Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Regard sur le monde : Suppression des quotas en Australie



Article extrait de la newsletter de l’European Milk Board (EMB)



La sortie des quotas laitiers en Europe en avril 2015 continue à agiter les capitales européennes, alors qu’une grave crise agricole secoue en particulier les éléveurs laitiers. Les prix du lait ont chuté et ne permettent plus de garantir les coûts de production. Pour la Commission européenne la suppression du régime des quotas laitiers devait au contraire permettre aux agriculteurs de produire plus, et de répondre à la demande croissante, notamment sur le marché mondial.

Or, l’exemple de la sortie de l’Australie des quotas laitiers en 2000, détaillé par le professeur Bruce Muirhead de l’Université de Waterloo en Ontario, au Canada, dans un entretien accordée à l’European Milk Board (que nous reproduisons ci-après
1), démontre tout le contraire. L’équation qui voudrait que la suppression des quotas entrenerait irrémédiablement une hausse de la production est en effet démentie par les chiffres présentés par le professeur : « lorsque le processus a débuté, l’Australie produisait environ 11 millions de tonnes de lait ; en 2015, ce chiffre a diminué pour atteindre quelque 9,5 millions de tonnes. ». Par ailleurs, le revenu moyen net d’un exploitant laitier pourrait se chiffrer à zéro en 2017, alors que la poursuite de la déréglementation du secteur laitier a entraîné non seulement davantage de volatilité mais la disparition de nombreuses exploitations.

Le cas australien rejoint également l’expérience suisse où les quotas laitiers ont disparu en 2009. Force est de constater que leur disparition y ont posé et posent encore la question de la mise en place de mécanismes de régulation, alors que le secteur traverse aujourd’hui une crise importante.

On le constate, la sortie des quotas en Europe n’est pas et ne sera pas chose aisée sans filet de sécurité adéquat. Les tensions autour de la formation des prix entre producteurs et transformateurs, la diminution des prix et des exportations de produits laitiers, sont autant d’obstacles que traversent et ont traversé le secteur laitier australien et suisse et qui n’épargneront certainement pas le secteur laitier européen.


La rédaction de momagri



L’Australie a aussi connu un changement de système. En 2000, il y a été mis fin au système de gestion de volumes laitiers. Le Professeur Bruce Muirhead de l’Université de Waterloo en Ontario, au Canada, a étudié la question en long et en large et a répondu à deux de nos questions y afférentes.

EMB : En Australie, la gestion de l’offre et de la tarification a été abandonnée en 2000. Quelles en ont été les conséquences pour les agriculteurs ? Dans quelle mesure cela a-t-il influencé le volume de lait national ?

Les conséquences de ce changement de politique ont été mémorables pour les producteurs laitiers australiens. Lorsque le processus a débuté, l’Australie produisait environ 11 millions de tonnes de lait ; en 2015, ce chiffre a diminué pour atteindre quelque 9,5 millions de tonnes. L’effondrement des cours mondiaux du lait en 2014 a aggravé la situation. L'Australie ne peut plus compter sur le marché des exportations pour joindre les deux bouts.

En Australie, la déréglementation a également eu comme effet que les exploitations sont devenues beaucoup plus grandes, lesdits parcs d’engraissement devenant la norme. Mais cela signifie aussi que le nombre d’exploitants agricoles a diminué. Même si ce phénomène a été enregistré dans tous les pays industrialisés, il a eu un impact plus concentré en Australie. A titre d’exemple, le nombre d’exploitants dans l’Etat de Nouvelle-Galles-du-Sud a chuté, passant de 1.725 à 731, le nombre moyen de vaches par exploitation passant de 155 à 268. Comme indiqué dans un rapport du gouvernement de la Nouvelle-Galles-du-Sud (NSW), Overview of the New South Wales Dairy Industry (Aperçu de l’industrie laitière de Nouvelle-Galles-du-Sud), « la déréglementation a entraîné une baisse des prix laitiers ainsi qu’une plus grand volatilité pour les producteurs laitiers de NSW, ce qui, ajouté à une sécheresse prolongée, a forcé les producteurs à développer des systèmes d’exploitation souples et résilients. » Il est clair que vivre de la production laitière en Australie en 2015, est extrêmement difficile. Cette situation est encore aggravée par des facteurs tels que l’offre et la demande, les cours mondiaux et les taux de change, sur lesquels les producteurs n’ont aucun contrôle.

Il est pour ainsi dire impossible de vendre une exploitation laitière aux fins d’une production laitière. Un agent immobilier australien a fait remarquer qu’il n’y a pas de marché pour les exploitations laitières dans le sud-est du pays, un des grands bassins laitiers naturels. Bruce Auld, un spécialiste des ventes en milieu rural disait en avril 2013 : « La dernière exploitation laitière que j’ai vendue était située à Tantanoola, et cela a pris 12 mois – elle a été fragmentée en cinq ou six parcelles et n’est plus utilisée comme exploitation laitière. » Cela en dit long sur la santé et l’avenir du secteur.

Enfin, grâce à la déréglementation, deux grandes chaînes de supermarchés ont pu profiter des producteurs en Australie. Coles and Woolworths ont revu les termes de leurs contrats avec les producteurs laitiers afin d’offrir au consommateur un litre de lait à 1 AUD, ce qui a entraîné davantage de faillites. Selon un rapport, le revenu moyen net d’un exploitant laitier sera de zéro en Australie en 2017. Il ne s’agit pas là d’un tableau très heureux. Le génie de la réglementation réside dans le fait que les supermarchés, l’industrie de la transformation ou les entreprises agro-alimentaires ne peuvent pas imposer unilatéralement les conditions de vente aux agriculteurs, réduisant ainsi les rapports de force déséquilibrés et les rendant moins destructeurs.


1 Retrouvez l’intégralité de l’article et de la newsletter de septembre 2015 sur le site internet de l’EMB ou en suivant ce lien http://www.europeanmilkboard.org/index.php?id=473(...)


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Paris, le lundi 25 septembre 2017