Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Secteur laitier européen : 2014 ou le défi de l’avenir



La rédaction de momagri




2014 est une année charnière pour le secteur agricole européen et notamment français. Une année de mutation où l’Agriculture devra se préparer à de profonds changements en 2015. La fin de l’actuelle PAC, la future – et déjà controversée – loi d’avenir agricole en France, les élections européennes de mai prochain, l’approche de la disparition des quotas laitiers. Voilà autant d’enjeux auxquels doivent se préparer l’ensemble des professions agricoles et agroalimentaires européennes sur fond d’instabilité structurelle des marchés agricoles.

Ainsi, l’un des défis majeurs demeurera en 2014 l’hypervolatilité des prix agricoles, à la hausse comme à la baisse. Un défi particulièrement sensible pour le secteur laitier, en crise permanente depuis 2007, car la volatilité fragilise directement les revenus agricoles et la survivance des exploitations. Mais ce défi n’est pas le seul : la filière doit également faire face, surtout en France, au différentiel croissant entre les coûts de production et les prix et à des relations commerciales tendues entre producteurs, transformateurs et distributeurs.

En France, les exploitations laitières disparaissent : entre 2000 et 2010 plus d’un tiers des exploitations laitières ont fondu comme neige au soleil. Pour ne rien arranger à la situation, le dernier rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges 2013 révèle que, pour les éleveurs, la hausse du prix du lait ne compense pas la hausse du coût de production, ainsi le prix du lait est loin d’assurer à l’éleveur la même rémunération qu’en 2006.

Comment alors assurer, au niveau national et européen, la capacité à pérenniser l’activité de l’industrie laitière tout en maîtrisant les volumes ? Comment éviter le risque d’une rupture de la production laitière face à la demande dans un contexte de plus en plus incertain et finalement réinventer de nouveaux modes de régulation après la disparition des quotas laitiers à partir de 2015?


La solution pourrait-elle se trouver à Bruxelles ?

Le 16 décembre dernier, lors d’un Conseil de l’Agriculture présidé par Dacian Ciolos, les 28 Etats-membres adoptaient officiellement les règlements sur la réforme de la PAC qui entreront dans leur majorité en vigueur au 1er janvier 2015 et celui sur les mesures transitoires pour 2014.

Ce Conseil avait également été l’occasion pour Dacian Ciolos de présenter les résultats de la conférence sur le secteur laitier, qui s’est tenue le 24 septembre 2013, à laquelle avait participé momagri, et de poser notamment une question cruciale : dans quelle mesure et à quelles conditions les outils de gestion du marché dans la nouvelle PAC – filet de sécurité, organisations professionnelles et mesures d'urgence - seront-ils efficaces en cas de crise? Le Commissaire a invité le Conseil et le Parlement à organiser des débats qui viendront enrichir le rapport de la Commission sur ce sujet qui devrait être présenté d’ici le mois de juin 2014.

D’ores et déjà des pays comme la France ont salué la proposition du Commissaire de créer prochainement un observatoire des marchés, et souhaitent – en compagnie d’autres Etats-membres comme la Pologne, le Portugal, la Finlande, l’Autriche et l’Espagne – une réelle préparation à l’après-quota sous la forme de filet de sécurité en cas de crise. Mais déjà des dissensions apparaissent. Un groupe de pays réunissant le Luxembourg, l’Allemagne, le Danemark, l’Irlande et les Pays-Bas, souhaitent plus de souplesse et prévoient après la disparition des quotas d’augmenter sensiblement leur production laitière.

Cependant débats ne valent pas décrets. Si dans la perspective de l’après 2015 des initiatives locales fleurissent, on songe notamment au projet « flexi-sécurité » pratiqué entre 2011 et 2013 par les bassins laitiers français visant à adapter les exploitations à la volatilité des prix du lait et des intrants, il manque une vision stratégique globale et prospective au secteur laitier européen.

L’année 2014 devra s’inscrire dans un effort d’approfondissement notamment avec la poursuite d’un travail législatif sur la prochaine PAC ou encore la mise en place concrète de l’observatoire des marchés préconisé par Dacian Ciolos. Cependant le secteur laitier européen reste soumis à la volatilité structurelle des marchés sur fond de crise économique larvée. Le risque de retournement des cours aggravé par les contraintes budgétaires imposées par la nouvelle PAC ne feront que fragiliser davantage le secteur. Le commissaire européen s’interroge toutefois sur l’efficacité des outils en place face à une crise prolongée et en conséquence sur la pertinence d’une gestion complémentaire contracyclique en cas de crise.

Mais pour l’heure il n’existe pourtant aucune alternative crédible au système actuel centré sur le découplage des aides. Les récentes études menées par momagri démontrent cependant la pertinence, tant économique et budgétaire, d’aides contracycliques couplées à des mécanismes spécifiques et non automatiques de gestion de marché : une stabilisation durable des chiffres d’affaires, une action efficace pour lutter contre la volatilité et les crises qui en découlent, de même qu’une meilleure utilisation des ressources budgétaires et une stratégie de long terme profitable pour l’économie agricole.

Haut de page
Paris, le samedi 23 septembre 2017