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|  | | | | Édito | | | | L’Énergie et l’Agriculture : deux secteurs stratégiques pour l’avenir de l’humanité par Éric Dyèvre, commissaire de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) | | 1 - Vous êtes un des sept commissaires de la Commission de Régulation de l’Énergie et vous avez accepté de parrainer le MOMA. Pourquoi et quels parallèles faites-vous entre les secteurs énergétique et agricole ? La réflexion que je mène depuis plusieurs années sur les enjeux du secteur énergétique peut certainement être utile aux responsables du monde agricole. Les secteurs énergétique et agricole présentent en effet de nombreuses similitudes, qui tiennent tout à la fois aux caractéristiques des produits mais aussi aux réponses politiques. > La première similitude provient du caractère vital pour l’homme des produits énergétiques et agricoles. Ressources essentielles à la vie sur terre, l’Energie et l’Agriculture représentent donc des secteurs stratégiques pour la souveraineté des Etats. Ce constat ne peut que se renforcer dans les années à venir face à la montée en puissance de la Chine et de l’Inde. L’équilibre de la demande énergétique et agricole sera bouleversé au fur et à mesure que les populations de ces deux pays verront leur niveau de vie augmenter. A ce constat, il faut ajouter celui de l’instabilité géopolitique provoquée par les velléités d’une dizaine de pays à vouloir se doter de l’arme nucléaire. On comprend alors que l’énergie et l’agriculture peuvent devenir demain des moyens de pression redoutables. A cet égard, notez que la Russie est revenue, malgré les difficultés de son économie et l'affaiblissement de sa puissance militaire, dans le jeu des nations influentes grâce à ses richesses énergétiques et notamment gazières. > Les ressources énergétiques et agricoles sont, les unes comme les autres, réparties de manière inégale entre les différents continents : il y a ainsi une inadéquation structurelle entre l’offre et la demande. Dans le cas de l’énergie, le fait, par exemple, que l’électricité ne se stocke pas, démontre la difficulté d'assurer l'équilibre offre - demande. Dans le cas agricole, si les produits sont « stockables », l’offre alimentaire est manifestement insuffisante puisque un tiers de l’humanité souffre de malnutrition, environ 850 millions de personnes sont sous-alimentées, et un enfant meurt de la faim ou de ses conséquences toutes les cinq secondes. > La caractéristique qui résulte de cette inégalité chronique entre l’offre et la demande est la volatilité des prix qui, dans le cas de produits essentiels à la vie, appelle nécessairement une action du politique pour réguler d’une part les prix, et d’autre part les flux. > Or, dans les deux secteurs énergétique et agricole, la pensée dominante s’intéresse prioritairement aux moyens (par exemple les règles du marché) et occulte l’objectif de la satisfaction des besoins vitaux. Il est en effet plus simple de négocier des quotas ou des tarifs que de répondre à la question fondamentale du droit de chaque individu sur terre à s’alimenter ou à disposer de l’énergie pour sa vie quotidienne et professionnelle. Pour apporter des réponses à ces questions de fond, la régulation est la meilleure des voies. Un travail d’explication est néanmoins indispensable pour faire comprendre qu’il est faux d’assimiler la régulation à la planification, tout comme il est irresponsable d’affirmer que régulation et libéralisme sont incompatibles Il est donc essentiel de rappeler que la régulation a pour objectif de corriger les inégalités et de ne pas oublier qu’un des principes de la régulation est la prévention des abus de domination de marché, ce qui permet de garantir la liberté d'entreprendre. Ces quelques éléments permettent d’envisager la complexité des problèmes dès qu’il s’agit de définir des politiques nationales, voire européennes ou internationales. La difficulté s’accroît encore lorsque l’on intègre le décalage entre l’unité de temps du politique et celle du secteur agricole ou énergétique. Dans ces deux secteurs d’activité, on travaille sur des horizons de 20 à 30 ans, alors que le système de la démocratie politique ne s’acclimate guère avec des horizons de plus de 5 ans. Ce décalage de perspective temporelle est l'une des principales raisons pour lesquelles les décisions politiques sont bien souvent en désaccord avec les besoins de réforme des secteurs énergétique et agricole. On en arrive alors à une réflexion plus générale sur l’action politique qui, pour moi, s’avère être au cœur du débat. 2 - L’arrivée des filières bio-carburants dans le débat politique semble confirmer la communauté de destin des deux secteurs énergétiques et agricoles. Quel regard portez vous sur les enjeux du développement des biocarburants ? Depuis l’envol du prix du pétrole et les prévisions alarmistes sur les ressources énergétiques, les filières biocarburants unissent en effet, dans les discours officiels, les destins des secteurs énergétique et agricole. Le développement des énergies "propres" est présenté comme la priorité de toute politique énergétique des pays développés. Sans nier l'importance de la protection de l'environnement, on ne peut que constater le décalage des engagements politiques dans ce domaine avec la réalité des filières énergétiques. Le nucléaire, l'hydraulique et les énergies renouvelables qui représentent près de 15% du bilan énergétique mondial aujourd'hui, n'en représenteront plus que 8% en 2030. La réalité des faits n'est ici pas en ligne avec les discours. L'éolien ou le solaire, pour prendre ces exemples, ne