Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Une révision des politiques s’impose pour sauver l’économie mondiale d’une sixième année consécutive de faible croissance



Communiqué de presse de la CNUCED



A l’opposé des habituelles approches panégyriques de la mondialisation développées par l’OMC
1 ou l’OCDE, la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) livre une analyse sévère des effets de la globalisation sur les pays en développement (PED) dans son rapport 2016 sur le commerce et le développement.

Dans un long communiqué de presse présentant les conclusions de ce rapport, et dont nous reproduisons ci-après des extraits
2, l’institution onusienne appelle à un véritable changement de paradigme après trois décennies marquées par une libéralisation des échanges sans contrôle et une absence de recul face au court-termisme des marchés laissés à eux-mêmes.

La CNUCED invite en effet les pays les plus pauvres à réviser leurs stratégies de développement en adoptant un positionnement plus lucide vis-à-vis des avantages et des limites de l’intégration dans les échanges internationaux. Trois points sont plus particulièrement mis en lumière : i) alors que l’ouverture aux flux financiers devait permettre une arrivée de capitaux à investir dans les PED, la CNUCED constate l’inverse, le flux net de capitaux vers les pays pauvres est devenu négatif ; ii) alors que l’ouverture commerciale devait permettre à chaque pays de trouver sa spécialisation productive, la CNUCED constate que l’intégration dans les chaines de valeur mondiales fait que « le pouvoir de négocier et de fixer les prix appartient surtout aux grandes entreprises du secteur » ; iii) alors que l’accès au marché des pays développés et à leurs consommateurs devait être le moteur de la croissance des PED, la CNUCED constate que mise à part la Chine, les autres pays n’en profitent pas du fait des politiques de rigueur et de l’erosion des classes moyennes au Nord.

Pour sortir de cette nasse, l’Institution onusienne préconise en particulier « une meilleure coordination des politiques au niveau international, notamment entre les pays d’importance systémique du G20 ». Ce rapport de la CNUCED est finalement un plaidoyer pour que les PED s’émancipent et valorisent leurs propres ressources, à l’image de l’Asie qui « en 2014 [...] à elle seule a représenté 90% des exportations manufacturières des pays en développement dans le monde et 94% du commerce des articles manufacturés dans les pays du sud ».

En substance, la CNUCED invite les PED à construire leur propre stratégie de développement en investissant dans les infrastractures, en protégeant les secteurs naissants et en augmentant la demande intérieure. Bref, plus que jamais il s’agit de se rappeler que le développement est fait de choix et de volontés politiques qu’il ne faut pas attendre de la main invisible des marchés une aide providentielle.


La rédaction de momagri




Selon la CNUCED, l’économie mondiale ne pourra être remise sur pied que si les dirigeants mondiaux adoptent des mesures macroéconomiques plus audacieuses, une réglementation financière plus stricte et des politiques industrielles actives.

Dans la livraison de cette année de son Rapport sur le commerce et le développement, l’organisme des Nations Unies présente le ralentissement de l’activité économique dans les pays développés comme le principal frein à la croissance mondiale, mais précise que cette tendance à la baisse a maintenant gagné les pays en développement.

« Partout dans le monde, les décideurs font face à une situation problématique, caractérisée par une faiblesse des investissements, un recul de la productivité, une stagnation du commerce, un creusement des inégalités et une augmentation de la dette », a déclaré M. Mukhisa Kituyi, Secrétaire général de la CNUCED. Il a ajouté que « les solutions à cette situation supposent un réexamen de grande ampleur, et non la simple poursuite du statu quo ».
(...)
Après être brièvement revenu des profondeurs de la crise financière mondiale, le commerce international a connu un recul encore plus marqué, sa croissance chutant à seulement 1,5 %, à un point de pourcentage en dessous de celle de la production mondiale ; selon la CNUCED, ce recul s’explique principalement par la faiblesse de la demande mondiale et par la stagnation des salaires réels. Si les décideurs ne parviennent pas à atténuer les conséquences négatives de l’action incontrôlée des forces du marché mondial et font le choix du protectionnisme, ils pourraient déclencher un cycle vicieux de baisse généralisée.
(...)

Réglementation du secteur financier - un crédit à taux réduit, mais un investissement toujours à la traîne

Comme l’a indiqué M. Richard Kozul-Wright, chef de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement de la CNUCED et principal auteur du rapport, « les adeptes de l’efficience des marchés avaient promis que la déréglementation financière relancerait l’investissement productif ; or, il n’en a rien été ».

