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Une variabilité accrue de la production
par Daryll E. Ray & Harwood D. Schaffer,
Agricultural Policy Analysis Center (APAC)
Depuis la grande sécheresse qui a touché la Russie l’été dernier et sa décision de stopper ses exportations de céréales, les prix du blé et ceux des autres matières premières agricoles ont explosé, créant un nouveau vent de panique et faisant craindre la résurgence d’une crise alimentaire aussi importante que celle de 2008.
Face à cette situation, les experts réfléchissent à la meilleure politique à mettre en œuvre pour limiter la volatilité des matières premières agricoles. Si de nombreuses propositions sont avancées, l’idée de créer des stocks de réserve alimentaires est une de celles qui revient le plus fréquemment.
C’est ce que proposent notamment Daryll E.Ray et Harwood D.Schaffer, experts du think tank américain Agricultural Policy Analysis Center (APAC)1, dans un édito daté du 24 septembre dont nous recommandons la lecture.
La rédaction de momagri
Au cours de la décennie 1996-2006, le monde s'est habitué à des niveaux stables de production agricole. Les problèmes de production dans une partie du monde étaient rééquilibrés par une production accrue ailleurs. Dans un tel monde, il était facile de soutenir que les réserves alimentaires étaient inutiles puisqu’il y avait toujours quelqu'un prêt à exporter des stocks excédentaires.
Cette année, la sécheresse en Europe de l'Est et le temps pluvieux aux Etats-Unis ont amené les acteurs a anticipé une réduction des stocks de cultures et les prix ont augmenté. Il y a trois ans, un scénario similaire a pu être constaté bien que différent et plus extrême, qui a conduit à une augmentation fulgurante des prix des cultures entraînant ainsi embargos, émeutes de la faim, et augmentation du nombre de personnes dans le monde souffrantes de la faim.
La variabilité de la production des cultures, observée depuis 2006, est-elle le résultat des forces naturelles ou du changement climatique ? Il est probablement trop tôt pour attribuer ces événements précis à une cause ou l'autre.
Ce que nous savons, c'est que par le passé, il y a eu des décennies comme celle de 1996 à 2006 qui ont connu peu de problèmes de production et des décennies, comme dans les années 1930, où ces problèmes semblaient se produire régulièrement. Le changement climatique, nous dit-on, a le potentiel d'augmenter la variabilité et même d’entraîner un changement des zones de production mondiales.
Quelle que soit la cause de problèmes erratiques de production, la politique requise pour protéger les producteurs et les consommateurs reste la même : les réserves.
Il y a peu de temps, nous étions parmi les rares à demander une discussion sur cette question des réserves. On nous a répondu que nous nous accrochions à des politiques du passé qui avaient échoué et que la mondialisation réglerait le problème. Puis vint 2007 et 2008 et certains, à la FAO, ont délicatement abordé la question en tant qu’élément de la sécurité alimentaire, en particulier pour les plus pauvres. L'International Policy Research Institute, mieux connu en tant qu'IFPRI, a proposé un plan qui comprenait des réserves physiques limitées ainsi que d'autres mécanismes.
Cette année, la Russie a connu des conditions météorologiques trop chaudes et trop sèches, alors que chez nous le temps était trop humide au mauvais moment. Les prix ont commencé à flamber en conséquence. Maintenant, nous constatons que dans leurs pages éditoriales, les journaux britanniques The Economist et The Financial Times, appellent à la constitution de réserves. Il est de plus en plus évident que les structures commerciales ne sont pas incitées à détenir des réserves et que dans le même temps, la production agricole mondiale n'est pas suffisante pour répondre aux besoins croissants. D’où le besoin de réserves publiques.
Comme la recherche agricole continue de faire grimper les niveaux de rendement, nous devons utiliser les années de surplus de production pour créer des réserves qui seront assez conséquentes pour parer, dans la même année, à des problèmes simultanés de production dans deux zones distinctes, ou dans des zones exportatrices majeures.
La présence des réserves stabilisera les marchés dans les années de production adéquates mais serrées, tout en les rassurant contre les perturbations qui auront lieu lors des périodes où la production est insuffisante.
S'il est évident que les réserves peuvent protéger les consommateurs (en leur garantissant des stocks suffisants), les agriculteurs craignent que les réserves puissent les priver de la possibilité d'obtenir un prix juste pour leur récolte. Nous avons souvent entendu dire que les réserves mettent les marchés en porte-à-faux, ce qui se traduit par des prix qui sont inférieurs aux coûts de production. Avec des politiques de réserves mal administrées, cela a certainement été le cas.
Il s’agit de garder les règles de mise sur le marché à l’écart des fluctuations des prix normaux. Pendant les dernières années des « réserves appartenant aux agriculteurs » (Farmer-Owned-Reserve), les règles de mise sur le marché ont été totalement éliminées, sabotant le concept de réserves. D'autre part, il est important de noter que durant la période 1998-2001, les prix sont demeurés bien inférieurs aux coûts de production en l’absence de réserves.
Pour être juste envers les consommateurs, les réserves doivent être suffisamment grandes pour les protéger contre de trop grandes fluctuations de prix. Le programme de réserve doit être suffisamment crédible, afin de minimiser les perturbations dans les échanges internationaux, en imposant des restrictions commerciales et une restriction sur les provisions réalisées par les pays exportateurs et importateurs. Pour être juste envers les agriculteurs, le prix plancher doit être suffisamment élevé pour leur assurer qu'ils puissent gagner la majeure partie de leurs revenus sur les marchés.
Daryll E. Ray holds the Blasingame Chair of Excellence in Agricultural Policy, Institute of Agriculture, University of Tennessee, and is the Director of UT’s Agricultural Policy Analysis Center (APAC). Harwood D. Schaffer is a Research Assistant Professor at APAC.
1 http://www.agpolicy.org
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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