Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui rassemble des
responsables du monde agricole et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie
et défense,…). Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux
outils d’évaluation (modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
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Réduire l’incertitude :
l’objectif prioritaire selon l’économiste en chef du FMI



La crise que nous traversons révèle un joli paradoxe : des instruments, des procédures et des méthodes d’évaluation de plus en plus complexes n’ont cessé d’être développés sur les marchés pour réduire l’incertitude, optimiser le rapport risque/rendement et prémunir les acteurs de cet aléa majeur. Pourtant, il faut bien le reconnaître, si la connaissance moyenne des mécanismes qui sous-tendent les forces du marché s’améliore, l’incertitude présente sur la plupart des marchés est non seulement toujours aussi importante, mais ses effets peuvent être bien plus dévastateurs que par le passé. Réduire l’incertitude apparait donc aujourd’hui comme le principal objectif visé par la communauté internationale.

C’est en tout cas ce que dit le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI) Olivier Blanchard qui, dans une tribune1 publiée le 29 janvier 2009 par la revue britannique The Economist, souligne les effets particulièrement dommageables d’une incertitude excessive pour l’Economie mondiale, notamment sur les marchés financiers, où la crise de confiance qui en découle est particulièrement déstabilisatrice. Comme il l’écrit, « la crise nourrit l’incertitude, qui à son tour affecte les comportements ; et ceux-ci alimentent la crise ». De ce fait, Olivier Blanchard préconise des politiques publiques centrées sur la réduction de l’incertitude, afin de rétablir la confiance.

Un constat clair et pertinent qu’il conviendrait de faire pour l’agriculture, qui, plus que tout autre secteur, est marqué par une incertitude structurelle déstabilisatrice…



Selon Olivier Blanchard, les niveaux anormalement élevés de l’indice Vix2, qui révèlent une volatilité des prix sur les marchés boursiers en moyenne trois fois plus élevée depuis octobre 2008 qu’au cours des deux dernières années, la rapidité et l’ampleur des révisions des prévisions de croissance du FMI3 , ainsi que la fréquence d’utilisation du mot « incertitude » par la presse, témoignent d’un climat d’incertitude inhabituel, qui paralyse l’économie. Les conséquences macroéconomiques sont dramatiques : aujourd’hui, dans un contexte complexe et turbulent, les agents économiques adoptent en effet des comportements d’extrême prudence qui provoquent une paralysie du circuit économique, bloquant la consommation et l’investissement qui, à leur tour, alimentent la crise.

La boucle est ainsi bouclée.

Partant de ce constat, Olivier Blanchard préconise en priorité de mettre en place des politiques visant à s’attaquer à la racine du problème : le développement du climat d’incertitude. Sur les marchés financiers en particulier, il propose notamment la mise en place d’un prix plancher pour les actifs en difficulté, afin de rétablir la confiance et contrer l’assèchement du crédit. Par là même, il met en lumière les défaillances du marché, et la nécessité d’instaurer des mécanismes correcteurs qui permettent aux marchés de mieux fonctionner.

Toutefois, outre l’évolution de mentalité dont elle témoigne, l’analyse du chef économiste du FMI sur la crise économique actuelle et sur les moyens d’y remédier est particulièrement intéressante par ses implications. Car, si l’incertitude est une composante inhérente aux marchés quels qu’ils soient, elle est plus ou moins marquée selon les secteurs, et certains d’entre eux, à l’instar des marchés agricoles, connaissent une incertitude structurelle qui se traduit par une hyper-volatilité des prix.

Trois facteurs principaux peuvent être avancés pour expliquer l’exposition spécifique de l’agriculture à l’incertitude. Tout d’abord, l’agriculture traite du domaine du vivant, pour lequel les aléas épizootiques et climatiques jouent un rôle important. Ensuite, et c’est une conséquence du point précédent, les agriculteurs ne peuvent pas savoir, au moment où ils effectuent leurs choix de production, quels volumes et quelle qualité ils obtiendront, ni surtout à quels prix ils pourront vendre leurs productions. A cela s’ajoute l’une des caractéristiques intrinsèque des marchés agricoles, l’irréversibilité des décisions des agriculteurs (et pas seulement les décisions d’investissement), contrairement à la très forte réversibilité des décisions des investisseurs et des spéculateurs qui prennent position sur ce marché. Cette incertitude quasi structurelle génère une volatilité permanente des cours, qui peut s’accompagner d’une hyper-volatilité conjoncturelle en cas de climat d’incertitude particulièrement marqué. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

Ainsi, l’hyper-volatilité conjoncturelle que l’on observe sur les marchés financiers est une caractéristique structurelle des marchés agricoles, avec tous les risques qu’elle fait peser en termes de sécurité alimentaire et d’approvisionnement.



Réduire l’incertitude pour venir à bout de la crise est une condition nécessaire pour relancer l’économie ; et il est essentiel que le FMI s’efforce d’initier une prise de conscience politique internationale sur le sujet et de mettre en œuvre les politiques adéquates. Toutefois, il faut espérer que cette prise de conscience, balbutiante sur les marchés financiers, se fasse également pour les marchés agricoles, dont la récente crise alimentaire souligne l’urgence. Dans la même logique que les mesures anti-crises préconisées par Olivier Blanchard, il est en effet aujourd’hui plus que temps d’initier une politique internationale de réduction de l’incertitude sur les marchés agricoles, ainsi que momagri s’efforce de le dire depuis sa création.

La rédaction de momagri



1 The Economist, “(Nearly) nothing to fear but fear itself”, 29 janvier 2009, http://www.economist.com/finance/displaystory.cfm?story_id=13021961
2 Le Chicago Board Options Exchange (CBOE) Volatility Index (Vix) évalue le degré de volatilité des prix sur le marché boursier. Il est calculé à partir d’un échantillon de valeurs de l’indice S&P 500.
3 En octobre 2008, le FMI publiait des chiffres de prévision de croissance mondiale 2009 de l’ordre de 2,2% ; trois mois plus tard, en janvier 2009 l’institution abaissait ses estimations à 0,5%.
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Pour une régulation
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Paris, le mardi 22 mai 2012