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Réflexions sur l'avenir de l'agriculture et de l'alimentation
Par un collectif d'auteurs de l'IFRAI
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Comment l'agriculture parviendra-t-elle à nourrir les 9 milliards d'individus qui seront sur la planète en 2050 ? Comment pourra-t-elle permettre à la communauté internationale d'atteindre les Objectifs du Millénaire fixés par l'ONU afin de lutter contre la pauvreté et la faim, tout en respectant des normes environnementales sans cesse plus sévères?
Telles sont les questions que se posent actuellement tous les scientifiques et les experts travaillant sur les dossiers agricoles.
C'est dans ce contexte que l'Initiative Française pour la Recherche Agronomique Internationale (IFRAI), un projet collaboratif mené conjointement par l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), a organisé un séminaire visant à synthétiser tous les thèmes abordés dans le cadre des études de prospective actuellement menées.
Nous vous recommandons la lecture de la conclusion de cette rencontre, dont vous trouverez ci-dessous la partie consacrée aux points de convergence et de divergence existant entre les différentes études de prospective, ainsi que les questions qui restent encore aujourd'hui sans réponse.
La rédaction de momagri
Convergences, divergences, et débats en cours
Le premier objectif des débats, est que tous les participants du groupe de travail soient d'accord sur trois faits principaux qui sont des messages forts sur notre futur commun :
• La disponibilité alimentaire mondiale en 2050 ne sera pas tant un problème de production qu'un problème d'accès à la nourriture locale qui focalise l'attention de la sécurité alimentaire sur les besoins des pauvres, urbains et ruraux, et en particulier des agriculteurs pauvres.
• Comprendre la situation des populations rurales pauvres, en particulier des agriculteurs, et leurs perspectives pour l'avenir, reste un énorme défi pour la conceptualisation, la collecte de données et les évaluations, etc.
• La dégradation des écosystèmes et l'impact du changement climatique mettront davantage la pression sur les agriculteurs pauvres. Des divergences sont également apparues au sein du groupe. Certaines sont liées à des visions du monde différentes : les biens publics contre les biens privés ou les investissements, par exemple. Un bien public ou un bien commun, même s'il n'est pas défini par les économistes, n'a pas exactement la même signification selon le contexte, le point de vue, ou le contexte culturel ou politique. Ces visions du monde n'ont pas nécessairement besoin d'être réconciliées l'une avec l'autre, mais leur impact sur les recommandations et la prise de décisions doit être étudié plus en profondeur.
Un autre terrain de divergence concerne le modèle implicite d'agriculture de l'avenir (s'il y en a) : agriculture familiale, pluriactivité, agro-business, ou nouvelles fermes d'entrepreneurs ? Est-ce que « l'agriculture à petite échelle » fait référence au concept « d'échelle » ou à d'autres éléments, tels les moyens technologiques, les compétences, le rendement, etc.? Est-ce que les systèmes agricoles de l'avenir seront diversifiés ? Existe-t-il des modèles normatifs ? D'autres divergences sont liées au fait que la souveraineté alimentaire, la sécurité alimentaire et l'autosuffisance ne signifient pas la même chose selon la situation, le contexte culturel ou les objectifs politiques. Il est nécessaire de clarifier l'utilisation de ces termes et leurs implications dans les politiques publiques et les négociations commerciales.
Plusieurs points sont restés en suspens et sont apparus comme des sujets très pertinents pour des recherches plus approfondies. Le groupe a proposé que la recherche et la R&D concernant les Connaissances Agricoles, la Science et les Systèmes Technologiques soient organisées autour, et dirigées vers les trois domaines suivants :
1. Regarder au-delà du secteur agricole
La production agricole devrait être considérée comme profondément intégrée dans la transformation structurelle globale des économies, en tenant compte des stratégies et des choix publics en termes d'économie politique.
L'agriculture est un secteur de l'économie nationale, régionale et mondiale. Son développement est fortement lié à d'autres activités dans la chaîne alimentaire (jusqu'aux consommateurs), et aux différentes professions qui contribuent à la vitalité des zones rurales. Plusieurs questions nécessitent donc une analyse et des recherches plus approfondies :
La part de l'agriculture dans l'activité de la population active et dans le PIB est considéré généralement à la baisse pour l'avenir. Est-ce possible de changer cette tendance ? Doit-on le tenter ? Cette question concerne non seulement les investissements dans l'agriculture, mais aussi les modèles de développement des espaces de vie, l'infrastructure et les services dans les zones rurales, et les attraits des zones urbaines, etc.
La réduction des pertes et du gaspillage tout au long de la chaîne alimentaire pourrait jouer un rôle clé dans l'équilibre global et local. En particulier, quels sont les moyens de gestion des déchets au niveau des utilisateurs finaux ?
Les futures tendances de la consommation alimentaire, en particulier dans les pays en développement ou émergents où les habitudes alimentaires évoluent dans un monde globalisé, et les questions de la « transition nutritionnelle» sont importantes pour la santé publique, mais aussi pour définir les priorités de production. Il y a-t-il une priorité pour mener de fortes politiques alimentaires incitatives ?
