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Rencontres à Rome : le momagri est porteur d’une nouvelle vision stratégique pour l’agriculture mondiale… | Suite au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire organisé par la FAO, une délégation du momagri s’est rendue à Rome pour y présenter les premiers résultats de son modèle économique momagri et ses propositions de coopération internationale autour de l’agriculture1. Nous avons rencontré plusieurs responsables de la FAO, du FIDA, ainsi que la représentation permanente de la France auprès des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Les échanges ont été d’autant plus intéressants que nos travaux apportent des réponses aux interrogations actuelles : > Les prix agricoles vont-ils continuer à croître, suivant, par exemple, les trajectoires des matières premières énergétiques ? > Quel est l’impact de la spéculation sur les prix agricoles ? > Quelles politiques agricoles mettre en place dans le contexte de forte volatilité des prix ? > Comment organiser les échanges agricoles au niveau international tout en préservant le libre-échange ? Ces questions révèlent une prise de conscience sur les risques d’une libéralisation sans régulation pour le secteur agricole. Ainsi de plus en plus nombreux sont ceux qui appréhendent certaines évolutions, telle la financiarisation de l’agriculture mondiale. Et pourtant, la libéralisation des échanges agricoles demeure encore, à ce jour, la seule réponse institutionnelle aux effets de l’augmentation des prix agricoles. Apporter une nouvelle vision politique pour que tous les agriculteurs du monde puissent vivre de leur activité, telle est la mission du momagri qui a trouvé un écho de qualité auprès des institutions internationales présentes à Rome. Et c’est la raison pour laquelle nous leur avons présenté les résultats de nos travaux, qui, comme nous ont indiqué certains de nos interlocuteurs, constituent une alternative dans un monde où la pensée économique a été qualifiée de « monocolore » (Marcela Villareal, Directeur, Division de la parité, de l’équité et de l’emploi rural (ESW). Les principales personnalités que nous avons rencontrées sont : > S.E. Madame Mireille Guigaz, Ambassadeur Représentant Permanent de la France auprès des Nations Unies à Rome, et Jean-Jacques Soula, son conseiller scientifique, > Hervé Lejeune, directeur de cabinet du directeur général de la FAO, > Hafez Ghanem, assistant au directeur général de la FAO et directeur du département du Développement économique et social, ainsi que différents économistes de son équipe et plusieurs directeurs de cette institution, > Roberto Longo, Policy Coordinator, ainsi que les économistes et consultants de la Division Politique du FIDA. La teneur de nos entretiens peut être résumée en trois parties : 1) La nouveauté et l’utilité du modèle momagri Prenant le contrepied des prévisions admises par de nombreux économistes, notre modèle indique, dans le cadre d’une libéralisation totale des échanges internationaux agricoles, une volatilité importante des prix agricoles pour les céréales et une forte détérioration pour la viande. Nous avons expliqué, en particulier, pourquoi il y avait de telles différences entre nos simulations et celles de la FAO, obtenues par l’intermédiaire du modèle AGLINK de l’OCDE. Elles tiennent au fait que notre modèle intègre les spécificités de l’agriculture. Sur ce point, nous avons été compris et notre approche conceptuelle a été saluée comme très utile à une meilleure évaluation des politiques à mener. Face aux interrogations d’Hervé Lejeune sur les enseignements à tirer de nos simulations, nous avons insisté sur le fait que les « erreurs d’évaluation » des modèles classiquement utilisés risquaient de « ruiner » les différents programmes de développement agricole, si stratégiques pour l’avenir des populations des pays les plus pauvres. En effet, après la grave crise que les consommateurs viennent de connaître suite à la hausse des prix agricoles, les pays en développement peuvent se trouver confrontés à une seconde crise tout aussi dévastatrice pour leurs équilibres économique et social. Ainsi, les probables baisses des cours agricoles toucheront fortement les agriculteurs qui, sur la base des prévisions « sur optimistes » d’évolution des prix, auront été incités à produire davantage. Et, avec la libéralisation engagée sans