|
|  | | | Édito | | | | « La PAC face à la crise économique et financière » Paul-Florent Montfort, chargé d’études de momagri | | Alors que la communauté internationale s’emploie activement à définir un corpus de mesures destinées à enrayer la récession économique mondiale et à relancer la croissance, une récente étude de la Direction générale des politiques internes du Parlement européen1 s’est penchée sur l’impact de la crise sur l’agriculture, tout en s’interrogeant en parallèle sur la pertinence du Bilan de santé de la PAC dans ce contexte d’instabilité accrue. Confiée à la Direction générale des politiques internes, qui a rendu ses conclusions en mars 2009, cette étude confirme l’intérêt croissant du Parlement européen pour ce secteur stratégique, trois mois après le rapport McGuinness et la résolution du même nom2. L’étude, intitulée « La PAC face à la crise économique et financière » , souligne en effet qu’un certain consensus se dégage actuellement parmi les experts sur la persistance des fluctuations des prix à l’avenir, surtout lorsqu’ils sont aggravés par la récession ; un postulat qui n’est pas sans inquiéter compte tenu de l’abandon progressif et programmé par l’Union européenne de ses mécanismes de régulation, comme en témoigne le Bilan de santé de la PAC de novembre dernier. Voici la synthèse de l’étude du Parlement. 1. Sur l'impact de la récession sur les marchés agricoles Les facteurs conjoncturels sont régulièrement cités pour expliquer le retournement de tendance des prix des produits agricoles de base constaté à partir de mi-2008 : une augmentation des quantités produites d’une part, sous l’effet à la fois de l’extension des surfaces de production et des conditions climatiques favorables, et d’autre part un assouplissement des restrictions aux échanges imposées par quelques pays exportateurs suite à la flambée des prix de 2008. Si tous ces facteurs ont eu, sans aucun doute, un effet dépressif sur les prix agricoles, ils sont néanmoins insuffisants pour expliquer l’ampleur du retournement de tendance, comme le souligne le Parlement européen. Des facteurs extra-agricoles ont joué un rôle important, comme notamment le ralentissement de l’économie mondiale, qui a joué sur le secteur agricole via plusieurs canaux de transmission : > La retombée brutale des prix de l’énergie depuis mai 2008, qui a « ralentit la demande additionnelle des produits agricoles à usage énergétique [en mettant en question] les mesures de substitution des combustibles fossiles par les agrocarburants » ; > L’assèchement des afflux de liquidités sur les marchés de produits dérivés agricoles : la spéculation sur les marchés à terme, qui a été l’un des facteurs de la flambée des prix agricoles en 2008, a donc été réduite, influant à la baisse sur les prix des actifs agricoles échangés sur les marchés à terme ; > La chute de la consommation alimentaire mondiale, « qui [a] accru l’instabilité des marchés agricoles (offre/demande) et qui [explique] également que les prix des aliments sont redescendus. » Et l’étude de constater : « A ce stade, quelques conclusions peuvent être soulevées. En premier lieu la récession a confirmé la volatilité systémique des prix agricoles. La probable réduction des tarifs douaniers, prévue pour le Cycle de Doha, la renforcera à l'avenir. Par ailleurs les analyses sur le changement climatique suggèrent que les conditions climatiques inhabituelles vont probablement s'accentuer, ce qui pourrait rendre la production, très concentrée dans quelques régions de la planète, encore plus volatile en raison de déficits de production récurrents. » Dans ces conditions, il est légitime de s’interroger, comme le fait du Parlement européen, sur la pertinence des décisions prises lors du bilan de santé de la PAC. 2. Sur l’avenir de la PAC face à l'instabilité des marchés agricoles et à la volatilité des prix « L'instabilité systémique des marchés des produits agricoles a toujours été au cœur des politiques agricoles », et notamment de la PAC qui, plus que tout autre politique publique européenne ou nationale, « s'est toujours caractérisée par ses mécanismes poussés de régulation et d'encadrement des marchés. » Néanmoins, confirmant la tendance à la dérégulation initiée depuis une dizaine d’années, le dernier "Bilan de Santé" ("Health Check") de la PAC a assoupli les régimes de régulation et de contrôle de l'offre en vigueur : entre la limitation quantitative de l’intervention pour le lait et le blé, sa suppression pour la viande de porc, l'orge et le sorgho, la suppression programmée des quotas laitiers à horizon 2014/2015, la PAC a perdu peu à peu tous les mécanismes qui fondaient sa capacité régulatrice sur les marchés agricoles. D’où une légitime interrogation du Parlement européen, compte tenu du contexte d’instabilité accru par la récession mondiale : « même si l'intervention publique reste désormais comme un filet de sécurité pour les principales productions communautaires, on peut se demander si les décisions du Conseil répondent aux besoins actuels des marchés. Malheureusement, l'UE a perdu sa capacité de garder des stocks stratégiques de commodités qui pourraient jouer un rôle amortisseur à la baisse vis-à-vis de la variation des cours intra européens. De plus, du fait des conditions de production et de l'absence de capacités de stockage en Russie et en Ukraine, les céréales produites dans ces pays peuvent venir se substituer massivement aux productions communautaires et accroître les déséquilibres internes. » Sans parler de l’impact de la crise sur les revenus agricoles qui, s’il est difficile à quantifier comme le note l’étude, mérite tout de même une « attention particulière » de la part des dirigeants. Des craintes que les dernières simulations du modèle momagri justifient pleinement : selon les derniers résultats obtenus en mars 2009, la libéralisation non régulée des échanges sur les marchés agricoles telle qu’elle est mise en avant par le G20 va en effet se traduire par la diminution des revenus de tous les agriculteurs du monde, à l’exception des exportateurs nets de produits agricoles (ex. Brésil), qui seront les seuls à tirer leur épingle du jeu. Certaines zones verraient le revenu de leurs agriculteurs diminuer jusqu’à 60% pour les pays les plus pauvres (Afrique). Aussi, les conclusions de l’étude réalisée par les services du Parlement européen ont le mérite de poser les bonnes questions au bon moment. Car, comme elle le souligne, « la récession revalorise sans doute ce rôle stabilisateur des aides de la PAC, surtout dans un contexte de manque de liquidité et de restriction du crédit. » Espérons que la crise économique et financière qui frappe la communauté internationale actuellement sera l’occasion pour les décideurs politiques de réorienter les politiques publiques dans le bon sens : les marchés agricoles ont besoin de politiques de stabilisation comme les marchés financiers de régulation. Et il serait temps de s’en rendre compte. | 1 « La PAC face à la crise économique et financière » , http://www.europarl.europa.eu/activities/committees/studies/download.do?language=fr&file=25068 2 Cf. momagri, « Rapport McGuinness : un premier pas encourageant qui doit maintenant être consolidé », 09/02/2009, http://www.momagri.org/FR/Tribunes/Rapport-McGuinness-un-premier-pas-encourageant-qui-doit-maintenant-etre-consolide_435.html | |
| |
| | |
|
| |
|
Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
| |
| | |
| |
|