Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.

Conférence de presse du 08 décembre 2005


L’importance des modèles économiques
dans les négociations internationales


I
Les modèles économiques :
un rôle central dans les négociations internationales

Un modèle est une construction intellectuelle qui permet de synthétiser et de quantifier les différents effets, parfois contradictoires d’une politique économique grâce à une simplification de la réalité. Par analogie, on peut considérer qu’un modèle économique a les mêmes fonctions qu’une paire de lunettes :

 

> être adapté aux problèmes de vision spécifique que l’on a.
Ainsi, l’utilisation d ‘un modèle économique sera différente selon que l’on cherche à se projeter 15 ans ou 30 ans dans l’avenir, ou si l’on s’intéresse à l’impact d’une suppression des barrières douanières ou à l’effet d’une libéralisation totale des marchés agricoles.

> être le plus transparent possible car l’objectif est d’avoir une vision précise et fidèle des réalités probables.
Ces deux termes sont essentiels car il ne faut pas rechercher une clarté factice qui serait obtenue par le biais d’un prisme déformant. Tout modèle doit donc faire connaître ses limites et ses imperfections afin de pouvoir en tenir compte dans les conclusions qu’on en tire.

Les modèles économiques peuvent être utilisés dans des domaines très variés, dès qu’il s’agit de mesurer l’impact d’une politique, reposant sur des hypothèses clairement définies. Il en existe des centaines de par le monde et, dans tous les domaines d’activité : l’énergie, les transports, l’industrie, la santé,…
Leur utilisation s’est fortement répandue depuis le milieu des années 1990 (au lendemain de l’Uruguay Round), et ils contribuent directement aux décisions politiques importantes car ils sont devenus le langage universel des négociations.

Ceci est dû à deux principales raisons :

 

> Ils disposent aujourd’hui de capacités de simulation de plus en plus grandes.

>
La prééminence de la culture anglo-saxonne d’inspiration libérale dans les enceintes internationales leur confère un rôle prépondérant.

Les modèles économiques sont ainsi devenus de véritables supports de communication et ont abandonné leur rôle initial de simple outil d’aide à la décision. Ils ne se contentent plus  d’éclairer l’opinion, mais tendent à la façonner et à l’orienter. Les modèles économiques sont donc utilisés comme de véritables armes stratégiques au sein des négociations internationales, par la plupart des grandes institutions et des gouvernements. Il faut noter à cet égard que l’Union Européenne ne dispose pas de modèle agricole en propre et cherche à en développer un sur la base du modèle américain du Fapri.

Lorsque l’on voit le rôle stratégique et déterminant des modèles économiques dans la poursuite des négociations, on ne peut que s’inquiéter d’une telle situation. Les trois modèles principalement utilisés au sein des négociations internationales sont :

 

> le modèle de la Banque Mondiale (modèle Linkage), qui bénéficie d’une très forte crédibilité auprès des grandes instances internationales, et qui oriente fortement l’évolution des négociations de l’OMC.

> le modèle du Fapri (Food and Agricultural Policy Research Institute), élaboré au sein de deux universités américaines (Iowa et Missouri), qui est un modèle très influent dans l’élaboration des scénarios d’accord à l’OMC.

> le modèle de l’OCDE (modèle Aglink), assez proche du Fapri, qui permet aux pays de l’OCDE de donner un cadre commun à leurs simulations.


II
Les grandes imperfections des modèles internationaux agricoles

Bien que par définition, un modèle soit une simplification de la réalité, les modèles économiques utilisés dans le cadre des négociations agricoles internationales notamment à l’OMC reposent sur une vision simplifiée et imparfaite ne prenant pas en compte les caractéristiques spécifiques et stratégiques de l’agriculture. Ils faussent ainsi la vision de l’avenir du monde et justifient des stratégies inadaptées et lourdes de conséquences.
Cette situation conduit l’agriculture mondiale dans une véritable impasse, aussi bien pour les PED, que pour l’Europe et même les Etats-Unis et empêche qu’une véritable stratégie mondiale de lutte contre la pauvreté ne soit définie.

C’est pourquoi le MOMA demande un report des négociations agricoles dans le cadre de l’OMC, le temps qu’un vrai modèle, fondé sur les sept critères qui doivent guider les décisions internationales, soit réalisé.