L'urbanisation croissante, qui va très sûrement se développer, exercera une pression non seulement sur les terres arables, mais aussi sur les habitudes alimentaires, les modes de consommation et même les pouvoirs politiques. Comment le penchant pour l'urbanisation peut-il être évité dans les priorités politiques, par exemple en compensant la variabilité des prix, les primes à la production agricole et la maîtrise du régime foncier et des marchés fonciers, en particulier dans les zones péri-urbaines ?
La demande d'énergie ne peut pas être satisfaite par la production agricole seule. L'investissement dans la R&D pour des biocarburants plus efficace est sans doute inévitable, mais elle pourrait avoir des effets néfastes sur l'extension des terres agricoles (voir FAO Outlook). Comment l'impact du développement des biocarburants de deuxième et troisième génération et la chimie verte peut-il être mieux évalué ?
2. Prendre en compte les aspects de la répartition et les modèles de développement
Même si un équilibre global est atteint pour l'agriculture et l'alimentation au niveau mondial pour 9 milliards d'habitants, qui gagne et qui perd selon la voie choisie ? La question de la répartition est une question controversée qui nécessite des investigations poussées.
Par exemple, il est nécessaire de clarifier la relation entre l'augmentation des revenus, en particulier pour les agriculteurs pauvres, et l'augmentation de la productivité.
Néanmoins, si l'augmentation de la productivité est liée à la technologie agricole, l'augmentation de la production dépend, elle, davantage des politiques et du rôle des autres intervenants dans la chaîne d'approvisionnement que des agriculteurs seuls. Pour ceci il est nécessaire de placer la production agricole au sein de la complexité des systèmes alimentaires en vue de comprendre la chaîne de valeur, les organisations d'agriculteurs, la concentration des acheteurs, les détaillants, la réglementation de la concurrence, la formation des marchés, l'instabilité des prix, etc.
Il est nécessaire d'améliorer les connaissances concernant la diversité des petits agriculteurs et de leurs contraintes et opportunités, et d'adapter la recherche à leurs besoins spécifiques (par exemple les cultures orphelines). Les rôles relatifs de la recherche privée et publique pour satisfaire ces besoins doivent être évalués.
La R&D et ses prolongements nécessiteront un investissement stable dans le temps (pas seulement en réponse aux crises). Qui va financer cela ? Les mécanismes d'aide provenant de donateurs doivent être étudiés davantage afin de s'assurer qu'ils peuvent être enracinés dans la cohérence des stratégies globales de développement. Comment peut-on équilibrer les rôles entre interventions publiques et stratégies privées ?
Les stratégies d'investissement tireraient avantage d'une meilleure compréhension des enjeux du travail de demain dans l'agriculture et d'autres secteurs, de la pluriactivité dans les zones rurales, et du rôle de la migration vers les villes et l'étranger. Ils tireraient aussi avantage d'une meilleure compréhension du mouvement coopératif, des décideurs locaux et des institutions pour l'utilisation de ces investissements.
3. Changer le paradigme pour l'agriculture
Si «business as usual » (les affaires continuent) n'est pas une option, il y a un besoin pour de nouvelles approches de la productivité qui font encore l'objet de discussion :
Résilience contre productivité ?
Est-ce que la résilience se traduit par le maintien d'une capacité à s'adaptater dans un avenir incertain ? Comment cela se traduit-il du point de vue socio-économique et biophysique ? Pouvons-nous nous limiter à l'évolution technique, la productivité et l'agriculture durable, etc., ou devrions-nous traiter des questions plus larges telles que le rôle de l'agriculture dans l'augmentation des revenus pour les agriculteurs pauvres en tenant compte de leurs autres activité ?Dans l'ensemble, devons-nous traiter l'augmentation des rendements ou des revenus ? Ou les deux ? Et comment ?
Productivité de la biomasse contre multifonctionnalité ?
Comment peut-on évaluer la performance ? Par exemple, quelles sont « les meilleures semences » pour l'avenir : des variétés plus productives ? Des plantes qui sont plus résistantes aux maladies ? Plus flexibles aux incertitudes climatiques ? Plus résistantes ? Faciles à produire au niveau de la ferme ou de la communauté ? Des semences d'une variété unique et stable ou d'un ensemble de la population des semences de la même espèce ?
Atténuation de la pauvreté contre réduction de la vulnérabilité ?
Qu'est-ce qui rend les petits agriculteurs à ce point sensibles aux risques de phénomènes météorologiques négatifs, à l'incertitude climatique, à l'instabilité des marchés et à une dépendance aux intrants externes qu'ils finissent par quitter l'agriculture pour rejoindre les masses des pauvres travailleurs journaliers dans les zones rurales ou les villes ? Comment pouvons-nous briser de tels cercles vicieux ?
1 Bernard Hubert, Jacques Brossier, Patrick Caron, Pierre Fabre, Hartwig de Haen, Benoît Labbouz, Michel Petit, Sébastien Treyer.
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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