Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Éditos

"Un marché sans régulation est comme une démocratie sans loi"



Pierre Pagesse :
Président du MOMA


Un électrochoc, une rupture complète dans la façon de penser l’agriculture, voilà ce qu’il faut désormais provoquer.


Entre les fatalistes résignés, les plus nombreux, pour lesquels le marché se suffit à lui-même et les nostalgiques d’une paysannerie féodale, soumise et protégée, qui ignorent les vrais enjeux, l’agriculture est laissée à l’abandon. Dans l’indifférence générale. Cette capitulation en rase campagne est irresponsable. En Europe, les paysans sont en voie de disparition : une mort lente qui fragilise notre autonomie alimentaire et enterre progressivement l’un des fondements de notre civilisation.

La libéralisation débridée des échanges agricoles devait, selon le dogme de la Banque mondiale, entraîner un cycle vertueux de développement pour toutes les agricultures du monde. Elle n’a fait que les envoyer dans le mur, y compris aux États-Unis où les fermes de deux mille hectares ne vivent pas sans l’aide du gouvernement américain.

Partout, les prix s’écroulent. Et les revenus avec. Le dogme, pourtant, continue à faire ses ravages. Comme si toute remise en question, toute critique du système était économiquement incorrecte ou relevait d’un discours frontalement anti-capitaliste et anti-libéral.

Attendra-t-on une nouvelle famine en Afrique, un soulèvement en Amérique Latine, une jacquerie en Europe, comme on disait jadis, pour regarder la réalité en face ?

En voyageant à travers le monde, j’observe tous les jours ce basculement vers une agriculture sans paysans. Une agriculture sans autre projet que de répondre à l’appétit vorace de fonds spéculatifs. Une agriculture « financiarisée » qui marche au dumping économique et social et déstabilise l’ensemble des agricultures vivrières ou familiales.

C'est pourquoi, avec plusieurs leaders du monde agricole et des personnalités importantes comme Xavier Emmanuelli, ancien secrétaire d’État à l’Action Humanitaire, ou Pierre Fabre, président directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, nous avons lancé un Mouvement dans l’espoir de réveiller les consciences.

Son objectif : créer une Organisation Mondiale de l’Agriculture qui remette enfin les enjeux de l’agriculture au cœur de la réflexion économique et de la décision politique. Ambitieux ? Démesuré ? Simplement urgent.

J’entends dire ici et là qu’il est trop tard, que la profession tout comme nos hommes politiques ont renoncé depuis bien longtemps ! J’entends aussi les propos moqueurs de ceux qui, par absence d’imagination et de liberté de pensée, proclament l’utopie de notre mouvement !

Mais, je pense pour reprendre une citation de Victor Hugo que «cette utopie sera la vérité de demain» !
Combien d’exemples dans l’histoire nous montrent que des systèmes que l’on jugeait fortement établis, pouvaient finalement évoluer.

Le temps est venu de proposer des systèmes de régulation qui permettent de corriger les excès du marché et d’accroître les bienfaits liés à une libéralisation des échanges internationaux.

Je tiens à rappeler tout d’abord que le marché est le meilleur moteur du fonctionnement de l’économie comme la démocratie l’est dans le domaine politique. Mais un marché ouvert sans régulation est comme une démocratie sans loi c’est-à-dire une jungle fatale au plus grand nombre.

Ces constats sont partagés aujourd’hui par de nombreuses personnes tant dans le secteur agricole que dans les autres secteurs de l’économie !

Je profite du lancement du site officiel du MOMA pour appeler ceux et celles qui ne comprennent pas l’évolution actuelle du système libéral, à nous rejoindre pour nous apporter leurs témoignages et leurs suggestions.

Notre site www.momagri.org qui sera à mi-chemin entre un think tanks et une agence de notation, pourra se faire le relais de vos analyses.

> Dans cet esprit, notre site publiera régulièrement les positions du MOMA (analyses, avis, recommandations et alertes) afin de sensibiliser le plus grand nombre (responsables gouvernementaux, ONG, décideurs politiques, organismes financiers, professionnels du monde agricole et agro-alimentaires, medias …) à la réalité des déséquilibres économiques des dumping sociaux, environnementaux et sanitaires, …. .

Ces positions préfigureront celles de l’agence d’évaluation et de notation qui commencera à fonctionner en 2007.

> Pôle d’émission d’information, ce site présentera également les propositions du MOMA en faveur d’une gouvernance et d’une régulation mondiale de l’agriculture.

La régulation est la solution pour que la libéralisation des échanges agricoles ne créé pas de dégâts collatéraux et ne soit pas à l’origine de la disparition d’une agriculture mondiale répartie harmonieusement sur l’ensemble des continents, qui seule permet de garantir l’indépendance et la sécurité de l’approvisionnement alimentaire des Etats.

