Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Refonder la coopération internationale



Alors que le G20 vient de se réunir à Washington le 15 novembre 2008 et que s’amorce une nouvelle conception de la gouvernance mondiale, les interrogations sur les suites économiques de la crise financière sont nombreuses et graves.

Personne n’est capable d’apprécier jusqu’où elles vont affecter les pays, les entreprises et le tissu social de la planète car personne n’avait évalué l’ampleur des risques qui minaient l’économie mondiale.

Certes des décisions significatives ont été prises mi octobre, qui ont évité le collapsus global et des pistes de coopération ont été ébauchées à Washington. Mais on en est au stade de l’invention thérapeutique entre des médecins qui n’ont ni le même avis, ni les mêmes intérêts. Et en attendant des décisions de long terme on assiste à l’inverse de ce que pratiquaient les médecins de Molière : « plutôt que des saignées répétées », ce sont des gavages de liquidités qui tiennent les banques en état de fonctionner. Jusqu’où pourra-t-on aller quand de grandes banques, comme City Bank ont encore du être aidées après avoir reçu 50 milliards de dollars, il y a peu.

Personne n’en sait rien, car il n’existe pas d’instrument de mesure de l’état de délabrement clinique des institutions financières, minées par le cancer des subprimes, des produits dérivés incontrôlés et autres CDS qui les ont « tumorisés » avec leur consentement passif.

Le but de cet article n’est pas d’ajouter à la grande peur ambiante, mais d’aller plus loin que la seule approche financière et de poser plus largement le problème d’une nouvelle gouvernance mondiale qui prenne en compte les réalités essentielles de l’alimentation, de l’agriculture et de ses enjeux. Il ne faudrait pas, en effet, qu’en cette période de réorganisation planétaire des modes de décision et de régulation, on fasse l’impasse sur ce qui, à mon sens, est plus fondamental que tout et que l’on se contente d’encadrer les systèmes de fonctionnement comptables et financiers.

La crise alimentaire qui a sévi dans de nombreux pays du monde a provoqué une prise de conscience internationale. C’est ainsi que le Rapport sur le développement dans le monde publié par la Banque Mondiale en 2008, présente l’agriculture comme le pilier du développement et la clé de l’avenir de la planète : « Les objectifs primordiaux pour le 21ème siècle – éliminer la faim et la pauvreté, préserver l’environnement, assurer la sécurité et gérer la santé mondiale – ne pourront être atteints sans l’agriculture ».

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont confirmé à Rome, lors du Sommet mondial sur la Sécurité alimentaire début Juin, l’importance d’une « nouvelle donne » internationale et le momagri, mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture, travaille en ce sens depuis trois ans.

Mais que reste-t-il des promesses de Rome, alors que les prix agricoles ont baissé dans des proportions souvent impressionnantes et que ce sont aujourd’hui les agriculteurs du monde entier qui sont touchés, et ce d’autant plus que le prix des intrants a fortement augmenté.

Cette situation chaotique alimente l’exode rural, l’hypertrophie des mégapoles, la financiarisation de l’agriculture, la désertification et tout un train de déséquilibres beaucoup plus profonds que les conséquences de la crise financière.

Le directeur de la FAO, Jacques Diouf, le président Clinton ont tiré la sonnette d’alarme : Il faudrait 30 milliards de dollars pour aider les populations en difficulté ; cela semble aussi difficile à réunir qu’il paraît facile de bâtir des plans de sauvetage des banques qui cumulent des milliers de milliards de dollars.
Il faut surtout une politique agricole internationale mettant en œuvre cette régulation essentielle qui devrait faire partie intégrante des attributions du G20.

En somme, tout ce qui manque aujourd’hui dans le domaine financier manque encore plus dans le domaine agricole ! C’est pourquoi Momagri a construit, en priorité, des instruments d’aide à la décision indispensables à cette régulation, tel le modèle momagri qui permet de mesurer l’impact sur les prix, la pauvreté et l’environnement des politiques conduites par les Etats et par les institutions internationales.

Ce modèle qui est le premier à prendre en compte les spécificités de l’agriculture et notamment la volatilité structurelle des prix est un atout majeur pour conduire les changements nécessaires.

Une agence de notation en cours d’élaboration, viendra compléter ce modèle, afin de fournir à tous les acteurs, des indicateurs et une information leur permettant de prendre les décisions les plus appropriées.

Les coopérations engagées avec l’Union européenne, la FAO et plusieurs thinks tanks internationaux s’ajouteront à celles nouées en France avec le monde agricole et les pouvoirs publics. Elles démontrent la pertinence et l’utilité de la démarche de momagri qui est à la fois un think tank et un acteur indépendant, dont la principale ambition est de favoriser l’émergence de cette nouvelle coopération internationale, autour de l’agriculture et de ses enjeux.

Quel pourrait être le cadre de cette nouvelle coopération ? Telle est la question à laquelle il convient de répondre aujourd’hui.

Plutôt que de créer ex nihilo une nouvelle institution internationale, nous préconisons de créer une task force internationale chargée de définir les missions et le fonctionnement de la future Organisation mondiale de l’agriculture. L’Organisation mondiale de l’agriculture sera une Institution transversale regroupant des moyens et des compétences venant des grandes institutions concernées : la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI, le PNUE, la CNUCED et bien sûr la FAO, le PAM et le FIDA.

L’Organisation Mondiale de l’agriculture serait ainsi une entité légère destinée, d’une part, à évaluer et anticiper les évolutions des marchés des matières premières agricoles et, d’autre part, à organiser la concertation, pour faciliter les prises de décision de la communauté internationale : qu’il s’agisse de la prévention des crises ou de leur traitement.

Cette organisation pourrait donc être un support essentiel du G 20 créant ainsi les conditions pour que la nouvelle gouvernance mondiale en gestation prenne en compte l’alimentation et l’agriculture.

Jacques Carles, Délégué général de momagri


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Paris, le lundi 29 décembre 2014