Un nouvel indicateur d’évaluation prochainement disponible
pour évaluer conjointement la sécurité alimentaire d’un pays
au regard de l’efficience de son système économique
La rédaction de momagri
Au-delà des turbulences économiques générées, la crise de 2008 s’est également accompagnée d’une remise en cause formelle de certains dogmes tenant à la fois au fonctionnement des marchés, et aux effets bénéfiques de certaines politiques commerciales sur le développement, notamment des pays les plus pauvres.
Ainsi en a-t-il été de la libéralisation non régulée des échanges sur la sécurité alimentaire. Longtemps envisagée comme le remède à la plupart des maux que connaissent les économies en matière de croissance et de développement, la libéralisation totale des échanges agricoles était censée améliorer la situation des pays les plus pauvres, tant sur le plan économique qu’alimentaire, sans entraver celle des pays développés.
Mais de plus en plus de voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer ce raccourci intellectuellement séduisant mais erroné, comme l’a souligné à de nombreuses reprises Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le Droit à l’Alimentation. Sans être les seuls facteurs explicatifs, la libéralisation croissante des échanges agricoles et le démantèlement des mécanismes de régulation sont à l’origine de la volatilité croissante des prix des produits agricoles observée depuis le début des années 2000, et ont joué un rôle dans la montée de l'insécurité alimentaire mondiale. Ironie du sort, c'est au lendemain de la déclaration des Objectifs du Millénaire pour le Développement (1995) que l'insécurité alimentaire a commencé à s’aggraver, pour ne plus s'arrêter depuis.
Toute la difficulté à laquelle se heurtent les experts et décideurs se résume à la question suivante : comment optimiser la sécurité alimentaire d’un pays sans entraver son efficience économique, et inversement ?
La réponse à cette question est capitale, car elle conditionne les modalités de poursuite de nombreuses négociations en cours, avec un enjeu l’efficacité des politiques structurelles déployées au niveau international pour atteindre un but largement partagé : générer une croissance « durable » et combattre la faim dans le monde.
Or, il n’existe à ce jour aucun indicateur de suivi qui fasse le pont entre les notions de sécurité alimentaire et d’efficience économique. C’est pour combler ce vide que le think tank momagri a initié en 2010 la construction d’un nouvel indicateur, dans le cadre du développement de son projet d’agence de notation. Il vise à évaluer conjointement la situation d’un pays au regard de sa sécurité alimentaire et de l’efficience de son système économique, de manière à disposer d’un outil de pilotage et d’aide à la décision de premier plan.
Cet indicateur, que nous avons nommé OSE (Optimum Sécurité alimentaire Efficience économique) modélise chacune des dimensions qui composent ces deux notions. Pour la sécurité alimentaire, il s’agit des dimensions qualitative, quantitative, microéconomique et macroéconomique. Pour l’efficience économique, les prix, leur stabilité, leur faible volatilité (une économie efficiente permet des arbitrages immédiats effaçant les écarts de prix par des entrées ou des sorties dans la branche) et la croissance.
Les principes fondateurs et de modélisation ont été définis. Les équations qui le composent ont été établies. Un échantillon représentatif de huit pays a été construit. Les experts en charge de sa construction procèdent actuellement aux tests de sensibilité nécessaires.
Les premiers résultats seront publiés à la fin de l’année 2011 dans un rapport qui présentera également la méthodologie retenue, les théories sous-jacentes utilisées et les principes fondateurs qui structurent cet indicateur.
Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de ces résultats et des enseignements que l’on pourra en tirer.
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