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Prévenir les crises alimentaires | En février dernier, la délégation des affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense a présenté dans le cadre d’un séminaire son rapport de prospective géostratégique intitulé « Quel(s) monde(s) en 2040 ? ». Un des chapitres, consacré à la question des « Ressources et de l’environnement » revient sur les « tendances » propres aux crises alimentaires de demain tant au niveau de leurs origines (pénurie en eau et en nourriture), de leurs localisations, que leurs impacts. Sans être alarmiste, ce rapport prend la mesure des risques à venir et tend à éveiller les consciences sur les graves difficultés auxquelles pourrait bientôt faire face la Communauté Internationale. Même si les pays en développement (PED) sont les principaux concernés par la résurgence des crises alimentaires, les pays développés doivent, pour leur part, pouvoir prendre leurs décisions en toute connaissance de cause afin de ne pas aggraver la situation via des actions ou accords internationaux inopportuns. Partant, les discussions autour des accords de partenariat économique (APE) avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et d’une manière générale celles concernant la politique agricole de l’Union européenne prennent une toute autre dimension.. Alors que la journée mondiale de l’eau, organisée par l’ONU le 20 mars dernier, a été l’occasion de rappeler qu’un tiers de l'humanité (2,4 milliards) vit sans accès à une eau de qualité, le rapport de la délégation des affaires stratégiques (DAS) insiste sur le fait que le « partage de l’eau potable à l’échelle mondiale constituera un enjeu international croissant ». Selon Pierre Chevallier, spécialiste des ressources en eau à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), « cela ne va pas s'arranger avec le réchauffement climatique, qui va accélérer les phénomènes d'évaporation et de fonte des glaciers et réduire encore les quantités d'eau disponibles (…) et encore moins avec la pression démographique ». Dans ce contexte, le manque d’eau toucherait non seulement une plus grande part de la population mondiale mais mettrait en péril le développement du secteur agricole des PED1 ce qui constituerait une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire. La diminution des ressources pourrait également engendrer des conflits intra et interétatiques, comme le souligne la DAS « à l’avenir, la raréfaction de la ressource pourrait conduire à l’exacerbation des tensions de voisinage ou à l’utilisation de l’eau comme arme économique ». Par ailleurs, certaines parties du globe appelées « zones vulnérables » seraient davantage concernées par les crises alimentaires et pourraient être des foyers de conflits. Il s’agit de régions caractérisées par la « prédominance d’une économie rurale », situées essentiellement en Afrique et Asie ; celles « autour des mégalopoles » où l’extension des villes menacerait les exploitations agricoles périurbaines et les « régions semi-désertiques » où le manque d’eau pousserait les exploitants nomades ou éleveurs en mode extensif à quitter leurs terres vers d’autres plus moins hostiles mais occupées par des agriculteurs sédentaires. En outre, la DAS conforte le lien direct entre les crises alimentaires et les flux migratoires. Ainsi, d’après le rapport, « la stabilité aux frontières de l’Europe pourrait se dégrader en l’absence d’une croissance agricole en Méditerranée et en Afrique (...) la stabilisation politique et migratoire de l’Afrique subsaharienne dépendra de la maîtrise du développement agricole. L’enjeu résidera dans le maintien d’une activité agricole susceptible de générer des revenus, et donc de stabiliser les populations et limiter les pressions migratoires ». En conséquence, le rapport préconise, par exemple, que la position de l’Union européenne (UE) dans le cadre de sa politique agricole en général, y compris les APE, ne constitue pas un frein au développement du secteur agricole des PED. Initialement, ces APE ont vocation à mettre fin au régime commercial préférentiel2 dont bénéficiaient, jusqu’au 31 décembre 2007, les pays ACP dans leurs échanges avec l’UE (libre accès aux marchés européens, conservation de droits de douane élevés) et tendre à une ouverture réciproque des marchés des pays ACP. Or, une libéralisation des échanges entre l’UE et les pays ACP trop brutale et sans réelle mesure d’accompagnement pourrait avoir des « effets néfastes » sur les producteurs locaux3 . Dans son rapport, la DAS cite l’exemple de la filière coton en Afrique de l’Ouest « qui n’est pas aidée alors que sa dégradation se traduirait par une hausse de la migration vers l’Europe ». Au-delà, des effets migratoires, l’arrivée des produits européens engendre une concurrence accrue difficilement supportable pour des agriculteurs n’ayant bien souvent ni les moyens financiers et techniques de « rivaliser ». A terme, certaines productions (riz, blé, porc etc.) seraient alors amenées à disparaître. En outre, la baisse des droits de douane perçus sur les importations entraînerait une perte de gain conséquente. Pour le Mali, actuellement toujours sous le régime du dispositif « Tous sauf les armes »4 , cela représenterait un manque à gagner de 18 milliards de francs CFA (soit 27 millions d’euros). | Pour l’heure, la sécurité alimentaire des PED est de plus en plus malmenée. Les manifestations contre la hausse des prix des produits de base au Mexique, les émeutes au Bengale Occidentale liées au rationnement de nourriture, au Sénégal et en Mauritanie du fait de l’augmentation du prix des céréales en témoignent. Pourtant, comme la DAS l’indique « les études internationales actuelles sont lacunaires et semblent sous-estimer les risques de rupture brutale des équilibres alimentaires planétaires. Elles concluent à terme à un équilibre global des productions et des besoins alimentaires de la planète ». Le MOMAGRI essaye justement de lutter contre cette idée reçue qui occulte totalement l’impact de la volatilité des prix et des phénomènes spéculatifs sur les marchés agricoles. C’est pourquoi seule une régulation internationale est capable de faire face aux déséquilibres qui risquent sinon d’emporter le monde dans une spirale chaotique. La rédaction de momagri
| 1 A titre d’exemple, en Asie, l'agriculture peut absorber plus de 85% des ressources en eau. 2 Ce dispositif reconnu comme contraire aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce devait disparaitre au 31 décembre 2007 et être remplacé par les APE 3 Lire nos Regard sur l’actualité « APE : La mobilisation africaine continue » du 14.01.08 et « APE : vers un accord en demi-teinte du 26.11.07 » 4 Ce dispositif permet aux pays les moins avancés de bénéficier d’un accès libre aux marchés européen « sans être tenu d’appliquer les mêmes taux de droits de douane aux produits similaires importés ». | |
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Pour une régulation des marchés agricoles et une gouvernance alimentaire mondiale | |
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