Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Édito

Enseignements du séminaire
« Agir sur la volatilité des prix pour la sécurité alimentaire et le développement »



La rédaction de momagri




Depuis 2008 et la crise alimentaire qui a touché nombre de pays en voie de développement, les experts débattent des causes de la volatilité des matières premières agricoles et tentent de trouver des solutions pour en réduire les effets négatifs. Aussi, les responsables politiques s’interrogent sur les voies de régulation possibles des marchés agricoles. C’est ce qu’a confirmé le Président français Nicolas Sarkozy lors d’une visite dans l’Allier fin 2010, au cours de laquelle il a confirmé les trois grands dossiers qui seront au cœur du prochain G20 : la régulation des marchés des matières premières agricoles, la transparence des marchés et la possible création d'une Organisation Mondiale de l'Agriculture.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu le 1er décembre à Paris, le séminaire « Agir sur la volatilité des prix pour la sécurité alimentaire et le développement ».

Organisée par le Grema (Groupe de recherche et d’échange sur la régulation des marchés agricoles) à l’initiative du GISA (Groupe interministériel sur la sécurité alimentaire) et des trois ministères français (Affaires étrangères, Agriculture, Economie), cette rencontre a rassemblé de nombreux spécialistes sur les questions des fluctuations des prix des denrées agricoles et de la régulation de ces marchés.

Objectifs ? Analyser les causes et les effets de la volatilité des prix agricoles, identifier les moyens d’en réduire les effets négatifs, préciser les conditions justifiant les interventions sur les marchés et mieux appréhender les conséquences globales de la libéralisation des échanges et de la financiarisation des marchés agricoles.

Résultats ? Une ébauche de consensus est apparue autour de plusieurs points majeurs tels que les effets « néfastes » de la volatilité des prix, la possible stabilisation des prix, la nécessité d’une plus grande transparence des marchés … Des questions essentielles encore sans réponse ont cependant été soulevées, questions sur lesquelles momagri travaille pour y apporter des réponses.
Momagri salue tout particulièrement l’engagement pris par les autorités françaises en organisant ce séminaire avec des groupes d’experts sur l’intérêt d’une régulation des marchés agricoles, ce qui correspond pleinement à l’orientation de nos travaux et au contenu de nos propositions. Au-delà de la diversité des analyses présentées au cours des débats, quels enseignements peut-on en tirer dans le contexte actuel ?

Des consensus émergent lentement et mettent en cause la pensée économique dominante de ces dernières années.

Malgré des controverses toujours persistantes, une majorité d’experts dont Peter Timmer, professeur émérite d’Economie de l’Université de Harvard, qui était également intervenu au workshop des 4 et 5 juin 2009 sur le modèle momagri, se retrouve autour d’un premier consensus : la forte volatilité des prix des matières premières agricoles est préjudiciable pour tous les acteurs (producteurs, consommateurs et industriels).

Ainsi, il a été admis que la volatilité des prix des matières agricoles peut entraîner de graves crises économiques et sociales, comme ce fut le cas en 2007-2008, lorsque les populations et les paysans des pays pauvres ont été sévèrement touchés par la flambée des cours. Cette hausse a d’abord touché les consommateurs à bas revenus, dont une large partie du budget est consacrée à l’achat de denrées alimentaires. Ensuite, ce sont les agriculteurs qui ont été affectés, dans la mesure où ils pensaient pouvoir vendre leurs récoltes à un meilleur prix, mais qui ont du faire face à l’effondrement des prix qui s’en est suivi, ce qui a créé un climat général d’incertitude et de marginalisation sociale aggravant la pauvreté et alimentant les émeutes dans les pays à forte population démunie.

C’est pourquoi, « agir sur la volatilité des prix agricoles est essentiel pour aider de nombreux paysans à sortir de la trappe à pauvreté » selon Françoise Gérard, économiste au CIRAD.

Les experts tendent également à s’accorder sur le fait que réparer les conséquences de la volatilité des prix, sans s’attaquer à ses causes, est « coûteux, insuffisant et inefficace sur le long terme »1.

C’est alors qu’un deuxième consensus est apparu pour reconnaître que l’idée, toujours admise à l’OMC, selon laquelle la mondialisation et la libéralisation des marchés stabilisent à terme les prix, ne se vérifie pas dans les faits. La raison ? La nature spécifique des marchés agricoles qui avait d’ailleurs conduit les dirigeants politiques de l’après-guerre à mettre en place des politiques agricoles en réponse notamment aux effets pervers de la volatilité des prix. « L’histoire est un éternel recommencement », ce dicton se vérifie une nouvelle fois, puisque nous sommes en train de redécouvrir la nécessité d’une intervention pour stabiliser les prix agricoles.

Ainsi, les experts commencent à s’accorder sur le fait que la stabilité des prix agricoles est « désirable » et qu’elle doit être recherchée au travers de différents outils de régulation.

Troisième consensus : il est urgent d’améliorer la transparence des marchés et renforcer par exemple le rôle des maisons internationales d’arbitrage. Sur ce point très précis, les Etats-Unis et l’Union européenne œuvrent pour un objectif partagé, à savoir juguler les opérations de nature spéculative sur les marchés des matières premières agricoles.

2011 sera une année test au regard des mouvements observés depuis 2008 qui prendront soit encore de l’ampleur, soit seront encadrés par les premières mesures de contrôle prises notamment par le gouvernement américain2.

En conclusion, comme l’ont rappelé les experts présents lors de ce séminaire, vouloir stabiliser les prix n’est pas inaccessible, mais tout à fait réalisable. Encore faut-il savoir comment. C’est là que réside tout l’enjeu des questions à résoudre, notamment dans le cadre des travaux du G20 présidé cette année par la France.

