Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

20 ans après… Les défis d’un nouveau capitalisme



Par Bastien Gibert,
Conseiller de momagri


20 ans après la chute du Mur de Berlin et la victoire du système capitaliste libéral sur son ennemi de toujours, le communisme, cette année d’anniversaire à un arrière goût amer. Pour la première fois depuis, le capitalisme en tant que fondement idéologique, économique et politique de nos sociétés a failli. Ce faisant, il nous a brutalement rappelé deux faits majeurs. Tout d’abord, le marché n’est pas une finalité en soi, mais juste un moyen d’organiser les échanges. Ensuite, ce moyen, loin d’être parfait, peut être défaillant, et doit ainsi être régulé.

Aussi, à l’heure où les décideurs se réunissent pour panser les dernières plaies de la crise économico-financière, deux questions doivent d’ores et déjà être posées car elles seront au cœur du débat qui s’en suivra dès 2010 pour reconstruire les fondements d’une nouvelle gouvernance économique internationale : Quels nouveaux objectifs assigne-t-on au marché ? Sur quelles bases reconstruit-on le système capitaliste international ?

La récente crise économique a clairement démontré que les marchés ne reflétaient pas une image claire et fidèle de la réalité, et pire, qu’ils étaient atteints d’une myopie congénitale favorisant les excès court-termistes au détriment d’objectifs stratégiques de long terme. Il est donc essentiel de corriger cette défaillance intrinsèque en fixant aux marchés des objectifs stratégiques qui, lorsqu’ils ne sont pas respectés, autorisent une régulation internationale. L’un des objectifs prioritaires à mettre en avant est celui d’une certaine stabilité des cours, afin de se prémunir contre les dangers de l’hypervolatilité, sans toutefois tomber dans l’excès inverse. La logique sous-jacente serait similaire à celle du pacte européen de stabilité et de croissance qui a fourni un cadre de coordination, de convergence et de contrôle des politiques budgétaires nationales, sans pour autant les brider ni les entraver. Bien évidemment, certains marchés seront plus concernés que d’autres, comme par exemple les marchés agricoles du fait de l’importance de facteurs stratégiques extra-marchands traités par l’Agriculture (Environnement, Sécurité, Développement, Lutte contre la faim, …).

Tous les décideurs et les experts internationaux, en premier lieu du domaine de la Finance, soulignent aujourd’hui la nécessité de repenser les fondements et l’architecture de la gouvernance économique internationale. Toutefois, une question importante et non des moindres se pose : Par où commencer ? Quel doit-être le secteur d’expérimentation de cette nouvelle gouvernance économique internationale ? Pour de nombreuses raisons, je considère que l’Agriculture est le secteur le plus pertinent à privilégier. Économiquement, parce que les marchés agricoles sont, à l’instar du lait et plus que tout autres, exposés à des risques spécifiques, naturels et de marché, nécessitant l’instauration de mesures de régulation. Stratégiquement, parce que plus de 43% de la population mondiale travaille dans le secteur agricole et qu’il constitue à ce titre un effet levier important de croissance et de développement. Politiquement, parce que le monde a besoin de reprendre confiance dans la coopération internationale sur des bases durables et réelles et historiquement, l’agriculture représente le secteur économique sur lequel cette coopération s’est lentement construite.
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Paris, le lundi 22 décembre 2014