Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture
momagri est un think tank présidé par Christian Pèes,  qui rassemble des responsables du monde agricole
et des personnalités d’horizons extérieurs (santé, développement, stratégie et défense,…).
Son objectif est de promouvoir une régulation des marchés agricoles en créant de nouveaux outils d’évaluation
(modèle économique, indicateurs,…) et en formulant des propositions pour une politique
agricole et alimentaire internationale.
Articles

Politiques alimentaires 2014-2015 :
Fortes avancées et revers persistants



Rapport 2014-2015 sur les politiques alimentaires mondiales,
Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI)



Tentons d’échapper à la sinistrose ambiante, et abordons ce qui en 2014 peut être considéré comme une avancée et une réussite en matière de gouvernance agricole, de sécurité alimentaire et de pauvreté dans le monde. C’est ce que propose, entre autres, l’IFPRI dans son dernier rapport sur les politiques agricoles dans le monde, dont nous reproduisons ici un extrait
1. Malgré la vulnérabilité de nos agricultures aux chocs endogènes et exogènes, certains pays dont ceux d’Asie du Sud ont ainsi pris de nouvelles mesures visant à lutter contre la faim et la pauvreté, alors que plus globalement les pays pauvres et à revenu intermédiaire ont affiché une forte croissance économique et agricole en 2014.

Le développement de l’agriculture représente la clé de voûte de toute politique de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Selon la Banque Mondiale, la croissance du secteur agricole est environ deux fois et demie plus efficace pour faire reculer la pauvreté que la croissance dans les autres secteurs.

L’agriculture, rappelons-le, est la principale source de revenu pour plus de 40 % de la population mondiale. Or, 70% des pauvres et des sous-alimentés du monde vivent en milieu rural et sont principalement des paysans. Le secteur agricole apparaît ainsi aujourd’hui, non seulement comme la réponse aux crises alimentaires, mais également comme l’un des piliers du développement économique des Etats.

Plus globalement, sans une approche coordonnée entre les différents Etats de la planète, prenant en compte les multiples dimensions de la sécurité alimentaire, il sera bien difficile d’éradiquer durablement la faim dans le monde.


La rédaction de momagri



Les pays pauvres et à revenu intermédiaire ont affiché une forte croissance économique et agricole en 2014. En octobre, la croissance annuelle du Produit intérieur brut (PIB) sur les marchés émergents et dans les pays en développement affichait une moyenne de 4,4 % — contre 1,8 % à peine dans les économies avancées — d’après le Fonds monétaire international.

Pour lutter contre la faim et la pauvreté, il importera que cette croissance économique s’accompagne d’une hausse des revenus et de l’amélioration du bien-être des populations les plus pauvres ; nous n’avons pas encore de données permettant d’établir que c’est effectivement ce qui s’est produit en 2014.

Les pays en développement importateurs de denrées alimentaires ont également bénéficié d’une aubaine sous la forme d’une baisse des prix alimentaires. Les cours mondiaux des denrées alimentaires ont en effet chuté, en 2014, à leur niveau le plus bas depuis 2010, selon l’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Un élément qui a contribué à cette baisse des prix n’est autre que la baisse du cours du pétrole, qui est une composante importante de la production alimentaire mondiale. Entre juin et décembre 2014, le prix du pétrole a chuté de près de la moitié. En contribuant à la baisse des prix alimentaires, la baisse des cours du baril ne peut que constituer une bonne nouvelle pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde.

Plus essentiellement encore, d’importants progrès ont été accomplis à l’échelle des pays. En Asie du Sud notamment, un certain nombre de mesures ont été prises pour lutter contre la pauvreté et la faim, en particulier diverses mesures de protection sociale. La Loi sur la sécurité alimentaire nationale adoptée en Inde en 2013, qui prévoit de fournir aux deux tiers de la population du pays des céréales vivrières fortement subventionnées, a été pleinement exécutée dans cinq États sur les 29 que compte la nation, et partiellement mise en œuvre dans six autres États. La question demeure quant à la façon de mieux gérer le programme et de cibler plus précisément les populations qui en ont le plus besoin, de sorte à en réduire le coût global et veiller à ce qu’il vante les bienfaits d’une bonne alimentation.

L’Inde a aussi adopté un plan d’aide aux pauvres du pays, avec pour projet l’ouverture de 75 millions de comptes bancaires ; bien que démarrant avec un solde de zéro, ces comptes sont une première étape en direction de la participation de la population pauvre au système financier. De la même manière, le Pakistan a pris des mesures visant à faciliter l’entrée des pauvres dans le système financier en garantissant partiellement des crédits à l’intention des petits exploitants agricoles. Compte tenu du succès mitigé de ces initiatives dans d’autres pays d’Asie du Sud, leur efficacité en Inde et au Pakistan ainsi que leur viabilité financière à long terme devront faire l’objet d’un suivi rapproché. Le Népal a pour sa part adopté une nouvelle Stratégie de développement de l’agriculture sur 20 ans, conçue pour impulser une croissance induite par l’agriculture, afin de réduire la pauvreté. Par ailleurs, bien que les cultures transgéniques fassent toujours débat dans la région, le Bangladesh a approuvé la culture commerciale de l’aubergine génétiquement modifiée Bacillus thuringiensis (Bt), sous la supervision de l’État. En 2014, 20 petits producteurs d’aubergines se sont vus remettre des plants Bt à mettre en culture ; le gouvernement envisage d’accroître la culture de l’aubergine Bt au cours des cinq prochaines années L’Afrique est une région qui a affiché une croissance économique solide, tout en poussant lentement à la baisse ses taux de pauvreté et de faim. L’investissement étranger direct dans la région s’est inscrit à la hausse ces dernières années, contribuant ainsi à la croissance économique et au développement, tandis que la part de l’Afrique dans le commerce international et sur le marché des produits agricoles a augmenté. Lors du Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu en juin, les chefs d’État et de gouvernements africains ont adopté la Déclaration de Malabo, et se sont engagés à l’égard d’une croissance induite par l’agriculture en adhérant au Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA), lancé en 2003.

