pour une régulation des échanges agricoles permettant de concilier libéralisme et développement. _______________________________________________________________________________ Nous avons tendance, dans le cadre de l'OMC, à considérer que les négociations agricoles se résument aux problèmes entre l’Europe et les Etats-Unis, alors que Doha, qui est le cycle du développement, n’a pas fait de chemin significatif depuis quatre ans en faveur des pays en voie de développement, excepté la concession commerciale de l'UE dite "de l'accord tout sauf les armes" ! C’est la raison pour laquelle une délégation du MOMA s’est rendue au cours de la semaine du 2 mai au Sénégal et au Bénin pour rencontrer le Président du Bénin, Yayi Boni, les ministres de l’Agriculture et du Commerce des deux pays ainsi que plusieurs responsables d’organisations professionnelles agricoles. Les échanges ont été marqués par une grande convergence de vue et par une volonté très ferme d’œuvrer ensemble pour initier une régulation mondiale des marchés agricoles qui assure le développement des pays pauvres tout en préservant les agricultures des autres pays du monde. Cet enjeu est celui d’une gouvernance mondiale ayant pour priorité d’organiser les marchés internationaux autour de prix d’objectif assurant une rémunération minimale des agriculteurs, seule à même de garantir durablement une production agricole capable de satisfaire l'ensemble des besoins. L’exemple emblématique qui nous a été chaque fois présenté est celui du coton. Les producteurs africains sont contraints de vendre à perte car les prix mondiaux sont très bas ; ils ne peuvent donc plus emprunter, sauf à des taux usuraires de 15 à 20%...et la production de coton chute : au Bénin, elle a été divisée par deux en 2005, alors qu'elle est l'une des rares cultures d'exportation pourvoyeuse de devises ! Et, pendant ce temps, les Etats-Unis donnent l’illusion de faire un geste en supprimant leurs subventions à l’exportation (de faible ampleur) mais en maintenant les soutiens internes (marketings loans et paiements contracycliques) qui procurent aux cotonniers américains un prix garanti équivalent à deux fois le cours mondial ! C’est dans ce contexte que nos entretiens à Dakar et à Cotonou ont démontré à quel point la démarche du MOMA était nouvelle et attendue : >Nouvelle, parce que nous proposons une méthode, l’utilisation d’outils adaptés au secteur agricole, qui prend en compte les interactions entre l’agriculture, les autres secteurs de l’économie, l’environnement, le niveau de développement, la santé ... Ainsi la construction du modèle économique NRA (nouvelles régulations agricoles) et la création d’une Agence de notation des politiques agricoles, sur le modèle des agences de notations financières, ont considérablement intéressé nos interlocuteurs africains. Tous, qu’ils soient paysan, chef d’entreprise, ministre ou président, ont immédiatement compris la cohérence, l’efficacité et la nouveauté de cette démarche. >Attendue, parce le MOMA apparaît comme un projet construit et réaliste qui comble un vide. Nombreux sont les Africains à ne plus croire ni à l’OMC, ni au FMI et encore moins à la Banque mondiale. Il est nécessaire de remédier à cette décrédibilisation en permettant à ces institutions de jouer pleinement leur mission dans un cadre régulé qui concilie libéralisme et développement. Yayi Boni, le nouveau Président du Bénin nous a d’ailleurs assuré non seulement de son soutien mais de sa volonté de travailler avec nous pour construire des solutions que tous dans son pays attendent. Nous avons été voir des paysans sur leurs exploitations et notamment une petite coopérative de production d’Ananas à une centaine de kilomètres au nord de Cotonou, à Alada, où nous avons été frappés par la grande compétence et l’absence totale d’illusion sur le jeu des grands pays mais aussi des pays émergents dans le cadre des négociations de Doha. Tous nous ont dit sans ambages que les contraintes de la Banque mondiale et du FMI conduisaient inéluctablement leur agriculture à la ruine ! Inutile de dire que les responsables de ces deux pays envisagent les négociations de l’OMC comme des débats qui ne les concernent plus. Et nous ne serions pas étonnés que les pays d’Afrique de l’Ouest s’abstiennent de signer un quelconque accord auquel pourraient parvenir l’Europe, les Etats-Unis le Brésil et d’autres car ils se sentent non seulement floués mais abandonnés ! Les négociations s’enlisent, tout le monde le reconnaît et si elles aboutissent ce sera un accord lilliputien que l’OMC présentera comme un accord inespéré dans lequel l'UE aura fait des concessions gratuites, de manière unilatérale, au détriment de son agriculture et de son industrie agro-alimentaire, sans que les nouvelles règles créent l'espoir pour les pays les moins avancés. En réalité, rien ne sera traité sur le fond parce que l’OMC a largement dépassé ses limites de compétences sur la question agricole. Comment prescrire des règles internationales pour tous les secteurs à la fois : services, industrie, et agriculture sans qu’il y ait prise en compte des spécificités propres à chacun de ces grands domaines d’activités ? Vouloir relever les défis de l'agriculture sous l'angle commercial des échanges (moins de 10 % de la production) est un leurre. > C'est nier la volatilité des productions alimentaires qui décourage les producteurs. > C'est donc aggraver l'insécurité alimentaire des plus pauvres et déstabiliser un peu plus l'ensemble des agricultures du monde. > C'est méconnaître l'ensemble des coûts induits liés à cette déstabilisation : constitution de mégapoles où s'agglutine la pauvreté avec ses conséquences sur la santé publique, la dissolution des liens familiaux, la délinquance, l'immigration, etc … Le MOMA qui a été au cours de ce voyage conforté dans son action, propose donc que, au sein du cycle de Doha, les priorités soient inversées. Essayons d’avancer sur les services et l’industrie, là où aucun progrès n’a été fait, et décidons un moratoire pour l’agriculture. Ce moratoire devrait être mis à profit pour mettre en adéquation objectifs et moyens afin que les solutions proposées amènent un véritable relèvement des niveaux de vie et de l'emploi, comme le stipule le préambule de l'accord de Marrakech instituant l'OMC. Nous pourrions également, par les premiers résultats du modèle NRA (confortés par les avis de l’Agence de notation et d’évaluation des politiques agricoles), amener une contribution concrète à cet immense chantier. Pierre Pagesse Président du MOMA |