Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Quel avenir pour l’aide alimentaire intérieure aux Etats-Unis ?



La rédaction de Momagri

23 Janvier 2017

Alors que la suppression de l’Obamacare a été l’une des premières décisions du Président Trump, l’un des autres piliers de la politique sociale américaine et de la lutte contre la pauvreté, à savoir l’aide alimentaire intérieure, subira-t-elle le même sort ?

Le principal programme anti-faim est le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), qui permet aux plus démunis de disposer, à un prix modique calculé selon leurs revenus, de bons d’achat pour des produits alimentaires (Food Stamps). Accessible aux familles ayant un revenu mensuel inférieur à 130% du seuil de pauvreté, 43,4 millions d’Américains, selon les données d’un récent rapport de l’USDA publié par la Chambre des Représentants
1, ont bénéficié du programme en 2015 pour un montant moyen d’environ 120$ par mois, comme le montre le graphique ci-dessous.

SNAP Program Participation and Average Benefits


Historiquement les programmes d’aide alimentaire intérieure sont discutés au sein de la loi-cadre agricole, le Farm Bill, même si la proportion d’aides en nature a eu tendance à reculer depuis la réintroduction des tickets alimentaires au début des années 1960.

Les programmes en direction des enfants (Child Nutrition Programs) comme le Special Supplemental Nutrition Program for Women, infants, and Chidren (WIC) et le National School Lunch Program
2 ont été sorti du Nutrition Title du Farm Bill. Ils sont gérés depuis 2012 par la commission chargée des questions agricoles ainsi que les comités de l’éducation et de la main d’œuvre au Sénat. Outre le SNAP, le Nutrition Title comporte 7 autres programmes, mobilisant un budget de 1.2 milliards USD en 2016. Le principal d’entre eux est le Emergency Food Assistance Program (TEFAP) (663,5 millions USD), géré par le Département de l’Agriculture qui se charge de l’achat des surplus agricoles et les répartit entre les Etats et le District fédéral aux banques et dispensaires alimentaires.

Lors de la négociation du dernier Farm Bill, le retrait du volet nutrition du Farm Bill avait été abondamment discuté, encouragé non seulement par les contempteurs du SNAP mais également par certains de ses partisans qui considèrent que les programmes de l’aide alimentaire bénéficient d’un budget suffisamment conséquent pour exister par lui-même. Pour la prochaine réforme, cette éventualité paraît pour l’heure peu probable, et ce de l’aveu même de la Chambres des représentants dans son dernier rapport sur le programme SNAP.

Au final, que les budgets de l’aide alimentaire soient ou non discutés au sein du Farm Bill importe moins que le niveau des montants qui lui est attribué. Le contexte de baisse des prix agricoles pourrait également jouer comme cela a été le cas par le passé comme Sophie Devienne l’a mis en évidence dans un article
3 très complet publié dans le Demeter 2012, on a davantage recours aux programmes d’aides en nature au cours des phases de prix agricoles bas.

Au-delà de l’Obamacare, l’aide sociale aux Etats-Unis recouvre d’importants programmes fédéraux connus sous le nom de Welfare Programs, qui attribuent une assistance financière ou des services, aux personnes à faible revenu via 513 programmes rattachés au département de la santé et des services humains
4. Les programmes d’aide alimentaire aux Etats-Unis doivent ainsi être considérés comme un élément complémentaire et non substituable aux dispositifs d’aides sociales. Ainsi, et comme le défend Momagri depuis ses premières recherches et publications autour de la politique de soutien américaine à son agriculture, l’aide alimentaire américaine constitue aussi un soutien à l’écoulement des produits agricoles et agroalimentaires. Ce qui va de soi, tant il serait vain de vouloir nier l’effet sur l’offre d’un programme qui stimule la demande. Ainsi, comme l’indique Sophie Devienne, « l’agriculture américaine devrait donc encore pouvoir compter sur le soutien de la politique alimentaire dans les prochaines années. Mais n’est-ce pas l’un des objectifs primordiaux d’une politique agricole que d’assurer la sécurité alimentaire de la population ? »

Sachant que 93% des aliments consommés aux Etats-Unis proviennent de la production agricole américaine, il convient de considérer la même proportion du budget des aides alimentaires comme équivalent de soutien à la branche agro-alimentaire. Ce raisonnement est un des principes de construction de l’indicateur SGPAA (Soutiens Globaux à la Production Agricoles et Alimentaires) développé par Momagri, visant à déterminer les montants d’aides directes et indirectes à l’agriculture et à l’alimentation. Pour rappel, le montant total de l’aide alimentaire interne américaine s’élevait à 103 milliards USD en 2013.


1 http://agriculture.house.gov/uploadedfiles/snap_report_2016.pdf
2 https://www.nwica.org/blog/weekly-wic-policy-update-61#.WKxo-vJK5ME
3 http://www.clubdemeter.com/(...)/la_politique_alimentaire_des_etats_unis_premier_poste_de_depenses_(...).pdf
4 https://www.cfda.gov/ Le catalogue du l’assistance domestique fédérale recense 2306 programmes.


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Paris, le lundi 25 septembre 2017