Les marchés des viandes ont fait face à des évolutions majeures au cours des vingt dernières années, tant du point de vue de l’offre que de la demande : ils ont en effet connu un processus de concentration des acteurs, ce que souligne une étude récente de FranceAgriMer
1, ainsi qu’une forte croissance de la consommation dans les pays émergents. Ces évolutions ont contribué à conférer à ce secteur une importance de plus en plus stratégique. Néanmoins, ces mutations structurelles ne sont pas sans comporter des risques pour l’avenir, et peuvent, in fine, contribuer à exacerber des tensions déjà fortes sur les marchés agricoles internationaux.
Le secteur des viandes est en pleine expansion. Ainsi, les échanges mondiaux de viande ont augmenté de 57% entre 2000 et 2010. Dans le même temps, la demande mondiale ne s’est accrue que de 6% et la majeure partie de cet accroissement est imputable aux pays émergents tels la Chine et la Corée du Sud (+20% entre 2000 et 2010) ou la Russie (+50% entre 2000 et 2010), pour lesquels les marges de progression sont encore importantes. Aux Etats-Unis et dans l’Union européenne en revanche, la consommation est restée stable ou a même baissé.
Dans un tel contexte, la structure des marchés de la viande s’est modifiée et les stratégies des entreprises y évoluant se sont adaptées. Elles ont cherché à se développer pour atteindre la taille critique en s’internationalisant davantage afin de réduire et de sécuriser leur circuit de distribution, mais aussi de tirer parti d’avantages liés aux taux de change ou au différentiel des coûts de la main d’œuvre et de l’aliment du bétail.
Ainsi, ces entreprises ont opéré de nombreuses fusions et acquisitions, participant à une concentration massive du secteur et aboutissant à la constitution de géants mondiaux. Le phénomène a d’abord concerné les Etats-Unis au début des années 1990, le Brésil dans les années 2000 et enfin plus récemment la Chine. De grands groupes tels que Smithfield Foods, Tyson Foods et Cargill aux Etats-Unis, JBS, Marfrig et Brasil Foods au Brésil, ou encore Shuanghui, People’s Food et Nanjing Yurun Food en Chine se sont ainsi progressivement imposés comme des acteurs incontournables.
Au départ spécialisées dans un seul secteur et implantées nationalement, elles sont devenues de véritables multinationales présentes sur plusieurs productions animales et sur différents continents. L’exemple de Tyson Foods est emblématique de cette évolution : créée en 1935 et initialement spécialisée dans la commercialisation de poulets, l’entreprise a progressivement investi le secteur porcin et bovin. Réalisant un chiffre d’affaires de plus de 28 milliards de dollars en 2010, elle possède aujourd’hui des unités de production à l’étranger et exporte vers une centaine de pays.
Il est fort à parier que les turbulences aujourd’hui observées sur le secteur des viandes ne se prolongent, voire ne s’amplifient en 2012 du fait de la conjonction de deux facteurs : la croissance d’une part de la demande dans les pays émergents, amenée à se renforcer ; et les tensions d’autre part observées sur les cours des céréales, marché « amont » des viandes, probablement appelées à perdurer dans un contexte de financiarisation accrue.
1 http://www.franceagrimer.fr/Projet-02/08publications/elevage/global-players-08-2011.pdf