Toujours dans le cadre de la Déclaration de Malabo, les dirigeants se sont engagés à éradiquer la faim sur le continent et à réduire de moitié la pauvreté d’ici 2025 (cf. Chapitre 9), à tripler le commerce intra-africain des produits agricoles, et à renforcer la résilience de l’agriculture face à la variabilité et aux chocs climatiques. Il semblerait en effet, que le commerce en Afrique soit sur la voie du redressement, quoique, de l’aveu général, partant de très bas, et que les marchés africains représentent 34 % des exportations agricoles du continent.

Bien que les conflits minent toujours certaines régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, certains pays, notamment l’Égypte et la Tunisie, ont connu davantage de stabilité, et ainsi attiré des investissements intérieurs et étrangers. Nombre de pays de la région — notamment l’Égypte, le Maroc, le Soudan et le Yémen — ont supprimé leurs subventions aux combustibles, pour réinvestir l’argent ainsi économisé dans le développement.

Certains de ces mêmes pays ont en outre soutenu la production accrue de céréales de base (comme le blé) et augmenté leurs réserves céréalières stratégiques, dans le but de renforcer leur résilience face aux chocs à venir, tant sur les prix que sur le commerce ou la production.

L’Asie de l’Est a affiché une croissance rapide en 2014, à 5,7 % et les pays de la région ont pris des mesures pour renforcer la sécurité alimentaire et le développement agricole. En Chine, le Document central N° 1 2014 marquait un changement de cap vis-à-vis du modèle traditionnel du pays basé sur l’autosuffisance alimentaire, en faveur d’une ouverture plus marquée au commerce international afin d’atteindre ses objectifs de sécurité alimentaire ; le pays a par ailleurs renforcé les droits à la propriété de ses agriculteurs. L’Indonésie a repensé son programme de protection des cultures de riz dans le but de réduire les inefficiences et le gaspillage, tandis que les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam mettaient aussi en œuvre d’importantes réformes de leurs politiques agricoles. En septembre, les ministres de l’Alimentation et de l’Agriculture de la région ont adopté la Déclaration de Beijing sur la sécurité alimentaire dans les pays de l’APEC (Coopération économique pour l’Asie-Pacifique), réaffirmant ainsi l’engagement de la région à collaborer autour de la sécurité et de la salubrité des aliments.

La région Amérique latine et Caraïbes, au premier rang mondial des exportations nettes de denrées alimentaires, a conservé son statut de Goliath de la production alimentaire en 2014.

L’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay ont joué un rôle déterminant sur les marchés mondiaux du blé, du maïs et du soja. Pour autant, bien que la production agricole ait affiché une croissance rapide en Argentine, au Brésil, au Chili, au Mexique et au Pérou, la croissance de la productivité dans la région est arrivée derrière celle des États-Unis.

Sur la même période néanmoins, plusieurs pays d’Amérique latine se sont distingués dans la mise en œuvre de politiques visant à réduire l’insécurité alimentaire et la malnutrition. La stratégie « Faim zéro », le Programme Bolsa Família au Brésil et le programme Oportunidades au Mexique sont autant d’exemples concluants en la matière. Ces succès ont été l’occasion d’initiatives d’apprentissage Sud Sud, comparables au Défi « Faim zéro » lancé par le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.

Les pays riches ont eux aussi dévoilé des initiatives et des engagements à l’égard du financement en 2014, visant à réduire la faim et la sous-alimentation dans le monde. Ainsi, le gouvernement allemand a annoncé son intention d’investir 1 milliard d’euros par an dans la sécurité alimentaire et le développement rural, dans le cadre de sa nouvelle initiative intitulée One World, No Hunger (Un monde sans famine). Le gouvernement des Pays-Bas s’est engagé à mettre au point des initiatives sur la sécurité alimentaire dans le monde, en particulier à éradiquer la faim et la malnutrition, à promouvoir une croissance agricole inclusive et durable, et à établir des systèmes alimentaires écologiquement durables. De la même manière, l’Union européenne (UE) a hissé la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable au sommet de sa liste de priorités pour la coopération sur le développement au cours des années à venir.

À titre d’exemple, elle s’est engagée à agir sur la question du retard de croissance chez sept millions d’enfants de moins de cinq ans d’ici 2025 et à mobiliser 3,5 milliards d’euros entre 2014 et 2020 pour contribuer à cet objectif.

Dans le cadre d’un remaniement intégral de son système de coopération sur le développement, le Parlement italien a autorisé la formation d’une agence de développement et d’un mécanisme de financement. Les programmes américains de financement de la santé dans le monde ont atteint des niveaux sans précédent, avec 9,1 milliards de dollars US — soit plus de 400 millions de dollars de financement supplémentaire — alloués au cours de l’exercice 2014. Par ailleurs, à l’occasion du tout premier sommet États-Unis-Afrique qui s’est tenu à Washington, DC, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a lancé le Partenariat mondial pour la résilience – une initiative de 100 millions de dollars – avec la Fondation Rockefeller, dans le but d’aider les personnes vulnérables à faire face aux chocs et aux crises.



1 Retrouvez l’intégralité du rapport en suivant ce lien
http://www.ifpri.org/sites/default/files/publications/gfpr20142015_ch01_fr.pdf



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Paris, le lundi 25 septembre 2017