Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Une nouvelle science pour des systèmes alimentaires durables



Groupe International d’Experts sur les Systèmes Alimentaires durables (IPES-Food)



Olivier de Schutter n’a pas dit son dernier mot. Après avoir quitté ses fonctions de rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, il y a un peu moins d’un an, Le Belge a depuis participé à la mise en place d'un groupe international d'experts calqué sur le modèle du GIEC (climat). Ce panel composé de 18 experts, appelé IPES-Food, ambitionne de jeter des ponts entre la communauté scientifique et les décideurs.

Nous reproduisons ci-après des extraits du premier rapport de l’IPES-Food
1. Ainsi, pour ces experts, si d’importants efforts politiques et scientifiques ont été consentis en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire, notre modèle agricole demeure largement perfectible.

Dans la droite ligne d’Olivier de Schutter, ce premier rapport appelle ainsi à une vision renouvelée de la gouvernance agricole et alimentaire mondiale, reposant notamment sur une approche holistique capable de garantir la sécurité alimentaire et la gestion durable des ressources, et ce dans le cadre d'un modèle économique intégré.

Encourager la mise en œuvre d’institutions et d’une gouvernance favorables à l’amélioration de la sécurité alimentaire demeure plus que jamais un but crucial à atteindre. Pour y parvenir, Momagri plaide pour la création d’un Conseil de Sécurité Agricole mondial sur le modèle du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour anticiper et faire face aux crises alimentaires grâce à une coopération internationale renforcée.


La rédaction de momagri



Au cours des dernières années, et plus particulièrement depuis les pics des prix mondiaux des aliments de 2007-2008, les communautés scientifiques et politiques portent leur attention sur plusieurs problèmes au sein des systèmes alimentaires mondiaux. Ceux-ci vont de la dénutrition persistante aux taux d’obésité en plein essor, des expulsions des terres à une empreinte environnementale croissante de l'agriculture, de la diminution des stocks de poissons au gaspillage alimentaire. Ce n’est pas seulement les initiatives politiques qui ont proliféré en réponse à ces défis, mais également les groupes d'experts, les évaluations scientifiques et des projets de recherche visant à générer des connaissances sur ces problèmes.

Cependant, malgré la mobilisation des communautés politiques et scientifiques autour des diverses questions liées aux systèmes alimentaires, la tâche reste inachevée.

Il y a eu, par le passé, une tendance à résoudre les problèmes en tant que pièces individuelles d’un puzzle et à négliger les relations de pouvoir qui jouent un rôle majeur dans l'élaboration de ces systèmes. Ainsi, la connaissance de ceux qui sont affectés par les problèmes liés aux systèmes alimentaires n'a pas été pleinement exploitée dans la définition même des problèmes et dans le diagnostic des solutions.

Le défi donc est de définir une image globale des systèmes alimentaires et leur économie politique, de sorte qu’elle traverse toutes les disciplines scientifiques bien au-delà des limites traditionnelles de la communauté scientifique. Générer l’opportunité de connaissances des systèmes alimentaires autour d'un noyau scientifique, politique et pratique doit maintenant être saisie. Ainsi, pour accélérer la transition vers des systèmes alimentaires durables, une nouvelle science des systèmes alimentaires est nécessaire.

Les constellations politiques

Les systèmes alimentaires se réfèrent non seulement aux opérations de marché, mais également aux cadres institutionnels et réglementaires qui influent sur ces systèmes. L'intervention du gouvernement ne doit plus être considérée comme une influence exogène qui peut être activée ou désactivée avec des effets prévisibles. Concernant les systèmes alimentaires, les interventions politiques vont bien au-delà des stocks de céréales ou de la mise en place des prix agricoles.

Plusieurs domaines politiques doivent être pris en compte : les subventions aux intrants agricoles, les politiques commerciales et d'investissement, les règles de santé et de sécurité au travail et les mécanismes d'inspection du travail, les normes nutritionnelles, les règlements fonciers, les subventions pour l'énergie, la réglementation environnementale, les pratiques de passation de marchés publics, les règlements de la sécurité alimentaire, les politiques sociales en vue de fournir de la nourriture aux communautés pauvres ou qui garantissent un salaire minimum aux travailleurs agricoles, et les différentes façons d'informer et d'influencer le comportement des consommateurs.

En conséquence, si le poulet est emballé et vendu en filet individuel, c’est parce que les emballages en plastique peuvent être utilisés abondamment grâce aux politiques énergétiques qui subventionnent l'extraction des combustibles fossiles, ou aux conseils de santé sur la viande qui ont influencés les habitudes des consommateurs. En outre, certaines décisions portant sur les filets de poulet peuvent être influencées par des barrières commerciales faibles ou certaines règles de sécurité alimentaire. Ces décisions peuvent ainsi permettre la vente de morceaux de poulet à bas prix dans certains pays et pas dans d'autres. Il peut également s’agir de préférences entre l’agro-industrie et les détaillants concernant un choix de races de poulet à produire par les éleveurs.

Le potentiel des politiques d'incitation visant à réorienter les modes de production est démontré avec l'émergence de secteurs « d’exportation de produits de base » dans divers pays et régions, en réponse aux ouvertures commerciales et aux politiques agricoles exportatrices. Les cadres réglementaires autour de la sécurité alimentaire et les préoccupations des consommateurs qui les sous-tendent, sont un autre facteur clé dans l'élaboration des systèmes alimentaires contemporains. Au début du 20ème siècle, en Europe occidentale, l’intoxication (bactérienne ou chimique) des eaux et de la nourriture a été une cause majeure de mortalité (voir par exemple Satin, 2007). L’amélioration de l'hygiène, des technologies et de la médecine a éradiqué ces pathologies dans les pays les plus riches.

Néanmoins, elles demeurent une source de préoccupation majeure dans de grandes parties du monde, avec des risques supplémentaires en raison de la mauvaise utilisation des aliments modernes transformés (préparations pour nourrissons, aliments congelés, etc…). Parallèlement, les consommateurs des pays du Nord sont de plus en plus préoccupés par les additifs, les conservateurs et les produits chimiques, qui se trouvent dans les aliments (Gaskell et al, 2011). La méfiance des consommateurs envers les producteurs d'aliments, et les réponses politiques et réglementaires apportées à cette méfiance, sont des facteurs clés pour la mise en œuvre de systèmes alimentaires modernes, et l'analyse de systèmes de nourriture holistique.



1 Retrouvez l’intégralité du rapport en suivant ce lien
http://www.ipes-food.org/images/Reports/IPES_report01_1505_web_br_pages.pdf



Haut de page
Paris, le samedi 23 septembre 2017