Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
politique monétaire américaine
Édito

La politique monétaire américaine confère à son agriculture un avantage compétitif équivalant à 50 Airbus A380 en 2009



La rédaction de momagri




La crise de la dette, qui sévit toujours, affecte durement et pour longtemps l’économie de nombreux pays. Si la communauté internationale se mobilise sur cette question, elle peine à y apporter une réponse claire et coordonnée. Dès lors, se multiplient des initiatives interventionnistes dont la frontière avec le protectionnisme est parfois très ténue. L’actuelle « guerre des monnaies » en est un signe patent. Elle témoigne de la priorité accordée aux relances nationales même si, en parallèle, un consensus se dessine sur la nécessité de renforcer la gouvernance mondiale.

C’est dans ce sens que s’inscrivent les propositions faites lors des réunions récentes du G20 pour réguler les marchés financiers et financiarisés. Mais le problème à résoudre est loin d’être aisé et il s’apparente à un casse-tête géant car toute décision dans le domaine de la régulation des marchés financiers modifiera la compétitivité internationale de nombreux secteurs économiques.

L’agriculture est concernée en tout premier lieu. Si les taux de change et les politiques monétaires pratiquées par les différentes Banques centrales ont toujours eu un impact sur la compétitivité à l’export des secteurs agricoles, leur influence s’est fortement accrue depuis 2005. A cela, trois raisons :
    - Le développement du recours à l’endettement des agriculteurs et la crise de la dette confèrent un rôle accru aux taux directeurs définis par les Banques centrales ;

    - La libéralisation progressive des marchés agricoles et l’accroissement des volumes échangés donnent aux taux de change un effet prépondérant dans l’orientation des flux commerciaux ;

    - Les marchés agricoles sont soumis à une financiarisation1 croissante, faisant des variables économiques et financières des critères de décision clés, et plus particulièrement celles relatives à l’endettement comme les taux directeurs.
Aussi, avant de réguler les marchés financiers et financiarisés, il est indispensable d’identifier la manière dont la compétitivité des autres secteurs économiques, notamment le secteur agricole, est affectée par une modification des taux de change ou de la politique monétaire.

Une analyse comparative entre les Etats-Unis et l’Union européenne a été réalisée par momagri© sur cet aspect . Elle démontre que la sous-évaluation du Dollar américain par rapport à l’Euro et la politique monétaire avantageuse pratiquée par la FED confèrent, depuis 2007, un avantage compétitif important à l’agriculture américaine : 20,7 milliards USD en 2008 et 14,5 milliards USD en 2009, soit l’équivalent de 50 Airbus A380, rien que pour cette deuxième année.

La sous-évaluation du Dollar par rapport à l’Euro : un soutien indirect pour les farmers américains évalué à 17.8 milliards USD en 2008, et 14.4 milliards en 2009.

La sous-évaluation du Dollar américain par rapport à l’Euro se traduit par deux principaux effets :
    - Elle contraint les importations agricoles européennes et elle stimule les exportations agricoles américaines ;

    - Elle réduit le pouvoir d’achat des consommateurs américains pour acheter des produits agricoles européens importés et tend donc à accroître leurs achats sur le marché intérieur.
Selon les estimations de momagri©, il ressort que la sous-évaluation du Dollar par rapport à l’Euro s’est traduite par un avantage compétitif compris entre 11,2 et 18,4 milliards de Dollars au titre de l’année 2009, pour un scénario médian de 14,4 milliards de Dollars (contre 17,8 milliards en 2008).

Des taux d’intérêt réels inférieurs : un avantage compétitif relatif de 2,9 milliards USD en 2008 et 106 millions USD en 2009 pour les agriculteurs américains.

En rendant le coût de leur endettement relativement moins élevé par rapport aux agriculteurs européens, la politique de la FED a créé un avantage compétitif de 6,8 milliards USD de 2004 à 2009 (2006 est la seule année pour laquelle la politique monétaire européenne a été plus avantageuse que la politique américaine, soit un avantage de 1,42 milliard USD pour les agriculteurs européens).

La politique monétaire et de change des Etats-Unis a donc accru la compétitivité de l’agriculture américaine par rapport à l’agriculture européenne d’un montant estimé à 20,7 milliards USD en 2008 et à 14,5 milliards USD en 2009.

Cet avantage compétitif représentait 5% de la valeur de la production agricole américaine en 2009 (contre 6.6% en 2008).


1 La financiarisation s’apprécie par l’importance croissante du recours au financement par endettement des différents acteurs qui interviennent sur les marchés. La valorisation des différents actifs s’effectue alors essentiellement à travers les marchés financiers de plus en plus sensibles au contexte économique international et à l’évolution d’indicateurs économiques les plus variés.
2 Cette analyse, conduite à l’occasion de l’élaboration d’un indicateur permettant de mesurer la réalité des soutiens directs et indirects à l’agriculture des grands pays producteurs, a été menée dans le cadre de son projet de développement d’une agence de notation agricole.
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Paris, le jeudi 27 novembre 2014