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Présidentielle américaine : Avec l’arrivée de Trump, l’agriculture européenne au pied du mur



Arnaud Carpon, Terre-net Magazine


Article paru dans Terre-net

9 Novembre 2016

Outre-Atlantique, l’élection de Donald Trump doit satisfaire les farmers américains qui ont massivement voté pour lui. Main-d’œuvre agricole, Farm Bill, libre-échange : les conséquences pratiques de son accession à la Maison blanche pour l’agriculture américaine sont encore floues. Mais avec un président comptant défendre plus qu’hier une stratégique protectionniste à l’égard de ses agriculteurs, c’est l’agriculture européenne et française qui se retrouve, sur le plan politique, au pied du mur.

Mettant au tapis tous les pronostics et sondages qui le voyaient battus face à sa rivale démocrate Hillary Clinton, Donald Trump a été élu 45e président des Etats-Unis, pour un mandat de quatre ans.

Quelles conséquences cette élection engendrera-t-elle sur l’économie agricole américaine ? Pour Frédéric Courleux, ancien responsable du bureau de l’évaluation et de l’analyse économique au Ministère de l’Agriculture français, et désormais conseiller au think tank Momagri, « cela reste difficile à dire pour le moment ».

Pour les farmers américains, « une certaine continuité devrait s’observer pour ce qui est du Farm Bill », assure-t-il. Le Farm Bill, et plus globalement la politique agricole du pays, ne sont pas dans les attributions directes de la Maison blanche, mais du Parlement, à savoir le Sénat et la chambre des représentants.

Sam Clovis, le conseiller en politiques de Donald Trump, ainsi que Charles Herbster, agriculteur du Nébraska présidant le comité consultatif agricole et rural au sein de l’équipe Trump n’ont pas évoqué de changements profonds dans la politique agricole outre-atlantique . « Ils ont confirmé le maintien de l’aide alimentaire au sein du Farm Bill et ont exprimé des positions en faveur du développement des biocarburants. »

Les positions assez tranchées de Donald Trump sur l’immigration en provenance du Mexique pourrait néanmoins avoir un impact chez les agriculteurs. Car « près de 2 millions d’immigrés illégaux travaillent chaque année dans les exploitations américaines, notamment en Californie ». « Mais Sam Clovis a assuré qu’il ne ferait rien pour limiter cette main-d’œuvre pour ne pas pénaliser les producteurs. »


Avec Trump, Poutine et l’ogre chinois, l’Europe plus affaiblie que jamais

Si Donald Trump n’a pas encore dévoilé, sur le plan technique, de détails précis pour l’agriculture américaine, le républicain a clairement affiché ses positions protectionnistes. « Ses positions sont très dures à l’égard de l’OMC et du libre-échange », poursuit Frédéric Courleux. En clair, le Tafta, qui avait déjà du plomb dans l’aile côté européen, sera probablement enterré avec Trump.

« En revanche, un repli protectionniste des Américains n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les échanges mondiaux agricoles. La coopération internationale visant à lutter contre la surproduction et la volatilité des prix pourrait être plus difficile dans les années qui viennent. »

Outre ces conséquences encore incertaines, Jacques Carles, délégué général de Momagri, s’inquiète vivement de conséquences politiques à moyen et long terme pour l’agriculture européenne. « Fragilisée par le Brexit et son absence de stratégie claire pour son agriculture, l’Europe doit désormais faire face à deux dirigeants politiquement forts : Poutine et Trump. » Selon lui, les relations entre les deux pays pourraient « se réchauffer ».


Nous assistons à une rebipolarisation du monde

« Nous assistons à une rebipolarisation du monde. Une meilleure cohésion entre la Russie et les Etats-Unis, notamment en matière agricole, viendrait affaiblir encore un peu plus l’Europe. » Sans compter sur la Chine qui, pour relever le défi de nourrir sa population, ne cache pas ses velléités pour l’agroalimentaire européen, comme elle l’a fait, par exemple, avec l’aéroport de Toulouse, détenu pour moitié par un consortium chinois. « L’Europe doit absolument se réveiller pour maintenir sa puissance agricole », résume Jacques Carles.

En attendant, tous les observateurs de la victoire de Donald Trump ce 9 novembre 2016 soulignent à juste titre « des Etats-Unis plongés dans l’inconnu ». Quelle politique macro-économique conduira-t-il ? « C’est d’abord l’effet de cette politique sur la parité monétaire qui pourrait avoir le plus de conséquences pour les producteurs français », analyse Frédéric Courleux. Si le dollar s’affaiblit à nouveau sensiblement, cela peut entraîner une baisse de compétitivité de 20 ou 30 % pour les productions que nous souhaitons exporter. »


78 % des farmers pour Trump !

A en croire le média agricole américain Farm Journal Pulse, le républicain victorieux a pu compter sur un soutien massif des agriculteurs américains. Dans un sondage publié par le 2 novembre dernier, 78 % des farmers (sur un échantillon de 1 547) comptaient voter pour Trump, contre seulement 7 % pour la démocrate. Autant on peut aujourd’hui douter de la fiabilité des sondages américains sur cette élection présidentielle, autant un tel score laisse peu de doute sur le soutien massif des farmers pour le républicain.
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Paris, le vendredi 17 novembre 2017