|
|  | | | Édito | | | | La régulation : facteur de croissance de l’économie mondiale Paul-Florent Montfort, chargé d’études de momagri | | Nous présentons ici les conclusions des travaux du groupe France 2025, dirigé par Eric Besson, alors Secrétaire d’Etat à la Prospective, à l’Evaluation des Politiques Publiques et au Développement de l’économie numérique, qui démontre l’impact positif sur la croissance de la régulation. Depuis maintenant près de 12 mois, le monde est plongé dans une tourmente inédite dans l’histoire de l’économie, qui fut initiée par la superposition de trois crises majeures aux liens plus ou moins ténus : une crise alimentaire, au printemps 2008, une crise financière, dont le pic symbolique a sans doute été atteint au moment de la faillite de l’institution bancaire Lehman Brothers, et enfin une crise économique, dont les conséquences sont loin d’être terminées. Par un heureux à-propos, c’est en avril 2008, au plus fort de la crise alimentaire et aux prémices des crises financière et économique, que le Président de la République N. Sarkozy lançait en France les travaux d’un groupe de prospective. Intitulé France 2025 et rassemblant 350 personnalités issues d’horizons très divers (parlementaires, partenaires sociaux, experts, représentants de la société civile…), il était chargé d’établir un diagnostic stratégique sur les différents chemins d’évolution possible du monde à horizon 2025, tout en s’efforçant de mettre en lumière les principales décisions qu’il sera nécessaire de prendre pour rester « à la fois compétitifs et solidaires ». Alors que le G20, qui doit dessiner le monde du futur, se réunit dans moins d’une semaine, ce groupe vient de remettre ses conclusions, dont les implications sont particulièrement intéressantes compte tenu de l’évolution du contexte international. En effet, confirmant la justesse du point de vue de momagri, France 2025 souligne que la régulation est non seulement essentielle en cette période de crise, mais également que la régulation et la stabilité des cours mondiaux sont des facteurs de croissance mondiale. * * Organisés en huit groupes de travail thématiques1, les travaux de France 2025 se sont déclinés sous forme de scénarios. Or, parmi ceux qui effectués par le groupe « Europe – Mondialisation », il en est un qui est particulièrement intéressant : un chiffrage réalisé par « France 2025 » montrerait en effet que, dans le cadre d’une mondialisation régulée2, la croissance annuelle sera supérieure à 3% sur la période 2008-20253. A l’inverse, en l’absence de régulation mondiale (appelé scénario du « déséquilibre »), la croissance sera à peine supérieure à 2% d’après ce même chiffrage. Outre le fait que ce rapport confirme qu’il existe une réelle et unanime prise de conscience autour de la nécessité de réguler, un tel chiffrage est objectivement très intéressant, dans la mesure où il tend à prouver que la régulation est non seulement positive parce qu’elle réduit les risques de défaillance du marché (sans compter les avantages sociaux et politiques induits), mais elle permet en plus un gain économique supérieur. Ce qui est loin d’être la même chose. Ainsi, comme le souligne Eric Besson dans son rapport introductif4, année après année, ces rythmes différents de croissance créent des divergences considérables : en une génération, l’écart de niveau de vie entre ces deux scénarios serait de plus d’un tiers ; en termes de bien-être, mesuré ici à partir des capacités de consommation (part du revenu final alloué à la consommation en variations équivalentes d’utilité), la mondialisation régulée accroîtrait les gains du monde de 2%, tandis que l’absence de régulation les réduirait de 12%. * * Si, à la suite de la crise financière, les responsables politiques et économiques internationaux semblent avoir pris conscience des dangers d’une absence de régulation, les résultats des simulations du groupe de prospective France 2025 ont le mérite d’aller plus loin, en mettant en lumière non pas seulement le coût de l’absence de régulation mais également l’intérêt économique de telles politiques. Ces simulations concordent en tout point avec les derniers résultats que nous venons d’obtenir avec le modèle momagri, concernant la l’impact de la libéralisation des échanges sur les marchés agricoles, et dont les résultats particulièrement édifiants seront communiqués avant la fin du mois de mars. Laisser faire la main invisible du marché ne stabilisera donc pas les cours mondiaux, et ne se traduira pas par une croissance de l’économie mondiale telle que celle que l’on pourrait connaître par des politiques de régulation adéquates. Et il est à espérer que, sur la foi de ces résultats, le G20 sera l’occasion de mettre au point une véritable gouvernance mondiale, tant sur les marchés agricoles que sur les marchés financiers, qui, rappelons-le, ont été les deux terreaux de la crise généralisée qui nous affecte aujourd’hui. | 1 Les groupes de travail sont découpés selon huit sujets majeurs, qui sont : Mondialisation, Production, Création, Vivre ensemble, Risques et Protection, Ressources rares, Technologie et vie quotidienne, État et Services publics. 2 D’après France 2025, la régulation consiste à rendre la croissance soutenable, c’est-à-dire acceptable par tous à court terme et durable dans le long terme. Il s’agit donc à la fois de mettre en place des mécanismes réduisant l’iniquité au niveau international, si besoin est à travers l’instauration d’un traitement spécial et différencié effectif dans les relations commerciales et la garantie d’accès aux biens publics mondiaux, mais également des mécanismes de régulation internationale, notamment financiers et de prix, qui limitent l’impact de la volatilité des marchés sur les économies et les individus les plus exposés. 3 Source : CEPII (Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales), modèle MIRAGE. MIRAGE est un modèle d’équilibre général calculable multi-sectoriel et multi-régional, destiné à l’analyse des politiques commerciales. 4 «Eric Besson, « Dix défis pour la France », janvier 2009 www.strategie.gouv.fr | |
| |
| | |
|
| |
|
Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
| |
| | |
| |
|