Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Sécurité alimentaire mondiale :
défis pour le système agricole et agro-alimentaire



OCDE



Le problème de la faim, interroge et mobilise. Il s’agit là de l’un des défis majeurs du monde contemporain. Pour relever ce défi, l’OCDE, dans un récent rapport dont nous reproduisons ici des extraits1, préconise une augmentation généralisée des revenus. Selon l’organisation, l’insécurité alimentaire tient davantage à la pauvreté et à l’insuffisance des revenus, qu’au prix des produits alimentaires. Ainsi l’OCDE préconise la mise en place de stratégies à long terme, au niveau national et international, pour favoriser une telle augmentation.

Ces stratégies devront surtout reposer sur le développement agricole dont le rôle est essentiel pour produire les revenus nécessaires à l’instauration de la sécurité alimentaire, surtout dans les pays les plus pauvres. Car à l’échelle mondiale, les deux tiers environ des pauvres vivent en milieu rural, où l’agriculture est le secteur dominant, ainsi que le soulève le rapport. Cette activité étant essentiellement conduite par de petits exploitants, « la priorité consiste à relever leurs revenus », ce qui peut être fait directement, via l’augmentation des revenus agricoles, et indirectement, par la création d’emplois non agricoles et la diversification des économies rurales.

N’en déplaise à l’OCDE, si l’augmentation des revenus agricoles notamment dans les PED est une mesure essentielle dans la lutte contre la faim au niveau mondial, occulter les effets dévastateurs de la volatilité des prix sur la sécurité alimentaire mondiale serait particulièrement préjudiciable. La lutte contre l’insécurité alimentaire passe également par une lutte contre la volatilité des cours agricoles. Une volatilité par ailleurs exacerbé par le démantèlement des soutiens publics et des mécanismes de régulation des marchés, de ces dernières décennies.

Tant que les politiques ne prendront pas en compte la défaillance intrinsèque des marchés marqués par une volatilité structurelle des prix et ne définiront pas des mécanismes adéquats pour assurer un revenu équitable aux producteurs agricoles, le monde agricole ira de crise en crise et la pauvreté et la faim s’accroitront.


La rédaction de momagri






L’éradication de la faim et de la malnutrition, de même que l’instauration de la sécurité alimentaire à plus grande échelle, comptent parmi les problèmes les plus épineux auxquels l’humanité est confrontée. Alors que beaucoup de pays auparavant pauvres connaissent aujourd’hui un développement rapide, la planète a globalement peu de chances d’atteindre le premier des objectifs du Millénaire pour le développement consistant à diminuer de moitié, entre 1990 et 2015, le pourcentage de la population mondiale qui souffre de la faim. Selon les chiffres de la FAO, le nombre total de personnes sous-alimentées dans les pays en développement est en recul, puisqu’il a été ramené d’un peu moins d’un milliard en 1990-92 à quelque 852 millions en 2010-12. Le rythme de réduction a néanmoins ralenti et les chiffres absolus demeurent obstinément élevés.

Le problème de la faim a été accentué par le prix élevé des denrées alimentaires. Dans les pays à faible revenu, les dépenses alimentaires représentent généralement 50% au moins du budget des ménages. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, comme la Chine et l’Inde, ce chiffre est d’environ 40%. Les agriculteurs ressentent les effets des prix alimentaires à la fois en tant qu’acheteurs et en tant que vendeurs.

Ceux qui disposent d’un accès suffisant à la terre et à d’autres ressources peuvent tirer profit de la hausse des prix, mais la majorité des pauvres des régions rurales – y compris de nombreux ménages d’agriculteurs – sont des acheteurs nets de produits alimentaires de base. En outre, des périodes, aussi courtes soient-elles, marquées par une perte de revenus peuvent inciter ces ménages à vendre des avoirs productifs à bas prix, s’enfermant ainsi dans le cercle vicieux de la pauvreté.

On a craint, à juste titre, que la hausse des prix alimentaires ne compromette la sécurité alimentaire de millions de personnes. Il ressort néanmoins de données récentes que si de nombreux ménages ont incontestablement connu de grandes difficultés, les pires craintes ne se sont pas concrétisées. Cela tient essentiellement à ce que la progression robuste des revenus dans de nombreux pays en développement a permis de compenser les effets de l’augmentation des prix alimentaires. La croissance vigoureuse de pays à revenu intermédiaire très peuplés, dont la Chine et l’Inde, où vit une grande partie de la population sous-alimentée, a contribué à cette situation mondiale.

Les prix jouent certes un rôle important, mais ne constituent pas le problème fondamental. La persistance de la faim dans le monde – principale manifestation de l’insécurité alimentaire – est un problème chronique, antérieur à la hausse des prix alimentaires. En effet, la planète comptait autant de personnes souffrant de la faim au début des années 2000, alors que les prix internationaux des produits alimentaires affichaient leur plus bas niveau historique, qu’elle en compte aujourd’hui.

La pauvreté et l’insuffisance des revenus demeurent les causes essentielles de l’insécurité alimentaire. Globalement, il y a suffisamment de nourriture disponible, mais beaucoup de gens sont trop pauvres pour l’acheter. Le resserrement des marchés alimentaires mondiaux, qui fait que la nourriture est moins disponible, accentue encore le problème de l’accessibilité financière. La réduction durable de la faim dans le monde passe donc par une augmentation généralisée des revenus. Des politiques et des investissements favorisant une telle augmentation devraient rendre moins nécessaires les mesures de court terme destinées à remédier aux conséquences de faible niveau des revenus, mais qui ne s’attaquent pas à ses causes sous-jacentes.

Or, tout le monde peut bénéficier d’une protection. Si les gens n’ont pas les moyens financiers de s’alimenter, les autorités nationales peuvent mettre en place un dispositif de protection sociale et des programmes de nutrition. Si les Etats ne disposent pas des ressources nécessaires, la communauté internationale peut combler le déficit de financement.


Le développement agricole a un rôle stratégique à jouer dans l’instauration de la sécurité alimentaire

Le développement agricole a un rôle essentiel à jouer pour produire les revenus nécessaires à l’instauration de la sécurité alimentaire, surtout dans les pays les plus pauvres. A l’échelle mondiale, les deux tiers environ des pauvres vivent en milieu rural, où l’agriculture est le secteur dominant. Les activités agricoles étant essentiellement conduites par des petits exploitants, la priorité consiste à relever leurs revenus, ce qui peut être fait directement, via l’augmentation des revenus agricoles, et indirectement, par la création d’emplois non agricoles et la diversification des économies rurales. Des stratégies publiques doivent appuyer ces deux méthodes de développement.

Dans une conjoncture de hausse des prix alimentaires, les conditions qui s’offrent aux petits exploitants agricoles pour développer des opérations commercialement viables sont plus favorables qu’elles ne l’ont été pendant de nombreuses années. Certains en tireront parti, ce qui en amènera d’autres à quitter le secteur de l’agriculture pour s’orienter vers de nouvelles activités, plus rémunératrices à terme. En effet, comme cela a été le cas dans tous les pays de l’OCDE, les perspectives pour la majeure partie des générations futures seront meilleures en dehors de l’agriculture que dans ce secteur.


1 Retrouvez l’intégralité du rapport en ligne en suivant ce lien http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/agriculture-and-food/securite-alimentaire-mondiale_9789264201354-fr#page1
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Paris, le vendredi 17 novembre 2017