« La hausse des bénéfices s’est accompagnée d’une augmentation des dividendes, de rachats d’actions et de fusions-acquisitions, mais pas de dépenses d’installation et d’équipement, ni même de travaux de recherche et d’acquisition de compétences », a-t-il ajouté.

Les entreprises ne réinvestissent pas leurs bénéfices dans les capacités de production, les emplois ou une croissance autonome. Pour preuve, alors que la part des bénéfices a augmenté, les investissements du secteur privé sont inférieurs de plus de trois points de pourcentage à leur niveau d’il y a trente-cinq ans. La relance de la croissance par la politique monétaire et le crédit à taux réduit a renforcé cette tendance.

Le rapport de la CNUCED montre que les pays en développement sont devenus de plus en plus vulnérables face à l’instabilité des marchés financiers mondiaux et, plus particulièrement, aux flux massifs de capitaux spéculatifs, et que la déréglementation financière dans les pays émergents commence à se traduire par une baisse des ratios investissements/bénéfices des entreprises, avec des effets défavorables sur la croissance économique à long terme. Dans des pays comme le Brésil, la Malaisie et la Turquie, ces ratios ont considérablement diminué à partir du milieu des années 1990. Dans les pays en développement, les flux nets de capitaux sont devenus négatifs au deuxième trimestre 2014. Les sorties de capitaux ont représenté plus de 650 milliards de dollars en 2015 et 185 milliards de dollars au premier trimestre 2016.

Selon le rapport de la CNUCED, malgré un répit au deuxième trimestre 2016, il subsiste un risque de spirales déflationnistes: la fuite des capitaux, les dépréciations monétaires et l’effondrement des prix des actifs pourraient entraver la croissance et réduire les recettes publiques. Plusieurs pays exportateurs de produits de base sont déjà surendettés et, à moins que des procédures plus rationnelles de renégociation de la dette ne soient mises en place, le pire est à craindre.

La situation est alarmante, notamment si l’on en juge par l’explosion de la dette des entreprises dans les pays émergents, qui dépasse actuellement 25 000 milliards de dollars.

Cet endettement massif a coïncidé avec l’accumulation d’actifs financiers et le détournement des investissements vers des secteurs de rente, extrêmement cycliques et d’un intérêt stratégique limité sur le plan du rattrapage économique (fig. 3), tels que les secteurs du pétrole et du gaz, des activités extractives, de l’électricité, de l’immobilier et des services non industriels.
(...)
Les pays développés peuvent contribuer à l’instauration d’une croissance mondiale durable en conjuguant une politique budgétaire volontariste, notamment en matière de dépenses d’infrastructure, une politique monétaire d’accompagnement et des mesures redistributives (politiques des revenus, lois sur le revenu minimum, progressivité de l’impôt et programmes d’amélioration de la protection sociale adaptés au contexte local). Ces moyens d’action peuvent aussi ouvrir la voie à une réglementation contre la financiarisation des entreprises et de l’économie mondiale.

Selon le rapport de la CNUCED, les pays en développement devraient renforcer la demande intérieure, recourir à la réglementation pour se protéger des risques de la financiarisation au niveau national et préserver leur marge de décision et d’action budgétaire pour pouvoir surmonter des chocs imprévus.

Bon nombre de ces mesures nécessiteront une meilleure coordination des politiques au niveau international, notamment entre les pays d’importance systémique du G20.

Hausse de la productivité du secteur manufacturier dans les pays du Sud

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En 2014, l’Asie à elle seule a représenté 90 % des exportations manufacturières des pays en développement dans le monde et 94 % du commerce des articles manufacturés dans les pays du Sud. Les pays de l’Asie de l’Est et de l’Asie du Sud-Est, en particulier, ont su faire de leurs exportations manufacturières une grande source de valeur ajoutée.
(...)
La mise à niveau technologique ou les économies d’échelle dans des secteurs donnés peuvent offrir des solutions. Cependant, avec l’extension des chaînes de valeur mondiales, dans lesquelles le pouvoir de négocier et de fixer les prix appartient surtout aux grandes entreprises du secteur, les entreprises des pays en développement ont plus de difficultés à accéder aux marchés et à profiter de retombées économiques, alors que la moindre hausse de productivité est répercutée à l’étranger à travers la baisse des prix.


1 http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0211371833281-mobilisation-generale-pour-sauver-le-soldat-commerce-(...)
2 http://unctad.org/fr/Pages/PressRelease.aspx?OriginalVersionID=324


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Paris, le jeudi 23 novembre 2017