Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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  Édito  
  L’hypervolatilité des prévisions agricoles

Par Bastien Gibert,
Conseiller de momagri

Jusqu’à une période très récente, la plupart des experts agricoles considéraient l’existence d’une « loi de la gravité » qui régissait l’évolution des cours des matières premières agricoles. Cette loi pouvait être exprimée de la manière suivante : les cours des matières premières agricoles sont directement fonction du rapport entre les besoins alimentaire, non alimentaire et les quantités disponibles (produites et stockées). Ce dernier étant croissant, pour des raisons diverses tenant aussi bien à des facteurs agronomiques, que climatiques ou politiques, il en résultait, selon eux, une augmentation sur le moyen terme des prix des matières premières agricoles, linéaire du fait de la libéralisation progressive des échanges internationaux. Tout retournement brutal des cours ne pouvant être imputé qu’à des facteurs extraordinaires, par définition imprévisibles.

Seulement, les faits sont là : année après année, la quasi-totalité des prévisions se sont révélées fausses. Et pourtant, à chaque fois, les mêmes experts réexpliquent pourquoi, pour paraphraser Lawrence Peter, les prévisions qu’ils ont faites hier, ne se sont pas réalisées aujourd’hui, tout en formulant de nouvelles prévisions comme si le monde dans lequel évoluait l’agriculture était certain.

Or, il ne l’est pas, et c’est l’un des enseignements des crises à répétition que nous venons de traverser et dont nous sortons à peine.

Ce n’est pas tant l’imprécision, même grande, des prévisions réalisées qui s’avère problématique, mais la non remise en cause de leur manière d’appréhender les marchés et de formuler leurs prévisions, lorsque les faits démontrent clairement leurs imperfections.

Aussi, il faut arrêter de jouer aux devinettes sur l’évolution des cours car les implications politiques et stratégiques sont trop importantes. Si notre compréhension globale des mécanismes économiques qui sous-tendent le fonctionnement des marchés s’améliore, notre capacité à anticiper les retournements de tendance est toujours aussi faible.

Mais depuis peu, il semblerait que nous assistions à un renversement dans la manière d’appréhender l’avenir de l’agriculture, puisque l’incertitude dans laquelle évoluent les marchés agricoles est désormais une des hypothèses qui conditionne les projections réalisées, et non plus la résultante qui justifie les erreurs de prévision.

En soulignant l’incapacité des modèles Offre/Demande à expliquer seuls l’évolution récente des cours, comme en témoigne un article récent du Financial Times du 19 mai dernier1, de plus en plus d’experts démontrent l’importance de facteurs extérieurs aux fondamentaux classiques d’offre et de demande, comme la spéculation ou la psychologie des marchés.

Il est donc indispensable de promouvoir la recherche économique dans ce sens et de construire des modèles de projection adaptés à la nature quasi-chaotique des marchés agricoles plutôt que de faire le pari, osé vu le contexte actuel et dangereux dans ses implications, que les marchés agricoles s’autorégulent et que le libre jeu des forces du marché sera l’antidote ultime aux crises et à l’hypervolatilité des prix. C’est dans cette optique que le modèle momagri a été construit. Il intègre les différents types de risques auxquels sont exposés les marchés agricoles :
    1) Les aléas naturels
    2) Les erreurs d’anticipation des acteurs
    3) La financiarisation croissante
La crise financière et les scandales financiers récents se sont traduits par l’instauration de nombreuses mesures de régulation, et un changement des mentalités dans la manière d’appréhender et de traiter les risques. Plus personne désormais ne peut dire qu’il ne sait pas qu’un retournement brutal et non anticipé peut se produire sur les marchés financiers. Il est en de même sur les marchés agricoles, et ce d’autant plus que ces derniers font l’objet d’une financiarisation croissante et mal maîtrisée qui les expose plus à des chocs externes.

Il est désormais temps que cette « révolution intellectuelle et idéologique » pénètre l’agriculture, afin d’adapter les modèles de prévision à la réalité, et non l’inverse, mais également de promouvoir la régulation des marchés agricoles comme la condition sine qua non de leur développement. Espérons que les prochains sommets du G20 se traduiront par des mesures concrètes en ce sens. Car, à l’avenir, on ne pourra plus dire que l’on n’avait pas été prévenu.

1 Cf article momagri du 30/05/11 : http://www.momagri.org/FR/regards-sur-l-actualite/Pour-le-Financial-Times-psychologie-des-acteurs-et-volatilite-des-prix-agricoles-sont-lies_917.html
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Paris, le vendredi 19 septembre 2014