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Édito |
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Pour une sécurité alimentaire de tous
Par Paul-Florent Montfort,
Chargé d’études momagri |
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Un nouveau système de pensée pour le fonctionement de l'économie?
Depuis la naissance de la science économique au XVIIème siècle, avec l’apparition des premières idées mercantilistes, les théories, dogmes et idéologies n’ont cessé de se succéder les unes aux autres. Mercantilistes, physiocrates, économistes classiques puis néoclassiques, socialistes et marxistes, libertariens, keynésiens et néo-keynésiens, monétaristes, néolibéraux, économistes de la régulation, etc. – tous ces courants se sont efforcés d’établir un système de pensée qui explique le fonctionnement de l’économie et les meilleurs moyens pour l’orienter. Mais toutes les tentatives politiques qui se sont basées sur une certaine école de pensée ont été, un jour ou l’autre, désapprouvées, avant d’être remplacées par des courants distincts. Le jeu politique a participé à la segmentation des théories et écoles de pensées, si bien qu’aujourd’hui encore, la théorie économique est souvent enseignée dans les universités comme une succession de théories distinctes. Or, les oppositions ne sont pas aussi franches, et la communauté internationale gagnerait beaucoup à essayer de les réunir pour comprendre le système dans lequel on vit... L’exemple le plus parlant est sans doute l’opposition actuelle qui est faite entre l’idéologie néolibérale, et toute autre forme de pensée économique.
Les limites du neolibéralisme
Ces dernières années ont vu l’émergence et le sacre hégémonique de la pensée néolibérale, qui défend le principe du libre échange non régulé, sur la base de l’hypothèse de la capacité autorégulatrice des marchés. Les spectaculaires crises financière et alimentaire ont récemment montré les limites de cette hypothèse ; pourtant, certains leaders d’opinion, à l’instar de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, continuent envers et contre tout à militer pour la mise en œuvre des principes néolibéraux d’organisation des marchés, notamment via la conclusion du cycle de Doha qui vise à les libéraliser plus avant.
Momagri souligne depuis sa création les dangers de la conclusion du cycle de Doha pour les marchés agricoles internationaux et la sécurité alimentaire mondiale. A l’heure où plus d’un sixième de l’humanité souffre encore de la faim dans le monde, et alors que les experts s’accordent à reconnaitre que la planète produit suffisamment de ressources alimentaires pour tous, on ne peut plus se permettre de prendre le risque de fragiliser un peu plus la sécurité alimentaire mondiale en faisant le jeu du marché.
C’est pourquoi il est urgent de sortir du système de pensée actuel, dont l’emprise nuit à la prise de décision raisonnée et équilibrée. Les engagements répétés de la communauté internationale pour rejeter le protectionnisme et conclure le cycle de Doha, lors du G20 ou du G8, s’enracinent dans l’idéologie néolibérale, qui s’est attaché à démontrer la supériorité du laissez-faire et les échecs du protectionnisme. Pourtant, tout n’est pas aussi tranché, et qui dit refus du libéralisme ne dit pas protectionnisme. Il existe une vaste palette de possibilités entre ces deux extrêmes, et la régulation en est une.
En effet, quels que soient le bien-fondé ou la véracité les prises de positions des courants d’idées, écoles de pensée ou idéologies économiques, une seule certitude demeure : le monde et complexe, et l’on ne pourra sans doute jamais l’expliquer totalement par un système de pensée, aussi séduisant soit-il. Les trop nombreuses variables qui le composent, l’incertitude fondamentale qui lui est entachée, font qu’il existera toujours des inconnues. Il est primordial, dans cette optique, d’être conscient des limites des théories utilisées, en gardant à l’esprit que ce ne sont que des outils au service de la politique. A cet égard, il est essentiel d’avancer avec prudence, ce que d’aucun appellent le « principe de précaution », en sachant prendre des décisions quand il le faut, mais en y adjoignant des garde-fous. En économie, ces garde-fous s’appellent « régulation ».
Il est avéré que le libéralisme reste le meilleur mode possible d’organisation des marchés. Toutefois, que faut-il faire face aux crises que nous avons traversées (2000, 2008…) qui ont révélé les défaillances structurelles des marchés livrés à eux-mêmes : faut-il abandonner la logique de libéralisation, en privilégiant le retour au protectionnisme dont on connaît les inconvénients ? ou alors, améliorer le fonctionnement des marchés en le rendant plus fluide par une régulation adaptée…
En effet, libéralisme et régulation ne s’opposent pas, comme l’a récemment souligné Maurice Allais, un des seuls prix Nobel d’économie français, dans une lettre aux Français publiée par le magazine Marianne. Comme il l’écrivait, « les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m'apparaît fausse, artificielle. L'idéal socialiste consiste à s'intéresser à l'équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l'efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d'une même doctrine. Et c'est précisément à ce titre de libéral que je m'autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d'un libre-échangisme appliqué aveuglément. » Pour Maurice Allais, dont la pensée a largement inspiré la philosophie de momagri, il est indispensable de rétablir une légitime protection, qui seule peut faire droit à une libéralisation efficace et juste. « Les échanges, le rappelle-t-il avec à-propos, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi ; contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ils ne sont qu'un moyen ». D’où l’idée de recréer des ensembles régionaux plus homogènes unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales» serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus à certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d'une saine et réelle concurrence entre ses membres associés. C’est précisément ce que momagri cherche à mettre en place au niveau mondial pour assurer la sécurité alimentaire de tous : seul ce système permettra aux pays en développement comme aux pays industrialisés d’assurer la sécurité alimentaire de leur population, en régulant par des politiques appropriées et dont les grandes lignes seraient définies au niveau mondial, leur production agricole.
Confrontée à une crise systémique sans précédent depuis la crise de 1929, il est temps que la communauté internationale s’affranchisse de l’idéologie néolibérale pour s’apercevoir que libéralisme et régulation se complètent. La crise de 1929 a permis à John Maynard Keynes d’imposer une nouvelle vision de l’économie, qui est venue enrichir la précédente avec de nouveaux instruments de gestion des marchés et des crises. Espérons que la crise actuelle, par son ampleur, sera l’électrochoc qui permettra aux décideurs politiques et à la communauté internationale de prendre conscience de l’urgence de changer de référentiel. Non pas en substituant une autre idéologie au système de pensée néolibéral actuel ; mais en reconnaissant pleinement les complémentarités qui existent entre libéralisme et régulation, ce subtil dosage dont dépend notamment la sécurité alimentaire de tous. |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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