Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
G20 Agricole
  Édito  
  Le G20 Agricole : Un pas dans la bonne direction

Par Dominique Lasserre,
conseiller de momagri

Momagri salue l’action menée par les autorités françaises qui a placé l’Agriculture et ses enjeux sur le devant de la scène internationale. Et ce d’autant que les sujets de volatilité, régulation et gouvernance étaient ignorés, il y a quelques mois encore. Pour la première fois, également, le G20 a posé des principes de coopération internationale pour l’agriculture et l’alimentation dans la perspective de lutter contre la volatilité des prix agricoles et d’améliorer la sécurité alimentaire.

Alors, certes, on regrettera l’absence de position sur certains sujets, tels que les causes de la volatilité des prix, la nécessité de régulation des marchés physiques ou encore les politiques agricoles qui préservent les agriculteurs de l’instabilité excessive des prix.

Mais, était-il possible d’aller plus loin dans un laps de temps aussi court et compte tenu de la divergence des intérêts en jeu ? Peut-être pas, vu le chemin à parcourir ! Car il s’agit d’une approche nouvelle du fonctionnement des marchés agricoles et des modes institutionnels de gouvernance mondiale pour lutter efficacement contre la volatilité des prix et assurer le développement durable de toutes les agricultures du monde.

En attendant les cinq points proposés dans le plan de travail adopté par le G20 Agricole devront être concrétisés pour inverser la tendance engagée de longue date vers une libéralisation non régulée des marchés agricoles. Et ce d’autant plus que le document final du G20 Agricole mentionne toujours « la nécessité de conduire le cycle de Doha pour le développement ».

Les mois qui s’annoncent, seront donc déterminants pour donner une consistance à la Déclaration ministérielle du G20 Agricole. Notre think-tank, momagri, poursuivra son travail de réflexion et de proposition afin de contribuer avec les autres organisations de la société civile à l’émergence de cette nouvelle gouvernance agricole et alimentaire mondiale.

 
Présentation synthétique de la Déclaration ministérielle

Plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et sur l’agriculture


Le plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et l’agriculture, issu du G20 Agricole est structuré autour des 5 points suivants :

  1. La production et la productivité agricole

  2. L’information et la transparence sur les marchés agricoles (production + stock)

  3. La coordination internationale

  4. Réduire les impacts de la volatilité des prix agricoles pour les plus vulnérables

  5. Une régulation financière [pour les opérations sur les matières premières agricoles]
Ces orientations vont dans le sens des préconisations formulées par momagri depuis sa création en décembre 2005. Dernièrement, encore, à l’occasion du Forum du Dakar Agricole 2011, nous avions appelé à un système de veille, d’anticipation et de gestion de crises, dans la perspective de lutter efficacement contre la volatilité des prix agricoles et de renforcer la sécurité alimentaire (cf. DECLARATION de DAKAR 2011).

La transparence sur les marchés agricoles physiques et financiers et la coordination internationale sont en effet des préalables à toute définition d’outils de régulation et à une mise en œuvre efficace.

Chacun de ces cinq points sont à eux-seuls de véritables challenges et posent de nombreuses questions qui, selon les réponses apportées, façonneront différemment notre avenir alimentaire, environnemental, territorial, social, …. mais aussi de manière plus globale, l’équilibre entre les nations sur la scène internationale.

Ainsi et selon momagri, il faut être vigilant sur les points suivants :

Sur « la production et la productivité agricole », le texte souligne bien l’importance d’augmenter la production et la productivité, par la recherche et l’innovation, mais il ne précise pas encore les moyens pour parvenir à un accroissement de 70% de la production agricole dans les quarante prochaines années.

A l’heure où les parallèles entre l’agriculture et l’énergie se multiplient, momagri propose que les décisions prises à l’avenir respectent en particulier un mix agricole, qui suivant le principe du mix énergétique, assurerait la co-existence entre les différentes modes d’agricultures (vivrière, industrielle …).

L’industrialisation de l’agriculture, sa financiarisation plus récente et les impératifs d’investissements massifs dans ce secteur présentent en effet un risque de marginalisation de l’agriculture locale et vivrière.

En ce qui concerne l’information et la transparence sur les marchés agricoles, l’accord prévoit la création d’un système d’information sur les marchés agricoles (Agricultural Market Information System, AMIS) et d’une initiative de suivi satellitaire de l’agriculture mondiale (Group on Earth Observation, GEO) pour améliorer l’information sur les deux variables stratégiques que sont la production et les stocks. Le fonctionnement d’AMIS devra lui aussi faire face à plusieurs challenges : la capacité ou la volonté de chacun des Etats à communiquer ou non de telles données.

Ce point est d’autant plus essentiel que les éléments statistiques ou de simulation à disposition des responsables politiques ne sont plus forcément adaptés au nouveau contexte de mondialisation et de financiarisation.

