Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

« Un développement durable pour faire face aux crises climatiques,
énergétique et alimentaire »



Ban Ki-moon,
Secrétaire général des Nations Unies

Contrairement à certains décideurs « optimistes » qui voient dans la relance des négociations de l’OMC le moyen de remédier à la crise, le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon adopte une posture résolument plus réaliste et pragmatique lors du discours d’ouverture de la 17e session de la Commission du développement durable, le 13 mai 2009.

En soulignant les dangers de traiter des problématiques actuelles comme l’agriculture, l’environnement ou le climat, sans aucune considération ni stratégie à plus long terme, il montre l’importance d’initier une nouvelle dynamique de croissance, axée sur le développement durable, qui concilierait les problématiques de court terme et de long terme dans un cadre intégré.

En effet, Ban Ki-moon souligne que la crise alimentaire vécue au printemps 2008 n’appartient pas au passé, car le risque est grand de la voir se reproduire dans les années qui viennent. C’est pourquoi le secrétaire général des Nations unies insiste sur la nécessité de retrouver le souffle réformateur qui animait les chefs d’Etat et de gouvernements lors de la crise financière, pour prendre en main les questions alimentaires et environnementales qui menacent l’équilibre du monde actuellement.

Si de tels propos n’ont intrinsèquement rien de révolutionnaire, ils font aujourd’hui écho à ceux émis par de plus en plus d’experts et de décideurs internationaux et ils posent la question de la pertinence de la gouvernance actuelle pour certains secteurs stratégiques comme l’Agriculture ou l’Environnement.

La rédaction de momagri


Madame la Présidente, Honorables ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je suis ravi de me joindre à la présidence de la Commission sur le développement durable pour vous souhaiter la bienvenue au sein des Nations unies pour cette séance plénière d’ouverture de la 17ème session de la Commission.

Pour beaucoup d’entre nous, le monde est arrivé à un seuil critique. Si nous n’agissons pas ensemble, si nous n’agissons pas de manière responsable, si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons de sombrer dans un cycle de pauvreté, de déchéance et de désespoir.

Il y a vingt-deux ans, les Nations unies ont avancé l’idée du développement durable comme un moyen d’échapper à ce cycle. L’idée d’une approche globale et structurée du développement est aujourd’hui plus valable que jamais. Cette approche montre comment faire face à la crise climatique, à la crise alimentaire et à la crise énergétique. Elle propose des solutions durables à la crise financière et à la récession mondiale.

Nous devons suivre les sages indications du rapport Brundtland. Nous devons chercher à instaurer « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

[...]

La crise alimentaire n’est pas encore derrière nous. Bien au contraire, il se peut qu’elle continue de s’étendre.

Étant donné les prix élevés de la nourriture, 100 millions de personnes dans les pays à faibles revenus risquent de bientôt grossir les rangs des populations mal nourries. Par conséquent, le Programme alimentaire mondial va devoir augmenter son budget initial, qui était de 500 millions de dollars, à 750 millions afin de pouvoir continuer ses actions.

Néanmoins, si l’on regarde le bon côté des choses, on constate qu’il existe une réelle volonté internationale pour prendre les problèmes à bras-le-corps. En janvier [2009], M. Zapatero, le Premier ministre espagnol, a organisé une réunion de haut niveau sur le thème « la sécurité alimentaire pour tous ». Les participants se sont mis d’accord sur une approche globale et à long terme qui ferait le lien entre nutrition, sécurité alimentaire, agriculture et commerce. Le succès de ce projet dépendra des partenariats qui seront établis entre gouvernements, société civile, organisations agricoles, entreprises et organisations internationales.

Je suis par ailleurs conforté dans mes espérances par l’initiative de cette Commission d’organiser une table ronde ministérielle concernant une révolution verte durable en Afrique. Investir dans une révolution verte africaine ne sera pas seulement utile à la sécurité alimentaire : cela permettra également d’avancer dans l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement, notamment la mise en place d’une durabilité sur le plan environnemental.

Pour pouvoir mener à bien une révolution verte, les agriculteurs africains doivent avoir accès à la terre et à la sécurité de la propriété. Ils doivent également avoir accès aux marchés, à la technologie et à des infrastructures améliorées.

