Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
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et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
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(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
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[Carte interactive] Revenus agricoles1 :
En 2015, le grand écart entre pays européens



Arnaud Carpon, Terre-net Média


Article paru dans Terre-net Média



En 2015, les agriculteurs des pays les plus exposés à la volatilité des marchés ont vu leurs revenus 2015 fortement diminuer.

Selon les premières estimations d’Eurostat, le service statistique de l’Union européenne, le revenu agricole réel en Europe a baissé de 6 % en 2015 par rapport à 2014, alors que la main-d’œuvre agricole a reculé de 1,8 %. En conséquence, le revenu agricole réel par actif dans l'UE a diminué de 4,3 %. « Parmi les États membres de l'UE, le revenu agricole réel par actif en 2015 devrait augmenter dans treize États membres et baisser dans quinze autres par rapport à l’année précédente, dans des proportions diverses toutefois », explique Eurostat.

Avec l’annonce contestée par le ministère français de l’agriculture d’une forte hausse prévisionnelle des revenus des agriculteurs de l’Hexagone, la France serait de loin le mieux placé en termes de perspectives des revenus 2015 parmi les principaux pays producteurs.


L’Allemagne plonge

« Par rapport à l’année précédente, les plus fortes hausses du revenu agricole réel par actif sont attendues en Croatie (+ 21,5 %), en Lettonie (+ 14,3 %), en Grèce (+ 12,1 %), en France (+ 8,8 %) ainsi qu'en Italie (+ 8,7 %), et les baisses les plus marquées en Allemagne (- 37,6 %), en Pologne (- 23,8 %), au Luxembourg (- 20 %), au Danemark (- 19,7 %), au Royaume-Uni (- 19,3 %) et en Roumanie (- 19,2 %) », détaille Eurostat.

« Entre 2010 et 2015, les estimations montrent que le revenu agricole réel par actif a reculé dans l'UE de 5,7 %. Les plus fortes chutes de valeur sont enregistrées pour la betterave sucrière, le maïs grain et le lait. »

« Par rapport à 2014, la valeur de la production agricole aux prix à la production en 2015 devrait reculer dans l’UE de 2,5 % en termes nominaux, principalement en raison de la chute de la valeur de la production animale (- 5,9 %) et d’une légère baisse de la valeur de la production végétale (- 0,3 %), combinée à une baisse du coût des intrants (- 2,4 %).

La baisse de la valeur de la production animale est principalement la conséquence de la réduction de la valeur du lait (- 14,9 %) et des porcins (- 8,9 %), en partie compensée par les hausses de valeur des bovins (+ 4,3 %), des ovins & caprins (+ 3,2 %), des œufs (+ 2,1 %) et de la volaille (+ 1,1 %).

Dans l'UE, le coût des intrants agricoles (consommation intermédiaire) en 2015 devrait diminuer de 2,4 %, principalement du fait des réductions significatives des coûts de l’énergie et des lubrifiants (- 10,1 %), ainsi que des aliments pour les animaux (- 3,7 %). Le recul des prix des aliments pour animaux en tant qu'intrants se reflète dans la baisse des prix à la production de plusieurs céréales.


Le boom des revenus agricoles dans les PECO

Sur la dernière décennie, l'évolution des revenus agricoles (revenus réels annuels des facteurs de production par unité de travail*) a été moindre en France que dans l'ensemble des 28 pays de l'Union européenne. Mais l'évolution moyenne très positive des revenus agricoles dans l'UE à 28 tient surtout au boom des revenus dans les Peco, les pays d'Europe centrale et orientale, qui ont récemment intégré l'Union. Ainsi, depuis 2005, les revenus ont augmenté de 100 % voire plus en Bulgarie ou en Roumanie, les deux pays ayant intégré l'UE en 2007. Même constat en Pologne ou en Hongrie, qui ont rejoint l'Europe en 2004.

Les chiffres européens permettent aussi de mesurer la volatilité des revenus à laquelle sont soumis les agriculteurs. En France, cette volatilité des revenus agricoles reste modeste par rapport à celle constatée chez nos principaux voisins. En retenant l'année 2005 comme référence, les revenus agricoles* en France ont oscillé dans une amplitude allant de - 11,1 % à + 32,2 %. C'est déjà beaucoup. Mais c'est peu comparé à la volatilité des revenus de nos concurrents européens à l'économie reconnue plus libérale que la nôtre et davantage orientée vers l'export.

En prenant toujours l'année 2005 pour référence, l'amplitude des revenus agricoles au Danemark va de - 35 % à + 79,6 % ! En Allemagne, cette amplitude va de + 4,3 % à + 73,3 %. Il faut noter d'ailleurs que cette volatilité accrue des revenus dans les autres pays européens a d'ailleurs profité à leurs agriculteurs, puisque la hausse des revenus depuis 2005 y est plus importante qu'en France.

Rappelons enfin que ces chiffres, basés sur les premières estimations transmises par les États membres sont provisoires. En mars 2016, Eurostat publiera une deuxième série d'estimations révisées.

* Le revenu agricole est la valeur ajoutée nette au coût des facteurs de l'activité agricole, qui est calculée en soustrayant de la value de la production agricole : la valeur de la consommation intermédiaire, la consommation de capital fixe et les taxes sur la production ; et en y ajoutant les subventions à la production. Il comprend le revenu généré par les activités agricoles (et les activités secondaires non agricoles non séparables) au cours d'une période comptable donnée (c'est-à-dire l'année civile 2015), même si, dans certains cas, les recettes correspondantes ne sont perçues que plus tard. Il ne s'agit donc pas du revenu effectivement perçu au cours de l'exercice.


1 Retrouvez la carte interactive de Terre-net en suivant ce lien :
http://www.terre-net.fr/actualite-agricole/economie-social/article/le-grand-ecart-entre-pays-europeens-202-115681.html


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Paris, le samedi 23 septembre 2017