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Édito |
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Le G20 et la sécurité alimentaire1
Pierre Pagesse,
Président de momagri |
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Le 24 juin dernier à Rome, Hafez Ghanem, chef économiste de la FAO, tout juste de retour de la réunion des ministres de l’Agriculture du G20 tenue la veille à Paris, s’est réjoui de voir l’agriculture et la sécurité alimentaire de la planète revenir au cœur des débats des dirigeants du monde et compter, à nouveau, parmi leurs priorités. Il a résumé en cinq points les principaux résultats obtenus sous la présidence française :
- nécessité d’augmenter la production et la productivité ;
- accroissement de l’information sur les marchés et leur transparence ;
- renforcement de la coordination politique internationale ;
- réduction des effets de la volatilité des prix sur les plus vulnérables (stocks, filets de sécurité, outils de management des risques) ;
- amélioration des régulations financières.
Pour lui, il ne fait aucun doute que des avancées significatives ont été obtenues, presque inespérées au regard des rapports de force. Pour d’autres, au contraire, on est loin du compte au regard des défis à relever.
Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ?
Il n’est certainement pas vide ! Hafez Gahnem a raison : afficher la sécurité alimentaire comme une grande priorité du G20 constitue la clef de voûte de l’édifice qu’il faut désormais bâtir. Tout le reste en découle ou presque.
Reconnaître le rôle essentiel de l’innovation pour accroitre de manière durable la productivité et, in fine, la production, marque un progrès, de même qu’admettre la nécessité de renforcer la régulation des marchés agricoles pour lutter contre le fléau de la volatilité des prix agricoles. En effet, des prix trop hauts fragilisent la consommation des plus pauvres et des prix trop bas découragent l’immense majorité des producteurs, ce qui, dans les deux cas, met en danger la sécurité alimentaire de tous.
Certes, j’aurais aimé que les membres du G 20 aillent plus loin et s’engagent dans une véritable gouvernance mondiale, afin d’assurer aux paysans du monde des prix suffisamment rémunérateurs et stables : cette lisibilité est indispensable pour qu’ils puissent répondre au besoin de production et investir en vue d’accroître leur productivité ! J’aurais aimé qu’ils tirent les leçons du succès de la politique menée au Sénégal par le président Wade qui, en garantissant à ses agriculteurs un prix du riz rémunérateur a permis à son pays, qui importait 50% de ses besoins, de devenir autosuffisant en 5 ans. J’aurais aimé qu’ils aillent plus loin que la mise en place du Système d’Information sur les Marchés Agricoles (AMIS), même si elle représente clairement une avancée.
Savoir où se trouvent les stocks et en quelle quantité est, en effet, une absolue nécessité pour que les dirigeants politiques puissent prendre des décisions en connaissance de cause. L’embargo de la Russie dans l’été 2010 aurait-il eu les mêmes conséquences avec AMIS ? Pas tout à fait sans doute. Mais soyons lucides : savoir « où et combien » ne suffit pas ! Il faut aussi que les stocks soient à un niveau suffisant pour les principales productions alimentaires, au premier chef, les céréales. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. De ce fait, des écarts même minimes entre production et utilisation conduisent à une instabilité qui est intrinsèque aux marchés agricoles. La spéculation, qui n’est pas la cause primaire de la volatilité, vient la renforcer chaque fois que le stock physique marchand est décalé. Filets de sécurité et outils de gestion des risques resteront impuissants s’ils ne sont pas accompagnés par une gouvernance internationale des stocks de sécurité…
Le G20 a affiché l’objectif de réduire l’impact de la volatilité sur les pays vulnérables. Certains pensent en effet que la volatilité frappe exclusivement les pays les moins avancés : c’est une vision réductrice qui ne reflète pas la réalité. Tous les agriculteurs du monde sont victimes de la volatilité des prix, y compris dans les pays développés. Momagri a montré, tout comme d’autres laboratoires d’idées, que la conclusion du volet agricole, actuellement sur la table de l’OMC, conduirait à un désastre global. Seules les méga exploitations des pays émergents tireraient leur épingle du jeu.
Les membres du G20, qui représentent plus de 80% de la production agricole mondiale et l’essentiel des échanges interrégionaux ont, de fait, la capacité à lutter contre ce fléau de la volatilité car ils maîtrisent l’essentiel des stocks. L’ambition de renforcer la coordination politique internationale qu’il ont affichée à Paris en définit le cadre. La mise en place du « Forum de Réaction Rapide » leur en donne les moyens. Encore faut-il les mettre en œuvre. N’en ont-ils pas le devoir ?
N’ont-ils pas le devoir d’aller au-delà d’une intervention dans l’urgence, c’est à dire d’instaurer une véritable gouvernance internationale des stocks de sécurité, capable d’assurer un prix minimum par grande zone, en s’appuyant à la fois sur un observatoire des coûts réels de production et des parités monétaires de pouvoir d’achat ?
1 Article publié dans la revue Paysans, http://www.revue-paysans.fr/ |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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