Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Édito

« Dakar - Paris » ou « le voyage au pays de l’Au-delà »



Par Ndiobo Diène, Secrétaire permanent du Forum Dakar agricole,
Directeur de l’analyse, de la prévision et des statistiques du Ministère de l’Agriculture du Sénégal, Parrain du MOMA


Ce sont parfois les histoires les plus simples qui permettent de comprendre les problèmes les plus compliqués.

S’il y a bien un sujet de politique internationale qui apparaît aujourd’hui difficile, voire inextricable, ce sont les négociations de l’OMC.

Les uns prétendent que la libéralisation des échanges internationaux de produits agricoles permettra aux plus pauvres d’être demain moins pauvres, les autres affirment le contraire.

Au-delà des paraboles idéologiques, comment trier le bon grain de l’ivraie ? Comment lutter contre une doctrine qui, faute de théorie alternative, semble être admise par le plus grand nombre comme le plus sûr chemin vers le bien-être ?

C’est parce que nous croyons que tout n’est pas mauvais dans la mondialisation que nous tenons à combattre l’ivraie.

Et témoigner de la réalité nous semble encore le meilleur chemin pour toucher le cœur et ouvrir les yeux des hommes.



Ainsi, Ndiobo Diène, secrétaire permanent du Forum du Dakar agricole, dont la raison d’être est de lutter contre la fracture agricole mondiale, expliquait récemment à un représentant de l’OMC pourquoi l’achat par son pays, le Sénégal, de riz thaïlandais à un coût pourtant plus compétitif que sa propre production, asphyxie doucement mais sûrement sa population.

« Le Sénégal dispose d’une terre irrigable d’environ 240 000 hectares. Cette terre, située au nord du pays est très fertile car elle longe un fleuve de 1700 km. La production rizicole est de grande qualité, et présente un des rendements les plus élevés au monde, avec environ 5 tonnes à l’hectare. Et pourtant, seul un tiers de cette surface est aujourd’hui cultivée.

En effet, les deux grands atouts que sont la terre et le climat, ne sont pas malheureusement pas suffisants pour permettre à notre agriculture, faiblement mécanisée, d’être compétitive face à la production rizicole thaïlandaise.

Du fait de la libéralisation insuffisamment régulée des échanges, la production locale est très rapidement devenue invendable, car plus chère que la production importée.

Les campagnes sénégalaises se sont donc dépeuplées, année après année, et cela, en dépit de leurs atouts naturels.

Le potentiel agricole du Sénégal s’est donc stérilisé. Les terres mises en friche, les hommes, faute de pouvoir vivre de l’agriculture, se sont expatriés vers nos villes, dans un premier temps, puis, en raison de l’absence de travail et d’avenir, vers l’Europe, Barcelone ou Paris ».


Et alors, me direz-vous, en quoi cette histoire que tout le monde connaît, est-elle liée aux négociations internationales de l’OMC ?

« Je vous répondrai par un seul chiffre, celui du nombre de Mosquée au km2 qui, dans cette région le long du fleuve, s’est multiplié à un rythme incroyablement élevé ».

Oui, mais quel rapport ?

« Ces hommes qui ont réussi à échapper à la mort au cours de leur périple dans l’Atlantique en direction de l’Europe, n’ont trouvé que le froid, la misère et l’oubli.

Trop fier pour revenir et trop honteux pour avouer leur infortune, il ne leur reste plus que le rêve d’un Au-delà, ressemblant au Paradis qu’ils n’ont pas trouvé sur Terre ! Et ce Paradis leur est ouvert s’ils peuvent investir les quelques euros péniblement gagnés dans la construction d’une Mosquée qui leur permettra bien plus sûrement d’atteindre à la félicité, que la culture d’un riz, toujours plus cher que le riz thailandais !

Et voilà comment les terres qui longent le fleuve Sénégal se couvrent de mosquées, à défaut d’être cultivées.

Doit-on alors cautionner la disparition des exploitations agricoles dans notre pays, et le malheur de tout un peuple, au seul nom d’une théorie, celle de Ricardo, si simpliste et loin des réalités ?

Vous me direz que non ! Et pourtant, l’OMC interdit au nom de cette théorie que notre gouvernement soutienne ses propres agriculteurs, les aide à mécaniser leurs outils de travail pour vendre à un prix compétitif sur le marché local ! Et au nom de quoi ?

Au nom de la couleur des boites dans lesquelles l’OMC classe les soutiens permis et les soutiens interdits. Et plus encore, au nom des soi-disant fameux gains en bien-être dont bénéficierait notre peuple en acceptant tout simplement d’ouvrir son marché aux produits agricoles étrangers, moins chers et donc porteurs de bénéfices.


Vous avez dit bien-être ? Sur Terre ou dans l’Au-delà ?

Pour notre peuple, la question ne se pose malheureusement plus !»

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Paris, le jeudi 18 septembre 2014