Il est donc urgent, et c’est le premier combat du MOMA de :

 

> Démontrer les imperfections et insuffisances majeures des modèles utilisés dans les négociations internationales.

> Présenter l’architecture du futur modèle, qui présidera à l’organisation équitable des échanges internationaux et que le MOMA développe dès à présent : le modèle NRA.

Les insuffisances et imperfections majeures :

Les principaux modèles agricoles internationaux :

 

> considèrent que la demande est totalement élastique par rapport aux prix… c’est-à-dire qu’on mangera au moins deux fois plus si le prix du produit agricole est divisé par deux.

> n’intègrent pas les accords préférentiels essentiels pour les PED, ce qui donne l’illusion que la suppression systématique des droits de douane enrichirait les pays pauvres.

> estiment que le secteur agricole est complètement indépendant de son environnement, une sorte de « lévitation bienheureuse » où ni l’énergie, ni les coûts de transports, ni les réglementations phytosanitaires, ni les contraintes environnementales ne sont intégrées.

> supposent que l’économie se trouve en situation de plein emploi.

> partent du principe, selon la plus pure théorie économique du début du XIXe siècle, que l’offre s’ajuste automatiquement à la demande, ce qui néglige totalement l’impact des facteurs climatiques, des phénomènes de spéculation et de stockage.

> enfin considèrent le capital comme indéfiniment disponible, partout, à tout moment et sans coût.

En un mot, ces modèles, qui pourtant constituent le socle de toutes les décisions techniques et politiques prises dans le cadre de l’OMC, et par ricochet dans le cadre de la PAC, sont des instruments inadaptés  qui peuvent mettre en péril l’équilibre du monde si on les applique sans discernement.

C’est ainsi que, selon eux, la libéralisation des marchés agricoles engendrerait des gains de bien-être pour l’ensemble des populations du monde, de 340 milliards de dollars pour la collectivité mondiale dont 240 iraient vers les PED.
Non seulement, ce montant est très faible en termes de PIB mondial (0.8%), mais récemment il a été révisé à la baisse par des économistes de la Banque Mondiale à un niveau de gain très faible, de l’ordre de 25 milliards de dollars par an pour les PED, ce qui équivaudrait à 1 euro par an et par habitant pendant 10 ans pour ces populations. Ce n’est pas avec un montant aussi dérisoire que ces pays sortiront de la pauvreté.

Enfin, il suffirait de faire varier une hypothèse pour que l’on aboutisse à un résultat totalement différent.
Comment dans ses conditions, accepter que ces modèles constituent la base de négociations internationales qui auront directement ou indirectement un impact sur les 2,6 Milliards de la population mondiale agricole (soit environ 41% de la population mondiale) !
 

Les sept critères sont :

Les principaux modèles agricoles internationaux :

 

1 Le niveau de dépendance vis-à-vis de l’extérieur
2
La prise en compte des risques climatiques et de marché
3 Les effets sur la pauvreté
4 La croissance et les effets intergénérationnels
5 La prise en compte de l’innovation
6 Le lien entre l’environnement et l’équilibre des marchés
7 Le développement durable et l’avenir de la planète

Une analyse précise des modèles agricoles internationaux à l’aune de ces sept critères, menée par les économistes du MOMA, est disponible sur le site internet du MOMA.


> Illustration de la fragilité des modèles agricoles standard

Les conclusions optimistes en termes de bien-être des modèles standard, dans le cas d’une libéralisation des échanges agricoles internationaux, sont totalement infondées car elles résultent d’un ajustement automatique de l’offre à la demande, ce qui n’est évidemment pas le cas en agriculture,…

Gains ou pertes de PIB associés à la libéralisation des échanges dans le cas des modèles standard

graphe6

Ces conclusions optimistes deviennent une évolution chaotique de gains et pertes en termes de bien-être dès que l’on intègre une seule variable complémentaire mais essentielle : l’ajustement aléatoire de l’offre à la demande.

Gains ou pertes de PIB associés à la libéralisation des échanges en prenant en compte
une seule spécificité du secteur agricole

graphe6

Haut de page
Communiqués de presse
Paris, le jeudi 20 juin 2019