Lorsque je dis agriculteurs, je fais référence aussi bien aux femmes qu’aux hommes. En effet, les secteurs agricoles, comme non agricoles, doivent davantage responsabiliser les femmes africaines. Les femmes doivent être des partenaires à part entière du développement pour qu’elles puissent se sortir de la pauvreté et permettre à leur communauté de faire de même.

Nous devons également nous souvenir que lorsque les femmes ont plus de responsabilités, alors leurs enfants en ont eux aussi davantage. Ils ont plus de chances de recevoir une éducation, d’avoir une nutrition correcte et de recevoir des soins médicaux. Les programmes de micro-crédit dans le monde entier en sont la preuve : investir dans les femmes est le meilleur investissement pour l’avenir.

Nous sommes actuellement dans les affres d’une récession mondiale. Dans un tel contexte, les choses peuvent se détériorer atrocement vite. De la faim à la famine, de la maladie à la mort, il n’y a qu’un pas.

Je suis heureux que le Président de l’Assemblée générale ait prévu pour le mois de juin une conférence des Nations unies de très haut niveau sur le thème de « La Crise économique et financière mondiale et ses impacts sur le développement ».

C’est un événement plus qu’opportun qui, je l’espère, viendra renforcer les engagements pris par les plus grandes puissances économiques mondiales lors du sommet du G20 qui a eu lieu à Londres en avril.

La communauté internationale doit proposer des mesures d’urgence à court terme afin de répondre aux besoins les plus cruciaux. Cependant, elle doit aussi investir sur le plus long terme afin de promouvoir la production alimentaire et le développement agricole, de renforcer la sécurité alimentaire et de maintenir voire même d’accélérer le mouvement vers la réalisation des OMD.

Lors du sommet du G20 à Londres, j’ai vivement recommandé aux gouvernements d’aider tous les pays à surmonter la crise actuelle de manière structurée. Je pense qu’ils ont entendu mon appel. Ils se sont mis d’accord sur une véritable relance mondiale qui servira les intérêts de toutes les nations et non pas uniquement de quelques-unes.

Ils se sont élevés contre le protectionnisme. Ils ont réaffirmé leur engagement envers les Objectifs du millénaire pour le développement. Et ils ont demandé aux Nations unies de travailler en collaboration avec d’autres institutions mondiales afin de mettre en place un mécanisme qui permettrait de surveiller l’impact de la crise sur les plus pauvres et les plus vulnérables.

Nous avons évolué vers la mise en place d’un tel mécanisme. Notre mécanisme, qui permet non seulement une surveillance de la vulnérabilité des systèmes dans leur ensemble, mais aussi une alerte mondiale relative à cette vulnérabilité, recueillera des informations en temps réel sur les effets sociaux de la crise économique dans le monde entier.

Il permettra aux gouvernements de surveiller les effets de leurs décisions sur les plus vulnérables. J’espère que cela nous aidera à atténuer l’impact de la crise.

Les défis qui nous attendent sont considérables.

La grande famille des Nations unies, au travers de ses diverses organisations et agences, doit être cohérente dans les actions qu’elle entreprend. Je souhaite saluer le Bureau et la Présidence de la Commission pour leur réflexion sur la façon dont ce forum, qui a de nombreux intervenants, peut contribuer au système « unis dans l’action » de l’ONU.

Madame la Présidente, j’apprécie tout particulièrement votre initiative d’organiser des dialogues ministériels avec les chefs des conseils gouvernementaux et des conseils exécutifs de différents organismes de l’ONU, ainsi qu’avec les responsables des agences de l’ONU, des groupes de société civile et de la communauté de recherche de politiques.

J’ai conscience que les délégués se sont engagés dans d’intenses négociations durant cette semaine afin d’établir un ensemble concret de politiques et de mesures destinées au programme de développement agricole et rural durable.

Les décisions prises doivent permettre de revitaliser l’agriculture et de soutenir la productivité et la persévérance des petits agriculteurs, notamment pour assurer la sécurité alimentaire pour tous.

Je souhaite que cette session ait une conclusion positive. Ce qui compte, c’est la réussite de cette Commission. Elle doit donner envie au monde de faire face aux multiples défis qui nous attendent de façon structurée et globale.
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Pour une régulation
des marchés agricoles
et une gouvernance
alimentaire mondiale
Paris, le mardi 22 mai 2012