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Édito |
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Faim dans le monde : un chiffre peut en cacher un autre
Bastien Gibert,
conseiller de Momagri
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Pour la première fois depuis 15 ans, la faim dans le monde aurait reculé en 2010. Les nouvelles estimations avancées par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) soulignent en effet que 925 millions de personnes ont souffert de la faim en 2010, soit 98 millions de personnes en moins par rapport au pic de 1.023 milliard constaté en 2009.
Cette tendance a priori positive s’explique essentiellement par la conjonction d’un contexte économique international plus favorable qu’en 2009 et des prix agricoles et alimentaires plus bas que ceux constatés sur la période 2008-2009. Elle ne doit cependant pas cacher une réalité non seulement « inadmissible » aux dires mêmes de la FAO, mais également préoccupante au regard des défis futurs auxquels la communauté internationale et notamment les pays en développement (PED) sont d’ores et déjà confrontés en termes de sécurité alimentaire.
En effet, si globalement le chiffre de personnes souffrant de la faim dans le monde diminue, il existe non seulement de fortes disparités régionales mais également des catégories de populations plus touchées que d’autres qui risquent, à terme, d’être de puissants catalyseurs d’une nouvelle crise alimentaire mondiale.
Sur les 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, 98% vivent dans les pays en développement, soit 907 millions d’individus. Et, parmi ces derniers, 56% en moyenne selon le Programme Alimentaire Mondial sont des agriculteurs. Aussi, au total, plus de 508 millions d’agriculteurs dans les PED n’arrivent plus à se nourrir.
Or, ce chiffre est inquiétant pour trois raisons.
Tout d’abord, parce que les agriculteurs constituent le socle de la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le monde. Sans agriculteurs, les objectifs fixés en termes de production agricole nécessaire pour garantir une alimentation suffisante face à une démographie croissante ne pourront pas être atteints.
Ensuite, parce que les pays dont les besoins sont les plus préoccupants, les PED, sont non seulement les plus touchés mais également ceux où la proportion d’agriculteurs qui souffrent de la faim est la plus grande.
Enfin, parce que la dynamique de libéralisation des marchés agricoles à l’œuvre dans le cadre de l’OMC risque de s’accompagner, selon divers scénarios prospectifs réalisés à partir du modèle momagri, d’une aggravation de la situation économique des agriculteurs, et plus particulièrement dans les PED. Les chiffres d’affaires des agriculteurs Chinois ou Indiens pourraient en effet baisser de -20% à -40% à horizon 2023, et ceux d’Afrique subsaharienne de -40% à -70% sur la même période.
Aussi, si cette libéralisation s’opère sans une régulation appropriée, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde risque de s’accroître fortement, principalement dans les pays qui sont aujourd’hui les plus touchés. Cette tendance sera d’autant plus préoccupante qu’elle accélèrera la disparition des agriculteurs de ces régions, avec toutes les conséquences économiques, sociales et politiques qu’il est possible d’imaginer.
Il est donc indispensable d’initier une gouvernance mondiale de l’agriculture dont l’un des objectifs serait de réguler les prix des marchés agricoles internationaux de manière à prémunir les agriculteurs d’une volatilité excessive, non contrôlée et dévastatrice. Ce sujet sera au cœur des discussions qui se tiendront dans le cadre du prochain Dakar agricole qui se déroulera au Sénégal en janvier 2011.
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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| | Paris, le mardi 22 mai 2012 |
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