Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Pierre Pagesse,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Rapport sur la pauvreté rurale



Par les experts du Fonds international de développement agricole (FIDA)



Dès le mois de septembre 2010, nous avions signalé le problème de la pauvreté rurale1: alors que les derniers chiffres de la FAO montraient un certain recul de la faim dans le monde, il s’avérait en fait que 56% des personnes touchées par la famine étaient des agriculteurs des Pays en voie de développement, soit plus d’une personne sur deux !

Or, le fait que ce soit les agriculteurs qui soient touchés en première ligne par le fléau de la faim peut avoir des conséquences dramatiques pour l’avenir du monde car ceux-ci constituent le socle de la lutte contre l’insécurité alimentaire.

Dans son dernier « Rapport sur la pauvreté rurale »2 publié en janvier 2011, le FIDA3 dresse une nouvelle fois le constat de cette pauvreté rurale et dans un extrait que nous publions ci-dessous, rappelle que si l’on souhaite combattre la faim et réduire la pauvreté, l’agriculture paysanne doit être la clé de voûte d’une vaste politique de développement.

La rédaction de momagri




« Entre 2006 et 2008, les prix internationaux des denrées alimentaires ont doublé. Les effets de la hausse des prix se sont propagés dans le monde entier, mais les pays à faible revenu et à déficit vivrier disposant de réserves peu abondantes ont été les plus durement touchés. Globalement, quelque 100 millions de pauvres des zones rurales et urbaines ont rejoint les rangs des personnes souffrant de la faim dans le monde.

Bien que les cours internationaux des produits alimentaires aient baissé dès le milieu de l’année 2008, ils restent sensiblement plus élevés qu’avant la hausse et seront probablement égaux ou supérieurs aux prix de 2010 pendant la prochaine décennie4. Jusqu’ici, ce sont les pays riches qui ont assuré une grande partie de l’augmentation de la production visant à faire baisser les prix. À l’avenir, toutefois, les calculs montrent que pour nourrir une population mondiale de plus de 9 milliards d’habitants en 2050, la production alimentaire mondiale devra augmenter de 70%, tandis que l’avènement de la sécurité alimentaire pour tous exigera de s’attaquer aussi aux problèmes de l’accès et du coût. À cette fin, l’agriculture – en particulier l’agriculture paysanne – devra jouer un rôle beaucoup plus actif dans ces pays, et il conviendra de s’employer davantage et plus efficacement à répondre aux préoccupations des ruraux pauvres en tant qu’acheteurs de produits alimentaires.

Pendant des décennies, l’agriculture dans les pays en développement a été pratiquée avec, en toile de fond, une faiblesse des cours mondiaux des produits alimentaires conjuguée, dans de nombreux pays, à un environnement national défavorable. L’investissement insuffisant dans le secteur de l’agriculture, les politiques inadaptées, les marchés étriqués et non concurrentiels, les infrastructures rurales défaillantes, les services productifs et financiers inadéquats et la détérioration des ressources naturelles sont autant de facteurs qui ont contribué à créer un environnement dans lequel il est fréquemment risqué, voire non rentable, pour les petits agriculteurs de participer aux marchés agricoles.

[…]

Ces dernières années, l’agriculture a fait l’objet d’un intérêt renouvelé en tant que moteur essentiel du développement et de la réduction de la pauvreté. D’ailleurs, au lendemain de la flambée des prix des denrées alimentaires, plusieurs initiatives ont vu le jour pour tenter de relancer l’agriculture dans les pays en développement.

D’un autre côté, on s’intéresse de plus en plus aux problèmes posés par l’adaptation de l’agriculture paysanne au changement climatique, et aux façons dont les ruraux pauvres pourraient accéder aux débouchés commerciaux liés aux services environnementaux et à l’atténuation du changement climatique et en tirer des avantages. De plus, le rôle de l’État dans l’agriculture et la réduction de la pauvreté rurale est réévalué tandis que l’on commence à se pencher sur le rôle que les politiques et investissements publics seraient susceptibles de jouer pour atténuer la volatilité des marchés et garantir la sécurité alimentaire nationale.

Il est largement admis que la croissance dans le secteur de l’agriculture génère habituellement les améliorations les plus importantes pour les plus démunis – en particulier dans les pays pauvres à vocation agricole.

Le présent rapport convient que l’agriculture, sous réserve d’être mieux ajustée aux nouveaux risques et débouchés qui se présentent aux petits agriculteurs dans les domaines de l’environnement et du marché, peut rester un moteur essentiel de la croissance rurale et de la réduction de la pauvreté, en particulier dans les pays les plus pauvres. Dans tous les pays, toutefois, la création de nouvelles possibilités de réduction de la pauvreté rurale et de croissance économique exige une approche diversifiée du développement rural, englobant l’économie rurale non agricole aussi bien que l’agriculture. Un secteur agricole dynamique est souvent indispensable pour stimuler la croissance rurale diversifiée. Mais on assiste aussi à l’émergence de nouveaux facteurs non agricoles de la croissance rurale dans plusieurs contextes, qui sont susceptibles d’être exploités.

L’hypothèse fondamentale mise en avant dans ce rapport est que la nécessité pour les ruraux pauvres de maîtriser les nombreux risques auxquels ils sont confrontés amoindrit leur capacité de profiter des nouveaux débouchés offerts à la fois par l’agriculture et l’économie non agricole. Tout au long du rapport, l’accent est mis sur le rôle capital que les politiques, les investissements et la bonne gouvernance peuvent jouer pour réduire les risques et aider les ruraux pauvres à mieux les gérer, mettant ainsi les nouveaux débouchés à leur portée. Toutefois, les nouvelles formes de collaboration entre l’État et la société, associant les ruraux et leurs organisations, le secteur des entreprises et les divers acteurs de la société civile, doivent aussi être encouragées. Ces partenariats sont cruciaux pour la mise au point d’outils efficaces de gestion et d’atténuation des risques. »

1 Cf article momagri du 27/09/10: http://momagri.org/FR/editos/Faim-dans-le-monde-un-chiffre-peut-en-cacher-un-autre_746.html
2 Article téléchargeable sur le site internet du FIDA : http://www.ifad.org/pub/index.htm
3 Créé en décembre 1977, le FIDA est une banque d’aide au développement visant financer des projets agricole, c’est une institution rattachée aux Nations Unies.
4 A noter (Ndlr) : Depuis mi-2010, les prix agricoles se trouvent à des niveaux élevés, même si certains signaux se retournement se font jour.
Haut de page
Paris, le samedi 1 novembre 2014