D’autres informations devraient également être mises à jour, telles que la réalité des soutiens de chacun des Etats à leur agriculture. L'indicateur SGPA créé par momagri vise ainsi à faire prendre conscience que tous les Etats ont des dispositifs variés, mais significatifs, pour soutenir leur agriculture, véritable atout géostratégique dans un monde qui comptera bientôt 9 milliards d’hommes.

La transparence sur les marchés suppose aussi que les modèles utilisés par les Institutions internationales, et notamment par la FAO (modèle Aglink de l’OCDE) soient capables de simuler la volatilité des prix et donc fournissent des informations fiables aux décideurs politiques et notamment à ceux qui siègeront au Forum de Réaction rapide. Momagri propose ainsi que les simulations réalisées par son modèle économique puissent être prises en compte dans les analyses prospectives et la formulation des scénarios d’évolution des prix agricoles.

Le thème de la coordination internationale fait suite au constat réalisé par le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, selon lequel la gouvernance mondiale est éclatée. Ce texte a le mérite de souligner la nécessité d’une coopération entre les différents acteurs et en particulier les institutions internationales.

Faisant le lien entre « gouvernance mondiale » et « sécurité alimentaire », le G20 Agricole propose la création d’un Forum de Réaction dans le cadre du système AMIS¨, hébergé par la FAO.

Mais, pour que ce nouvel édifice exerce efficacement sa mission, encore faudra-t-il qu’une instance puisse aller au-delà de la simple recommandation afin de permettre aux Etats en proie à des crises agricoles et alimentaires de prendre les mesures qui s’imposent. Nous renouvelons, au sein de momagri, notre proposition qu’un Conseil de Sécurité Alimentaire Mondial sur le modèle du Conseil de Sécurité de l’ONU remplisse cet office.

Réduire les impacts de la volatilité des prix agricoles pour les plus vulnérables est un objectif dont nous ne pouvons que nous réjouir. Le texte retient les idées de «réserves d'urgence» et de «boîte à outils» pour faciliter l'accès au crédit, aux couvertures physiques ou financières du risque prix, ainsi que des instruments d’assurance et de garantie, voire des prêts contra-cycliques.

On s’interrogera néanmoins sur l’accessibilité à ces outils de couverture pour les petits agriculteurs des pays les plus vulnérables, comme des pays industrialisés.

Par ailleurs, la volatilité des prix agricoles est un danger pour tous les agriculteurs de la planète, mais aussi pour tous les consommateurs du monde. Or, comme l’indique Pierre Pagesse, président de momagri, « nous avons besoin de toutes les agricultures du monde pour nourrir la planète ». L’exemple des incidents climatiques en 2007 en Australie ou en 2010 en Russie démontre que la fragilisation de l’agriculture d’un des grands pays producteurs peut déstabiliser l’ensemble du marché mondial et, par ricochet, tous les pays les plus vulnérables.

Il s’agit donc de protéger tous les agriculteurs du monde de la volatilité des prix et pas seulement les plus vulnérables.

Dernier point de la Déclaration ministérielle, celui d’une régulation financière [pour les opérations sur les matières premières agricoles] a finalement été transmis au prochain G20 Finances. C’est compréhensible, mais risque de banaliser les phénomènes spéculatifs propres aux marchés agricoles, alors que des décisions spécifiques devraient être prises. Il ne faudrait pas que, dans ce domaine, l’Agriculture soit réduite à un cas particulier, comme elle l’a été, dans le cadre des négociations sur le commerce international à l’OMC.

Les ministres des Finances du G20 devront préciser les orientations ou les modalités d’action, qui, pour être efficace, devraient aller bien au-delà de l’instauration de « limites de positions » qui plafonneraient le volume d’acquisition des investisseurs ou la fixation de deposits (cf. propositions de momagri). Enfin, ce point ne doit pas faire oublier qu’une régulation des opérations financières sur les matières premières agricoles ne résoudra pas à elle seule le problème de la volatilité des prix agricoles et qu’elle doit être accompagnée d’une régulation des marchés physiques.



Pour conclure, Momagri regrette que les discussions n’aient pas permis de faire le point sur les origines de la volatilité des prix. Celle-ci est l’expression de mouvements de fond bien plus profonds que la simple équation « offre+stocks=demande » ou que le phénomène de la financiarisation de l’Agriculture. Certes ces variables ont un rôle dans les fluctuations des prix agricoles, mais n’agir que sur celles-ci apportera une réponse partielle.

« N’attendons pas que les experts se mettent d’accord, car ils ne se mettront jamais d’accord », cette phrase prononcée par Nicolas Sarkozy lors de la Conférence G120 organisée par la FNSEA / les JA à Paris les 16 et 17 juin derniers, résume, à elle-seule, la difficulté de l’exercice. Les enjeux sont tels que le politique doit réinvestir la décision afin de s’attaquer aux mouvements de fonds qui déstabilisent l’agriculture mondiale.

 
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012