation bien sûr - et c'est une priorité - mais aussi en termes de biomasse et d'énergie. J'ai également pris conscience du désarroi de mes collègues agriculteurs, qui, ne pouvant plus vivre dignement de leur métier, s'interrogent sur leur avenir, voire leur devenir.

Cette interrogation existentielle, je l'ai rencontrée sur tous les continents : en Inde, en Chine, en Afrique, au Brésil, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis. Bien sûr, les situations sont contrastées entre pays en développement, pays émergents et pays développés.

Pour ma part, j'ai multiplié ma productivité par 20 depuis mon installation et je produis aujourd'hui des calories permettant de nourrir plus de 1 000 personnes. Mais, sans les aides de la PAC, je ne pourrais pas me nourrir ! Et que dire des agriculteurs des pays émergents qui ne bénéficient pas d'un tel soutien dans un contexte de croissance démographique très forte.

Cette situation est absurde. Les combats incessants qui occupent les négociateurs au sein de l'OMC ne font que masquer une réalité toute simple : l'OMC n'est pas légitime pour traiter efficacement des productions agricoles et des enjeux de sécurité alimentaire.
Cela fait de nombreuses années que je suis l'évolution des négociations multilatérales et la situation ne s'est pas améliorée.

Fort de ces constats, j'ai réuni de nombreux représentants du monde agricole français. Nous avons commencé à sensibiliser les responsables européens. Je comprends pleinement l'inquiétude des dirigeants africains.
Des représentants du monde de la santé, de l'humanitaire, de l'environnement sont venus grossir nos rangs. Le momagri, Mouvement pour une Agricole de l'Agriculture, était né. C'était en 2005.

Notre ambition ?
Créer les conditions du développement de tous les agriculteurs, où qu'ils se trouvent, en intégrant toutes les implications de l'agriculture : économiques, sociales, territoriales, humanitaires, environnementales, technologiques et même culturelles.

Nos convictions ?
En agriculture, une libéralisation sans règle, c'est comme une démocratie sans loi. Voilà pourquoi nous sommes convaincus qu'une régulation intelligente des marchés est la base essentielle du développement, de la croissance et de la sécurité alimentaire.

La planète a besoin de toutes les agricultures du monde.

Il est vain de croire que l'on pourra répondre aux besoins de 9 milliards d'êtres humains en concentrant les productions dans les pays qui pratiquent les prix les plus bas, souvent au mépris du respect de minima sociaux et environnementaux ! En Agriculture, les avantages comparatifs de Ricardo ne fonctionnent pas : qui peut croire que l'Australie ou l'Argentine ont les capacités à fournir le blé de la planète ?

Notre contribution ? Elle s'appuie sur 3 piliers :
    • D'abord alimenter la réflexion internationale, en proposant des outils d'analyse, notamment un modèle économique qui démontre que l'agriculture est à la fois stratégique et spécifique, et qui permet de mieux apprécier les risques liés à la volatilité des prix, dont l'origine est d'ailleurs liée à des facteurs endogènes inhérents à l'activité de production.

    • Ensuite, nous avons créé une agence de notation qui proposera à la communauté internationale des indicateurs d'aide à la décision qui manquent cruellement aujourd'hui.

    • Enfin, nous proposons les principes d'une nouvelle gouvernance mondiale agricole qui prenne en compte l'ensemble des spécificités de l'agriculture.
J'espère qu'au cours de ces 2 jours nous aurons l'occasion d'approfondir l'ensemble de ces sujets et que les conclusions de ces travaux serviront de point d'appui aux futures négociations internationales, et notamment le G20 qui a mis a son ordre du jour le problème des marchés des matières premières agricoles.

Je remercie à nouveau profondément son excellence le Président Abdoulaye Wade, pour son initiative. A nous tous de lui apporter les meilleures conclusions pour qu'il puisse les mettre en avant dans le cadre des négociations internationales, et notamment du G8 et du G20. »
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012