Des questions essentielles restent cependant sans réponse : nous ne sommes qu’au début d’un long processus de réflexion sur le « comment faire ».

Pour que la volatilité des prix des matières premières agricoles devienne un jour maitrisable, encore faut-il se mettre d’accord sur ce qu’il faut entreprendre. Et là, le débat reste entier. Les idéologies s’affrontent sur le terrain de la faisabilité des mesures possibles et de leurs « effets collatéraux ».

Le travail réalisé par le Grema, coordonnée par le CIRAD, le GRET et l’IRAM et présenté par Françoise Gérard au cours de cette conférence, a permis de rappeler l’existence des théories de la régulation et les conditions qui justifient les interventions au niveau national pour agir sur les marchés agricoles au niveau international. Un recensement des mesures existantes pour se protéger des effets de la volatilité des prix a ainsi montré qu’il existe presque autant d’instruments mis en œuvre que de pays concernés. Cet exposé préliminaire a permis de poser les questions auxquelles il est urgent de répondre.

Comment stabiliser les prix ? L’exercice est complexe, même si certains reconnaissent que ne rien entreprendre pourrait être plus dangereux à terme et destructeur de valeur.

La stabilisation des prix peut être recherchée au travers d’une palette d’instruments et de politiques tenant compte des spécificités de chaque pays.

Plusieurs schémas sont à l’étude, notamment celui d’un d’un prix plancher et d’un prix plafond3, qui permettraient de fixer des seuils de référence pour différents types d’interventions. Au sein d’un tunnel de prix, les fluctuations résulteraient « des informations fournies par le marché ». Au-delà des seuils formalisés par « les prix plancher et plafond », des interventions de diverses natures seraient déclenchées sur les marchés physiques et/ou financiers et auprès des producteurs agricoles et/ou des consommateurs.

En effet, une des questions qui a été bien soulevée au cours de cette conférence est : « à partir de quel niveau la fluctuation des prix peut-elle être considérée comme excessive ?

De son côté, momagri estime qu’un certain niveau de fluctuation des prix est nécessaire et normal. Toute la question réside dans la définition du niveau qui met en danger les producteurs (prix trop bas), ou affecte les consommateurs (prix trop hauts).

Les opposants à toute intervention directe des Etats sur les marchés, indiquent que ceux-ci ne doivent pas prendre la place des acteurs privés. Mais est-ce là l’objectif ? Certainement pas, puisqu’il s’agit de se prémunir contre la défaillance des marchés.

L’annonce récente du gouvernement mexicain d’achats de contrats à terme sur les marchés financiers du CBOT à Chicago pour protéger sa population de fortes hausses du prix du maïs, met à mal, à cet égard, le mythe selon lequel toute intervention publique serait soit impossible, soit néfaste.

Le stockage public doit-il être utilisé comme moyen de protection contre la volatilité des prix ? Selon certains experts, les expériences menées témoignent « de la portée limitée et du coût élevé de cette mesure », malgré, il est vrai, des données insuffisantes sur l’état du stockage dans le monde.

Selon momagri, il ne faut pas analyser l’idée des stocks isolément, mais dans un ensemble de mesures qui se complètent les unes aux autres. Et c’est dans ce cadre global qu’il faut évaluer le coût et l’efficacité du stockage.

Comment aborder la question des taux de change dans le débat sur la volatilité des cours des matières premières agricoles ? Ce sujet revient sur le devant de la scène à la faveur du débat ouvert quelques semaines avant lors de la réunion du G20 à Séoul les 11 et 12 novembre 2010 autour du thème de la « guerre des monnaies ».

A ce sujet, momagri a récemment publié une étude dont l’une des conclusions affirme que les taux directeurs pratiqués par les Banques centrales et les taux de change sont devenus des variables majeures de la compétitivité agricole, et ce en raison de la conjonction de trois facteurs nouveaux :
    • l’endettement accru des agriculteurs et des Etats,
    • la libéralisation progressive des marchés agricoles
    • et leur financiarisation croissante.


Quelques tabous soulevés au cours de la Conférence

-Les marchés agricoles ne s’autorégulant pas seuls, ne peuvent donc pas maîtriser la volatilité des prix, ce qui légitime l’intervention publique.

-Dans ce même ordre d’idée, il est urgent de corriger les défaillances des marchés financiers pour qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle.

-Le terme régulation ne recouvre pas forcément le même contenu au niveau national, régional ou international.

-Un des moyens de la régulation des marchés agricoles se situe au niveau du contrôle du commerce international par les tarifs douaniers.






En conclusion, et au vu de la complexité des questions et de la sensibilité des enjeux en cause, on comprend l’intérêt de réunir les Etats et les représentants des organisations internationales concernées autour d’une table afin de décider ensemble de recommandations internationales et de moyens pour réguler les marchés agricoles et préserver la sécurité alimentaire mondiale.

C’est toute la raison d’être de notre mouvement en faveur d’une Organisation mondiale de l’Agriculture dont l’idée centrale semble rallier de plus en plus de partisans.


1 Reste encore un pas à franchir, celui du lien entre la déstabilisation provoquée par la volatilité des prix, l’indépendance politique des Etats et la stabilité des relations internationales. Selon les analyses prospectives de momagri, ce lien est encore trop sous-estimé, alors même que c’est la raison politique de fond de l’intervention des gouvernements.
2 Cf. Article momagri du 31 mai 2010 : « Le Sénat américain souhaite contrôler la spéculation sur les marchés agricoles », http://momagri.org/FR/tribunes/Le-Senat-americain-souhaite-controler-la-speculation-sur-les-marches-agricoles_691.html
3 Idée pleinement soutenue par momagri
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012