Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Sommes-nous en train de nous diriger vers un « mur alimentaire » ?



Peter Shelton, Information and Knowledge Management Specialist,


Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI)



L’été dernier, la hausse des prix consécutive à la sécheresse aux Etats-Unis et dans la région de la mer Noire a conduit la communauté internationale à craindre une nouvelle crise alimentaire mondiale, similaire à celles qui s’étaient produites en 2007/8 puis 2010. Si ces craintes se sont apaisées au cours de l’automne, la menace d’une crise alimentaire est loin d’avoir été écartée de façon définitive. Comme l’a soulignée Josette Sheeran, vice-présidente du forum économique mondial et ancienne directrice générale du Programme alimentaire mondial des Nations unies lors d’une conférence qui s’est tenue à l’IFPRI le 4 décembre dernier, le monde risque bien de se heurter à un « mur alimentaire » (« food cliff ») dans les années à venir. Nous vous recommandons la lecture du compte rendu de son intervention, rédigé par Peter Shelton et publié sur le site de l’IFPRI1. Il montre bien comment les dernières données sur la production agricole et la faim dans le monde laissent entrevoir un avenir incertain pour la sécurité alimentaire mondiale, dans un contexte marqué par la forte croissance de la consommation alimentaire mondiale, l’hypervolatilité des prix agricoles, le changement climatique et la faiblesse des stocks alimentaires mondiaux. Alors que les risques pesant sur la production agricole et la consommation alimentaire ont rarement été aussi élevés, Josette Sheeran pense que le monde est entré dans « une ère de crise alimentaire permanente ». Pour y faire face, elle propose un nouveau paradigme pour l’agriculture et l’alimentation, reposant notamment sur un changement radical de la gouvernance agricole et alimentaire mondiale, afin que celle-ci soit plus intégrée, plus cohérente et plus efficace. En effet, sans une véritable gouvernance agricole et alimentaire mondiale, englobant et coordonnant les différents secteurs et acteurs impliqués dans les questions relatives à l’agriculture et la sécurité alimentaire, il semble illusoire d’espérer une amélioration durable de la sécurité alimentaire. Une telle gouvernance devra notamment permettre la mise en œuvre de politiques publiques de régulation, coordonnées au niveau international, visant à stabiliser les prix agricoles et à assurer des revenus suffisamment stables et rémunérateurs aux agriculteurs.

La rédaction de momagri




A l'heure actuelle, la plupart des Américains ont entendu parler de l'imminent « mur fiscal » (fiscal cliff), mais ont-ils entendu parler du « mur alimentaire » ? Selon Josette Sheeran, vice-Présidente du Forum Economique Mondial (FEM) et ancien Directeur exécutif du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM), heurter ce mur pourrait avoir des conséquences encore plus désastreuses et profondes que les difficultés financières de l'Amérique, et serait ressenti partout dans le monde par les générations futures.

Mme Sheeran a fait part de ses commentaires pendant la conférence annuelle – Martin J. Forman - mardi dernier à l'IFPRI - Washington, DC. Cette 22ème conférence rend hommage à l'ancien chef du bureau pour la nutrition de l'USAID (Agence des Etats-Unis pour le Développement International) pour sa contribution dans la recherche et la promotion internationale en nutrition.

Les dernières données relatives à la production alimentaire mondiale, l'approvisionnement, la faim et la malnutrition sont inquiétantes concernant notamment l'avenir de la sécurité alimentaire et la nutrition, a déclaré Josette Sheeran. Si on additionne le nombre total de calories alimentaires disponibles produites, il y a suffisamment de nourriture pour satisfaire les besoins caloriques de chaque homme, femme et enfant vivant sur la planète. Même après une perte de récoltes, les déchets et l’utilisation du fourrage pour les animaux, il y a suffisamment de quoi répondre aux besoins alimentaires de base, prétend Josette Sheeran.

Cependant, de toute évidence, les besoins de tous ne sont pas respectés : près d’1 milliard de personnes sont sous-alimentées et ce nombre ne fera que croître, car les la population mondiale risque d’atteindre 9,1 milliards en 2050. Josette Sheeran a déclaré que « au cours des 40 prochaines années, nous devrons produire plus de nourriture qu’au cours des 8 dernières années ! »

Toujours selon Josette Sheeran, des développements récents indiquent que le « mur alimentaire » est peut être plus proche que ce que l'on pensait. Durant les 11 dernières années (et plus particulièrement pendant 6 ans), la consommation alimentaire mondiale a dépassé la production et les réserves alimentaires sont maintenant « dangereusement basses », en particulier pour les céréales de base comme le blé et le maïs. Ainsi, la production de blé aux États-Unis a chuté de 20 pour cent cette saison en raison de la sécheresse, et les récoltes de blé dans l'UE, la Russie et l'Ukraine sont également faibles. La FAO prévoit que la production mondiale de blé sera inférieure à la demande en 2012-2013, et les prix du maïs pourraient augmenter de près de 180 pour cent en 2030, en partie et en raison de l’impact du changement climatique mondial. Selon Josette Sheeran nous rentrons dans « une ère de crise alimentaire permanente ».


Alors, que pouvons-nous faire?

Josette Sheeran propose un « paradigme du 21ème siècle » pour la nourriture et la nutrition, basé sur quatre grandes « modifications » avec des partenariats publics et privés. Tout d'abord, renforcer les partenariats pour produire et développer l'accès à une nourriture abordable, riche en nutriments et enrichie, tels que les cultures bio fortifiées et les paquets alimentaires d'urgence pour les personnes gravement sous-alimentées. Ensuite, investir auprès de petits agriculteurs, en particulier les femmes, et l'ensemble des chaînes de valeur agricoles. Ces investissements ont plusieurs avantages, non seulement ils permettent d’augmenter la production, mais également les revenus et réduire ainsi la pauvreté. Enfin, Josette Sheeran a invité son auditoire à changer sa façon de considérer l'ensemble du système alimentaire et nutritionnel pour former une « économie alimentaire circulaire » durable. Elle a cité le Projet Zéro Faim au Brésil et l'initiative Cultiver l'Afrique comme d'excellents exemples récents d’approches « vue d'ensemble ». Pour terminer, Josette Sheeran a recommandé la présence de dirigeants inspirés, prêts à prendre des mesures face à l’augmentation des problèmes liés à la sécurité alimentaire et la nutrition. Comme elle l'explique, lors de la crise alimentaire mondiale 2007-08, elle « ne savait pas qui appeler », car à l’époque il n'y avait pas une seule personne ou un organisme convenablement préparés pour prendre des mesures efficaces.

Le « mur alimentaire », en effet, pose un sérieux défi, mais Josette Sheeran a fait part de son espoir : le pouvoir de travailler ensemble, faire tomber les barrières, et former des partenariats novateurs pour éloigner du mur et aider des millions de personnes à sortir de la faim et de la malnutrition.


1 Pour lire l’article de Peter Shelton sur le site de l’IFPRI : http://www.ifpri.org/blog/are-we-headed-food-cliff. L’intégralité de la conférence est également disponible en podcast sur le site de l’IFPRI : http://www.podomatic.com/playlist/ifpri-webmaster/543562
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Paris, le mardi 2 septembre 2014