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Édito |
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L’ardente nécessité des politiques agricoles
Pierre Pagesse,
président de momagri
Editorial publié dans la revue Paysans
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Toutes les grandes civilisations ont été bâties sur le socle d’une véritable politique agricole. Ce n’est donc pas un hasard si tous les grands pays qui comptent aujourd’hui sur la planète ont mis en place des politiques agricoles. Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, l’Union européenne, le Japon… Tous l’ont fait ! Le constat est simple : lorsque les agriculteurs ont suffisamment de visibilité et de confiance sur le niveau de leurs futurs revenus, ils investissent dans les facteurs de production ; la productivité s’améliore ; les prix alimentaires peuvent alors amorcer une baisse d’autant plus durable que la performance des agriculteurs s’améliore. Ce cercle vertueux s’est répété tout au long de l’histoire. Les Etats-Unis en ont fait l’un des instruments de leur approche géopolitique du monde. La Chine, confrontée à d’évidentes limites foncières, a su améliorer considérablement sa productivité en veillant à assurer un revenu décent à ses agriculteurs et en investissant dans la recherche. L’Inde a réussi sa première révolution verte grâce au progrès technique, couplé à l’encadrement des prix agricoles. Si l’Europe a pu développer une agriculture et des industries agro alimentaires performantes, c’est bien grâce à la PAC.
Surfant sur la vague d’un libéralisme poussé à l’extrême, certains ont pensé que les politiques agricoles relevaient d’une époque révolue, qu’il fallait démanteler les mécanismes de régulation pour libérer « les forces vives du marché ». L’Europe s’est lancée aveuglément sur cette voie. Résultat ? Après l’euphorie, le marasme ! La dynamique du secteur agricole et alimentaire s’est effondrée. Les Etats-Unis n’ont pas commis pareille folie, au contraire, ils consolident leur « Farm Bill ». Ni la Chine, qui organise un transfert massif de moyens au profit de son agriculture. Ni l’Inde, qui prépare sa deuxième révolution verte avec les biotechnologies. Ni le Brésil, ni la Russie qui placent l’agriculture au cœur de leurs priorités. Voilà qui devrait donner à réfléchir.
Jusque là trop à l’écoute des thèses de la Commission, la France a-t-elle tiré les leçons d’une crise agricole dont les dégâts sont chaque jour plus perceptibles ? Pas sur ! Certes elle milite aujourd’hui pour une nouvelle régulation agricole dans le cadre de la PAC, mais, à mes yeux, les vrais outils restent à inventer !
Pourtant, l’Europe avait parfaitement réussi à répondre aux exigences de sécurité et de sureté alimentaire de ses citoyens et de performance économique et sociale de son industrie agroalimentaire. Le budget consacré à la PAC a longtemps été un investissement productif. On mesure aujourd’hui que le coût de la PAC (0,38% du PIB !) est dérisoire au regard des coûts, tant économiques que sociaux, engendrés par l’instabilité issue du démantèlement de ses outils.
Nos dirigeants ont encore beaucoup de mal à convaincre la frange la plus libérale de l’Europe. Or il y a urgence. La PAC post 2013 doit impérativement répondre à l’exigence de sécurité alimentaire de l’Europe, qui passe par une perspective de revenus décents pour ses agriculteurs. Une PAC solide, renouant avec ses principes fondateurs.
Si cette vision n’est pas possible à 27, alors il faut la mettre en œuvre avec les pays de la zone Euro, qui ont déjà montré la voie. Pour moi, la zone Euro, qui s’est bâtie sur un logique de solidarité monétaire, ne pourra résister qu’en approfondissant son union et en saisissant l’occasion d’intégrer une politique encore plus essentielle, la Politique Agricole.
Pour moi, il s’agit plus que jamais d’impulser, en Europe comme au sein de chacune des grandes zones agro-économiques du monde, un cercle vertueux fait de prix rémunérateurs, fondés sur un prix d’équilibre reposant sur l’économie réelle de chaque zone, consolidé par des stocks de sécurité et des clauses de sauvegarde automatiques, applicables en cas de déséquilibre.
Oui, des politiques agricoles sont indispensables pour relever le défi de croissance, de développement et réduire l’insupportable sous alimentation dénoncé en novembre dernier à Rome par Jacques Diouf, Directeur général de la FAO. |
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