subsistent que parce que la production d'électricité issue de ces deux filières est fortement subventionnée. Le développement de filières de bio-carburants ne répond pas forcément à des impératifs de protection de l'environnement. Elles sont parfois un moyen d'aider la filière agricole sans se mettre directement en infraction avec les règles concurrentielles européennes ou mondiales. La pérennité de ces filières n'est donc pas assurée. Il ne faudrait pas faire croire aux agriculteurs que leur activité sera sauvée demain par ces nouvelles filières. Elles pourront jouer un rôle non négligeable dans certaines parties du monde, mais elles ne se substitueront jamais aux énergies fossiles. Ces nouveaux marchés ne constitueront pas non plus la variable de régulation qui permettrait aux presque 2 milliards d’agriculteurs dans le monde de vivre de leur production. Cela étant dit, je reste convaincu qu’il existe effectivement bien une communauté de destin entre ces deux secteurs économiques mais pour les raisons que je vous ai présenté plus haut. 3 - La question énergétique, notamment celle de l’électricité, démontre que la concurrence pure peut s’avérer un chemin périlleux dans certains cas, si l’on en juge par les black-out qui ont touchés les Etats-Unis et que l’Europe a failli dernièrement connaître. Il est effectivement clair aujourd’hui que la « concurrence pure » dans le secteur énergétique relève du domaine de l’épure et non de la réalité. Le marché de l’Electricité a été considéré au cours des années 1980 comme celui sur lequel la concurrence pure et parfaite devait s’appliquer de manière exemplaire et démontrer ainsi la supériorité du marché. Parmi les éléments sur lesquels s’appuyaient les experts pour affirmer la justesse de leurs analyses, on trouvait par exemple le fait que l’électron à la base de la production de l’électricité était forcément le même partout, quelles que soient les origines des producteurs. C'était le produit "banal" par excellence. Or, les mêmes experts qui, il y a vingt ans, préconisaient le recours aux théories économiques de la concurrence pure et parfaite pour définir les orientations stratégiques des acteurs énergétiques européens, reconnaissent, pour les plus honnêtes d’entre eux, leurs erreurs. Un petit noyau d’irréductibles persiste néanmoins à justifier le décalage entre leurs affirmations du passé et la réalité d’aujourd’hui par toutes les évolutions qui ont affecté le monde. L’expérience prouve pourtant que les spécificités du secteur énergétique contredisent cette logique économique et appellent une approche pragmatique. Si le marché, seul, n’est pas en mesure de gérer de façon optimale les secteurs énergétiques, cela tient au fait que, par exemple, l’électricité ne se stocke pas. Cette caractéristique implique que l’offre d’électricité doit en permanence être égale à la demande d’électricité de la population. Tout écart, même marginal, n’a pas lieu d’être, sous peine de dysfonctionnement majeur. L’équilibre parfait est de rigueur ! Or, anticiper les flux de demande et d’offre d’électricité est, années après années, de plus en plus complexe. En effet, les modes de vie des consommateurs, avec, par exemple, le recours de plus en plus large à l’air conditionné, sont à la source d’une demande toujours plus élevée et d’une évolution qui pourrait s’assimiler à un modèle « erratique ». Aujourd’hui, l’idéal de la concurrence pure et parfaite a complètement disparu des esprits. Et, je l'espère tout du moins, nous sommes entrés dans l’ère du pragmatisme. C’est ainsi que les instances européennes ont initié une logique de travail par zone géographique pour remédier à la difficulté de mettre autour d’une table 25 pays aux problématiques parfois opposées. Pour l'harmonisation du marché de l'énergie, l’Europe des 25 se décline en 7 zones pour l’électricité et 5 pour le gaz. On retrouve peut-être le bon sens des « pères fondateurs » de l’Europe qui veut que seuls des pays ayant des standards de développement proches peuvent construire des ensembles harmonisés. D’où mon intérêt pour la démarche du MOMA qui consiste à œuvrer en faveur de l’émergence d’une gouvernance agricole mondiale dans un cadre régionalisé et sur la base de critères communs de développement. Réguler les échanges internationaux de produits agricoles me semble être une voie ambitieuse mais nécessaire à la stabilité du monde tout comme cela est le cas pour la gestion des flux énergétiques. 4 – Quel serait le conseil que vous pourriez donner au MOMA ? Une gouvernance mondiale et des règles de régulation impliquent nécessairement une forme d'abandon de souveraineté, ce qui explique les réticences des responsables politiques à s’accorder sur ces sujets. Dans le domaine agricole, seul un consensus sur le rôle de l’agriculture pour l’avenir du monde du XXIème siècle permettra de lever les appréhensions. Le modèle économique NRA (nouvelles régulations agricoles) que vous construisez pourrait, ainsi, être un outil d’aide pour mieux formaliser les coûts collectifs qu’un abandon de l’agriculture dans certaines zones géographiques impliquerait. Il est enfin regrettable de constater aujourd’hui en Europe la perte du capital sympathie dont disposaient les agriculteurs, il y a encore vingt ans. Alors, et cela sera ma conclusion en forme de souhait, j’espère que le MOMA contribuera à l’adaptation du monde agricole aux réalités de notre temps et à la prise de conscience, par nos sociétés, que l’agriculture fait partie des valeurs de nos nations. | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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