régulation, aucun mécanisme n’aura été prévu pour « préserver » les agriculteurs de telles variations de prix. Répondant aux questions d’Hafez Ghanem et de son équipe, nous avons alors détaillé les innovations sur lesquelles repose notre modèle économique de simulation et notamment celle qui consiste à modéliser la volatilité des prix due aux risques. En effet, les fluctuations des prix ne proviennent pas exclusivement de facteurs exogènes (aléas climatiques), mais également de facteurs endogènes tels que les anticipations des agriculteurs et la spéculation. Cela nous a permis d’expliquer également pourquoi les modèles classiques aboutissent à des prévisions linéaires des prix agricoles qui ne correspondent pas à la réalité. Au-delà du fait que nos travaux « tombent » au bon moment, nos interlocuteurs de la FAO et du FIDA ont été surpris par l’originalité et la qualité de notre modèle. Nos différents échanges ont également confirmé l’inquiétude des responsables politiques quant aux conséquences économiques, sociales et géopolitiques de la spéculation sur les matières premières agricoles. Nous avons ainsi confirmé à la FAO et au FIDA la priorité que nous donnions à ce sujet, en intégrant le phénomène de spéculation dans notre modèle de simulation. Et nous leur avons présenté un des indicateurs que nous venons de mettre au point, selon lequel la spéculation accroîtra encore l’amplitude de variation des prix mondiaux. Contrairement à ceux qui pensent qu’aucune mesure ne peut combattre la volatilité des prix, le momagri plaide en faveur de mécanismes, à la fois simples et ambitieux, pour que l’agriculture ne devienne pas le prochain sujet de tension géopolitique, à l’instar du pétrole. Comme l’a rappelé Jacques Carles, délégué général du momagri, cette hyper volatilité des prix agricoles est un facteur de désordre équivalent à l’hyperinflation des années 1970 que les gouvernements de tous les Etats du monde ont pu, via les Banques centrales, « domestiquer ». Nous nous situons dans le cadre d’une problématique similaire, et si nous voulons sauver le libéralisme, il faut anticiper les évolutions et mettre en place les régulations nécessaires. Un consensus autour de cette argumentation est en train d’émerger, non seulement au sein des institutions internationales, mais également jusque dans les enceintes les plus inattendues. Ainsi des sénateurs du Congrès américain réfléchissent actuellement à des mécanismes pour « infléchir le rôle des spéculateurs » sur le prix des matières premières énergétiques. En tout état de cause, les personnalités conviées à la FAO et au FIDA à notre présentation ont clairement manifesté leur intérêt pour notre approche novatrice, réaliste et comme l’a dit M. Ezzedine Boutrif, directeur, division de la nutrition et de la protection des consommateurs (AGN) « qui intègre le facteur humain ». Espérons que le monde n’attendra pas de nouvelles émeutes de la faim pour s’atteler à la mise en place des régulations nécessaires. 2) Le questionnement général sur les bienfaits de la libéralisation Nos interlocuteurs ont tous évoqué leurs craintes face à certaines évolutions de l’agriculture mondiale auxquelles le libre-échange ne peut pas remédier. Nous avons particulièrement apprécié l’analyse de Hervé Lejeune selon lequel la constitution d’un « système moyenâgeux de métayage » à l’échelle mondiale risque de mettre dans une situation de dépendance dangereuse les pays en développement. Le constat de financiarisation de l’agriculture et de ses dangers est désormais reconnu. Malheureusement « l’application aveugle » d’une politique de libéralisation sans outil d’évaluation fiable bloque toute réflexion visant à remédier à ces phénomènes. Les experts de la FAO et du FIDA ont relevé plusieurs éléments critiques pour l’avenir : > les pays en développement n’ont absolument plus confiance dans le marché mondial ; > les problèmes de propriété de la terre et les questions relatives au droit de propriété au sens large peuvent remettre en question l’efficacité des programmes de développement agricole ; > 70% des ménages ruraux des pays les plus pauvres sont des acheteurs nets de produits alimentaires : cela prouve la faillite des agricultures vivrières ; > aucun indicateur n’existe à ce jour permettant de mesurer l’impact de la corrélation des prix agricoles aux prix du pétrole ? Hafez Ghanem a même reconnu que la question « des gagnants et des perdants de la libéralisation » n’était toujours pas résolue. En disant cela, il évoque les interrogations de plus en plus répandues sur les bienfaits globaux de la libéralisation des marchés agricoles mondiaux. Franchissant un pas de plus vers la remise en cause du modèle libéral sans considération pour les équilibres sociaux et environnementaux, S.E. Mireille Guigaz qualifie d’analyses « romantiques », les études selon lesquelles l’approvisionnement des pays en développement pourrait être assuré par leurs seules agricultures. Il serait en effet illusoire de croire que le développement des « jardins urbains » autour des grandes mégapoles des pays en développement constitue la réponse unique et de long terme au problème de la faim. Il faut avoir une politique plus réaliste et ne pas « zapper » les grandes zones tempérées de la planète. C’est d’ailleurs l’esprit d’une intervention que Franz Fischler, ancien Commissaire européen chargé de l'Agriculture et actuel président de la Fondation RISE (Rural Investment Support for Europe), a prononcé au cours de l’Agribusiness Forum qui se tenait à la FAO du 18 au 20 juin. Finalement, le problème se situe une fois encore au niveau des évaluations : avant toute considération politique, l’approvisionnement de la planète pourra-t-il demain être concentré dans les quelques zones géographiques qui disposent des avantages comparatifs en termes de terres disponibles et de bas coûts sociaux (le Brésil par exemple) ? Cette analyse doit être menée car la libéralisation totale des échanges agricoles nous y conduit très certainement. 3) Les trois niveaux d’action de momagri (modèle, propositions de principes de gouvernance et agence de notation) ont retenu l’attention de nos interlocuteurs. Ainsi, en ce qui concerne le modèle économique momagri, Hafez Ghanem, son équipe à la FAO et les économistes de la division des politiques du FIDA ont manifesté leur souhait de connaître nos prochaines simulations, notamment dans le cadre de l’extension de celles-ci sur 10 zones géographiques. Nous avons, par ailleurs, évoqué des collaborations possibles sur la base de complémentarités évidentes, notamment sur le module « pauvreté ». En effet, notre approche qui consiste à distinguer quatre types de ménages (les urbains pauvres et riches, les ruraux pauvres et riches) répond, contrairement aux modèles utilisés par les grandes organisations internationales, aux questions sur les effets de la libéralisation. Sur les principes de gouvernance, nous espérons que nos propositions permettront aux différents responsables politiques d’aller au-delà des constats et de s’atteler au nécessaire travail de définition de mécanismes de régulation qui devient, jour après jour, de plus en plus urgent. Quant à notre projet d’Agence de notation, tous ont reconnu la nécessité de disposer de véritables évaluations, notamment des politiques agricoles. Une telle agence permettrait d’amener les différents acteurs publics et institutionnels à la gouvernance agricole que nous préconisions, grâce au « pouvoir de l’information » qu’elle créerait. S.E. Mireille Guigaz, notamment, qui s’interrogeait sur la faisabilité des Principes de Gouvernance, a souligné le caractère nécessaire de cette Agence qui agirait comme outil de stimulation et de mise en transparence. Le prochain voyage à Rome est prévu début décembre. Des partenariats seront discutés avec la FAO et le FIDA sur la base des dernières évolutions du modèle momagri et des éléments relatifs au lancement de l’Agence que nous aurons constitués. Des présentations aux Etats membres de la FAO devraient également être organisées avec l’appui de la Représentation permanente. Tout comme nous l’observons au cours de nos différents déplacements, la démarche du momagri répond à de réels besoins, d’autant que les principaux responsables politiques sont persuadés depuis quelques années que l’agriculture est devenue un secteur économique comme les autres. Espérons que la remise en cause de cette croyance leur permettra de définir des politiques agricoles susceptibles de donner rapidement un avenir à tous les agriculteurs du monde. Dominique Lasserre, conseiller de momagri
| 1 Faisaient partie de cette délégation : Jacques Carles, Dominique Lasserre et Bastien Gibert. | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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