A cet égard, nous plaidons pour que l’agriculture sorte du cadre de l’OMC. Cette organisation chargée exclusivement de la libéralisation du commerce mondial, n’a aucune compétence pour traiter des problèmes de l’agriculture qui intègrent des sujets stratégiques comme la lutte contre la pauvreté, la souveraineté alimentaire et la préservation de l’environnement.

C’est d’autant plus urgent que les décisions de l’OMC ne s’appliquent qu’à la production agricole faisant l’objet d’échanges internationaux, soit environ 10% de la totalité de la production mondiale agricole, mais qu’elles auront des conséquences irréversibles sur l’ensemble de la population active agricole mondiale, soit 1,34 milliards de personnes (43% de la population active du monde).

Quand nous rendrons-nous compte du caractère absurde et irresponsable de cette situation et de la nécessité de sortir l’agriculture du champ de l’OMC ?

> Notre site vous tiendra en permanence informé de la construction du nouveau modèle agricole international du MOMA intitulé modèle NRA, fondé sur les principes de théorie des jeux.

Les modèles économiques existants (cf. note du MOMA, Les modèles agricoles au banc d’essai) reposent, en effet, sur une vision simplifiée et imparfaite qui ne prend pas en compte les caractéristiques spécifiques et stratégiques de l’agriculture. Ils faussent ainsi la vision des décideurs politiques et justifient des stratégies inadaptées et lourdes de conséquences pour l’ensemble de l’humanité, stratégies qui sous-tendent l’abandon progressif de la PAC et les négociations à l’OMC.

C’est pourquoi une équipe d’économistes travaillent depuis plusieurs mois sur ce projet qui a l’ambition d’aboutir au premier modèle d’aide à la décision en matière de politique agricole.

> Enfin, des analyses et témoignages seront régulièrement développés sur notre site afin que des personnalités diverses puissent apporter leur compétence et faire part de leur vision de l’avenir de l’agriculture, c’est-à-dire l’avenir de la planète. Nous accorderons une place particulière à l’Europe pour qu’elle se dote d’une véritable stratégie agricole en complément de la réforme de la PAC décidée lors du compromis de Luxembourg en juin 2003.

Sans remettre en cause la nécessité d’une réforme de la PAC, nous dénonçons, en effet, un processus de démantèlement de la seule politique intégrée de l’Union européenne qui repose une fois encore sur une appréciation erronée de la réalité économique.

Savez-vous que l’agriculture est très certainement le secteur économique le moins subventionné de tous (automobile, aéronautique, transport ferroviaire, santé …) ?

Mais il a contre lui d’être beaucoup plus transparent que les autres, puisque c’est la seule politique européenne intégrée : tout le monde peut lire en direct le montant des subventions qu’il touche.

Si le budget agricole représente 40% du budget communautaire, il faut rappeler que celui-ci est limité à 1% du PIB des États membres. Ainsi, en lui consacrant 0.4% du PIB communautaire, l’Europe soutient un secteur d’activité (agriculture et agroalimentaire) qui représente 15% du PIB.

Dès lors, en sachant que la moyenne des prélèvements obligatoires des États européens est compris entre 45% et 55% du PIB, on s’aperçoit que l’agriculture représente moins de 1% des prélèvements publics.

Et pourtant le système est devenu fou :

Savez-vous que sur mon exploitation, je produis des calories pour nourrir plus de 1 000 personnes, alors que sans l'aide de l'Union Européenne, je ne pourrais me nourrir moi-même ?
De plus, savez-vous que la dernière réforme de la PAC a fait disparaître quasiment tout lien entre cette aide et notre production agricole.
D'autres "justifications" se développent : écoconditionalité, bien-être animal,… Elles ne font qu'alourdir la bureaucratie qui contraint l'agriculture sans pour autant relever les grands défis agricoles, alimentaires ou environnementaux.

Il n'y a plus aucune vision à long terme pour notre métier qui repose sur un savoir faire très ancien et une capacité d'innovation essentielle à l'avenir de la collectivité. Fragiliser l'agriculture et ses producteurs, c'est accepter qu'une grande partie de nos aliments de demain soient importés de quelques grands Pays producteurs ; c'est accepter d'être soumis à leur bon vouloir dans un monde toujours dominé par l'instabilité. Ce n'est sûrement pas la meilleure garantie alimentaire qu'attendent nos concitoyens tant sur le plan qualitatif que quantitatif !

Ce projet est ambitieux, mais il est nécessaire pour le développement de la paix dans le monde. Le Président du MOMA que je suis, une fois encore, à remercier les personnalités qui ont participé à la fondation de notre mouvement et qui s'engagent avec audace dans ce combat.

Pierre Pagesse
Président du MOMA

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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012