Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

« Les raisons de l’effondrement du Cycle de Doha »



Par Jacques Carles,
Réponse du délégué général du MOMA à l’article du Wall Street Journal


Après l’échec de la réunion du G4 le 21 juin 1 , le Wall Street Journal a publié dans ses colonnes, le 7 juillet dernier, un article intitulé : « Why the Trade Talks Collapsed 2» . Les auteurs, Jagdish Bhagwati et Arvind Panagariya, professeurs d’économie à la célèbre Université de Columbia aux Etats-Unis, y contestent l’analyse de la représentante américaine au Commerce Extérieur Susan Schwab selon laquelle la rupture des négociations est due au refus de l’Inde (et, dans une moindre mesure du Brésil) de faire des concessions. Selon eux, les causes de « l’échec annoncé » du cycle de Doha sont à chercher du côté des Etats-Unis : l’administration et le Congrès ne sont pas prêts à prendre le risque politique, alors que l’échéance présidentielle se rapproche, de se mettre à dos le puissant lobby agricole et restent donc campés sur leurs positions. Les auteurs rappellent que le blocage des négociations se situe bien au niveau du dossier agricole, dans la mesure où l’Inde a déjà démontré de substantiels efforts sur l’ouverture de son marché intérieur aux produits manufacturés. New Dehli n’est en revanche pas décidée à exposer les agriculteurs indiens à une concurrence plus forte avec les exportations américaines, alors même que les principales subventions du Farm Bill s’apprêtent à être prolongées pour cinq années supplémentaires. Dès lors, selon les auteurs de l’article du Wall Street Journal, la seule solution possible pour sauver le cycle Doha est une réforme en profondeur de la politique agricole américaine.

Dans une lettre publiée dans le Wall Street Journal du 23 juillet et reprise ici dans son intégralité, Jacques Carles, délégué général du MOMA, élargit le débat et revient sur l’impérieuse nécessité de protéger les agricultures des pays en développement des méfaits d’une libéralisation totale des échanges. Ces méfaits, contrairement à l’opinion des auteurs de l’article, ne relève pas de « croyances exagérées et erronées » mais correspondent bien à la réalité que vivent les agricultures des pays les plus pauvres. C’est notamment pour cela que le MOMA développe un nouveau modèle économique, adapté aux spécificités du secteur agricole, afin d’apporter des éléments tangibles sur le sujet.



« En qualité de délégué général du MOMA, groupe d’étude et de réflexion sur l’agriculture mondiale, les opinions exprimées par Jagdish Bhagwati et Arvind Panagariya (Why the Trade Talks Collapsed, Wall Street Journal, daté du 7 juillet 2007) m’ont paru intéressantes, mais j’aimerais insister sur le fait que les enjeux vont beaucoup plus loin que les aspects couverts par leur article, lequel concernait essentiellement l’Inde. La réalité, selon nous, est que les économies agricoles de la plupart des pays en voie de développement ont été gravement affectées par une mondialisation tous azimuts où les produits agricoles ne sont qu'une simple marchandise comme une autre, sans égard aux conséquences sociales et culturelles infligées aux pays dont les agriculteurs ne peuvent plus assurer leur subsistance. Ni la Banque Mondiale ni l'Organisation Mondiale du Commerce ne semblent pleinement comprendre la dynamique et les besoins spécifiques des économies agricoles mondiales, lesquelles ne sont pas interchangeables et, à la différence des productions non agricoles, peuvent être instantanément dévastées par des inondations, la sécheresse ou d’autres facteurs climatiques.

Le monde en voie de développement se doit impérativement de protéger ses agriculteurs, et le monde occidental doit prendre conscience du réel intérêt à les aider non seulement à survivre, mais aussi à prospérer. Il est simpliste d’assumer que des marchés libres et ouverts résoudront tous les problèmes. Comme nous l’avons constaté, ces marchés peuvent tout aussi bien engendrer de graves perturbations économiques, l’instabilité et la violence. Notre organisation, en collaboration avec d’autres, développe actuellement un modèle permettant une meilleure régulation du commerce agricole qui, selon nous, devient de plus en plus nécessaire en vue d'assurer la sécurité future tant des agriculteurs que des consommateurs du monde entier.

L’absence d’un tel modèle, bien qu’indirectement liée à Doha, constitue assurément l’une des raisons fondamentales de l'échec des négociations. »

Jacques Carles
Délégué Général du MOMA, Paris
Article paru dans le Wall Street Journal du 23 juillet 2007

1 Voir le regard sur l’actualité intitulé Le cycle de Doha : pas d’issue possible en l’état actuel des choses, publié sur notre site le 09 juillet 2007. Les délégations du Brésil et de l’Inde ont en effet décidé, le jeudi 21 juin, de clore prématurément les discussions entamées avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, rassemblés à Postdam en Allemagne sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce. Cette réunion devait aboutir à un accord de principe entre ces quatre géants agricoles et donner une impulsion nouvelle au cycle de Doha, enlisé depuis bientôt six ans.
2 Why the Trade Talks Collapsed, par Jagdish Bhagwati et Arvind Panagariya, Wall Street Journal, édition du 7 juillet 2007, http://online.wsj.com/public/us.
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Paris, le lundi 21 avril 2014