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Synthèse de la présentation de Ghyslain Loyer faite lors du colloque momagri le 19 Octobre 2006 au Sénat 1 | 30 octobre 2006 | « L’agriculture mondiale en panne de stratégie : comment concilier libéralisme et développement ? » « Il est important pour notre nation de cultiver des denrées alimentaires pour nourrir notre peuple. Peut-on imaginer un pays qui ne soit pas capable de produire assez de nourriture pour nourrir sa population? Cette nation serait soumise à la pression internationale. Cette nation serait en danger. Ainsi, lorsque nous parlons de l’Agriculture …, nous parlons réellement d’une question de sécurité nationale. » (Georges W. Bush) 1. Quels sont les coûts induits d’une libéralisation sans règle Pour répondre à cette question, j’aimerais vous faire partager quelques observations qui à notre avis sont les coûts induits d’une libéralisation sans règle. Trois exemples récents démontrent en effet qu’une libéralisation des échanges agricoles sans règle est susceptible d’engendrer des effets pervers, aussi bien pour les producteurs que les consommateurs : > 1. Il est avéré que les agriculteurs du Royaume-Uni ont été les grands perdants à la suite de la déréglementation des marchés agricoles et de l’élimination du Dairy Board durant les années 1990, comme le démontre le graphique ci-dessous.
| | > 2. Durant la crise de la vache folle (ESB) que nous avons connu au Canada en mai 2003, la frontière canadienne a été fermée après la découverte d’un seul cas de vache contaminé. Si, à la suite de cette découverte, les prix payés aux producteurs se sont littéralement effondrés (-64% en moyenne), force est de constater que les consommateurs n’en ont pas bénéficié. Ce sont les abattoirs et les détaillants qui ont fait des profits sans précédents suite à cette période. | | | > 3. Enfin, étrange coïncidence, il s’avère que depuis la signature de l’Accord de libre-échange Canada - États-Unis au tournant des années 1980, de l’Accord de libre-échange nord américain et l’application des règles de l’Accord du Cycle d’Uruguay en 1994, le revenu net des agriculteurs canadiens stagne et même se détériore bien que les exportations aient été multipliées par trois, comme le montre le graphique ci-dessous. | | Ces observations, qui contredisent les bienfaits soit disant systématiques d’une libéralisation des échanges, sont appuyées par de nombreuses études théoriques, comme celles menées par les professeurs Ray et de la Torre, chercheurs à l’APAC2 , qui démontrent que la libéralisation des marchés, en démantelant les mécanismes de contrôle de l’offre et de soutien des prix, est responsable de l’effondrement des prix dans les secteurs des céréales et des oléagineux aux États-Unis. 2. N’est-il pas utopique de rêver à une régulation de l’offre? Il n’est pas utopique de rêver à une régulation de l’offre comme le démontre l’expérience canadienne. Il y a 30 ans, une gestion de l’offre fut mise en place dans cinq productions : les œufs de consommation, les œufs d’incubation, le lait, le dindon et le poulet pour : > Équilibrer l’offre à la demande en stabilisant la production. > Rééquilibrer les forces du marché. > Contrer la volatilité des marchés et stabiliser les revenus des producteurs agricoles. > Obtenir des prix équitables reflétant les coûts de production. > Veiller à ce que les consommateurs aient accès à un approvisionnement suffisant, de grande qualité et à des prix compétitifs. > Mettre fin à l’injection massive de fonds gouvernementaux en soutien aux producteurs. Et, il est apparu que : A. La gestion de l’offre maximise l’efficacité de la filière et permet aux producteurs canadiens d’obtenir une part plus équitable du prix de détail, sans pour autant faire payer plus cher les produits finaux aux consommateurs, comme l’indique la figure suivante. | | B. La gestion de l’offre bénéficie également aux transformateurs en favorisant l’équité dans les conditions d’achat, la stabilité et les anticipations des prix, un approvisionnement régulier et prévisible en produits de qualité et des profits appréciables (21% de rendements sur le capital investi). C. La gestion de l’offre est un modèle avantageux pour la société et les gouvernements. En effet : > Il n’y a pas de subventions à verser pour soutenir le revenu. Le coût d’opportunité d’une telle mesure est ainsi estimé à 3 milliards de dollars par an. > La bonne santé du secteur agricole contribue directement à la bonne santé de l’économie. > La régulation de l’offre favorise le développement rural, la durabilité de l’environnement, et un modèle d’agriculture durable à échelle humaine. > Enfin, elle assure la cohabitation des petites et des grandes entreprises à tous les paliers de la mise en marché. 3. À quels enjeux fait face actuellement l’agriculture canadienne? A. Les producteurs agricoles canadiens se trouvent dans une situation économique critique… > Ils traversent une crise des revenus nets sans précédent. > Ils sont soumis à une fort endettement qui précarise le secteur. > Ils pâtissent d’une absence de relève : l’âge moyen des exploitants agricoles ne fait qu’augmenter depuis 15 ans (47 ans en 1991 – 50 ans en 2001). B. … dont les négociations de l’OMC sont en partie responsables > L’OMC n’intègre pas dans son analyse certains outils macroéconomiques, comme les taux de change. Or, l’augmentation accélérée du taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain (+ 40 % en trois ans) nuit directement à la compétitivité à l’export des producteurs canadiens, et notamment des producteurs de porcs qui exportent environ 50% de leur production aux États-Unis. > Les négociations à l’OMC visent à démanteler l’ensemble des barrières à l’échange. Or, la disparition des mécanismes de régulation de l’offre dans les céréales aux États-Unis au milieu des années 1990 a entraîné des versements de subventions sans précédent dans ce secteur pour combler le manque à gagner. Selon l’Agence des services frontaliers du Canada, à cause du Farm Bill, le prix des céréales est 65 $ la tonne en dessous de ce qu’il devrait être (25 $ la tonne en dumping et 40 $ la tonne en subvention). À l’image de la digue qui s’est fissurée en Louisiane en 2005, la baisse des tarifs fissurerait nos barrières tarifaires, laissant pénétrer de façon incontrôlée les produits en provenance de l’extérieur. Même en payant des tarifs de plus de 200 %, plusieurs produits, comme le poulet en provenance du Brésil ou le beurre en provenance de la Nouvelle-Zélande ou les œufs en provenance des États-Unis peuvent pénétrer sur notre territoire. C’est vous dire à quel point la situation des agriculteurs canadiens est précaire. Il est donc primordial de se doter de règles justes et équitables pour que les pays qui se donnent comme objectif d’être souverain dans des denrées essentielles puissent l’atteindre. En ce qui concerne une régulation internationale des marchés agricoles, nous pensons qu’il faut procéder par étapes en organisant tout d’abord le marché sur une base nationale, comme le Canada l’a fait avec la gestion de l’offre, puis en multipliant les ententes régionales et enfin internationales.
| 1Ghyslain Loyer est Vice-président de l’Office canadien des producteurs d’œufs d’incubation et président du Syndicat des producteurs d’œufs d’incubation au Québec 2 Agricultural Policy Analysis Center | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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